
Bahar
: Sa vie, sa carrière et son milieu socio-politique
Par Shahine Seraj
La naissance dans une famille lettrée :
Mohammad Taqi Saburi dit « Malek al-shoara Bahar est né la nuit du 15 au
16 Aban 1265sh -13 Rabi al-Avval 1304 h - (7 novembre 1886) à Mashhad
dans le quartier de Sarshur. Cet événement survenu dans la 13ème nuit du
mois suscita des sentiments superstitieux dans son entourage.
« Ma mère m’a appris plus tard ,avec prudence , que j’étais né la nuit
du 13 et que mon oncle, après avoir bien examiné la position des astres
dans cette nuit -là, avait déclaré : L’enfant qui est né cette nuit sera
un incorrigible »1).
Les aïeuls de Mohhamad-Taqi, artisans et marchands d’étoffe, avaient
quitté Kashan pour s’établir à Mashhad. Le nom de Saburi vient de Mirza
Ahmad Sabur, le grand aïeul de la famille, qui était un homme de lettres
au service du prince Abbas Mirza Qajar . Ahmad Sabur fut tué en 1152
h/1813, pendant les guerres Irano-Russes.
Son père, Mohhamad-Kazem Saburi (m 1903), issu de cette famille riche de
Kashan, établie à Mashhad depuis deux générations, ne voulut pas
continuer le métier de son père Haj Mohhamad Kashani. Il préféra
s’abandonner à sa passion pour la poésie et la littérature persanes. Il
fréquentait les hommes de lettres et les savants de Mashhad tels que
Adib Nishaburi(m.1925) , Nadim Bashi, et Seyyed Ali Khan Dargazi, avec
qui il organisa un cénacle littéraire, connu sous le nom de Anjoman-e
Torkestani ou Khorasani. Ce cénacle avait pour but la recherche du
style Khorasani dans la poésie persane et l’enseignement aux jeunes
poètes et aux hommes de lettres. Après la mort de Mahmud Khan Malek al-shoara
(m.1894), le prince des poètes de la Cour de Naser al-Din shah à
Téhéran, on proposa ce poste à Mohhamad Kazem Saburi, au vu de ses
qualités et de sa connaissance de la littérature persane. Mais ce
dernier préféra rester dans son Mashhad natal et Nasser al-Din shah,
finalement, le nomma Malek al-shoara-ye Astan-e Qods-e Razavi. Il devait
participer aux cérémonies religieuses, composer les Manaqeb (poèmes
d’éloges des saints Imams) et, parfois, l’éloge des gouverneurs Qajars .
Il recevait en échange 44 tomans en espèce et 20 Kharvar (6000 kilos) de
vivres.
La mère de Mohhamad-Taqi était issue d’une famille géorgienne émigrée
vers l’Iran durant les guerres Irano-Russes. Deux membres de cette
famille, Afrasiab Khan et son frère Sohrab Khan, s’étaient convertis à
l’islam. La Cour Qajar engagea l’un d’eux, Mirza Sohrab dit Naqdi (le
grand oncle de Mohhamad-Taqi) ,comme trésorier de la Cour. Afrasiab
Khan, (le grand père de Mohhamad-Taqi), se lança dans le commerce et les
affaires et réunit ainsi une fortune considérable. La mère de Mohhamad-Taqi,
née à Téhéran, était la fille d’Abbas Qoli Khan, le fils de Afrasiab
Khan. Abbas Qoli Khan qui était un grand commerçant, s’établit plus tard
avec toute sa famille à Mashhad. Mohhamad-Taqi passa les premières
années de son enfance dans le calme et le bonheur familial.
«Mon père et ma mère étaient en parfait accord. Les querelles,
fréquentes entre les couples, n’existaient pas chez nous. Ceci,
évidemment, étant dû au fait qu’il n’y avait pas beaucoup de différence
entre eux. Ils étaient tous deux de fervents religieux et socialement
parlant, ils n’étaient pas très éloignés l’un de l’autre »2)
De son enfance, Bahar a gardé de bons souvenirs:
« Dès le plus jeune âge, j’avais une passion ardente pour la peinture
et les fleurs. Mon père plantait de très jolies fleurs dans notre
jardin et le meilleur cadeau que l’on pouvait m’offrir était des fleurs.
Il y avait autre chose qui me rendait heureux, c’était les promenades
dans les montagnes et les prairies. Chaque vendredi, mes oncles
m’emmenaient me promener dans les régions montagneuses de kuh-khalaj et
kuh-e sangtarashha. Je devenais fou de joie en voyant les fleurs qui
avaient poussé sur l'étendue des montagnes.
La peinture était une autre passion pour moi. Je dessinais et je
coloriais les personnages du shah-name ; Je mettais du jaune, du rouge
et du violet pour les drapeaux, quant au camp du Rostam, le grand héros,
je le coloriais en vert et son cheval « Rakhsh » en roux. En dessinant
les sept palais de Nezami, j’essayais d’accorder mes couleurs avec ce
que Nezami avait décrit dans son livre » . 3)
Son éducation et les premiers pas vers la poésie :
L’éducation de Mohhamad-Taqi commença très tôt. Il avait seulement
quatre ans quand il apprit à lire et à écrire :
« Ma première enseignante fut ma tante. Elle habitait dans notre
quartier. Elle m’a appris à lire et écrire et, quand j’ai commencé le
Maktab l’école coranique», je savais déjà lire le persan et le Coran.
Mais mon vrai maître fut mon père. Dès l’âge de sept ans, mon père m’a
appris le shah-name(le livre des rois, de Ferdowsi.m1020). Chaque fois
que j’avais des difficultés à propos d’un mot ou d’un point littéraire
ou historique, il me les expliquait avec beaucoup de patience et
d’attention. L’apprentissage du shah-name a joué un rôle considérable
dans ma connaissance de la langue et de la culture iranienne.
L’enseignement de mon père ne se limitait pas seulement à lire de la
poésie, il m’apprenait également les règles rhétoriques. J’ai étudié
avec lui le livre de « Sad kalame», l’œuvre de Rashid Vatvat . Ceci m’a
donné l’envie de composer des poèmes et, chaque fois que j’en composais
de bons, mon père m'encourageait en me donnant un peu d’argent de
poche. A l’école, j'engageais mon talent en écrivant des satires pour me
venger des copains qui m’embêtaient et des éloges pour ceux qui étaient
gentils avec moi. »4)
Son père, Saburi, éveilla ainsi chez lui la passion pour la poésie et
la littérature persane. Cependant, ce rapport affectif et pédagogique ne
dura pas longtemps. Il se transforma quand Mohhamad Taqi, l’adolescent,
déclara à son père qu’il avait l’intention de devenir poète. Dès lors,
son père - qui n’était guère content de ce projet- confia son fils à son
oncle, afin qu’il lui apprenne un métier dans le commerce. Mohhamad-Taqi
fut bouleversé par cette attitude mais montra ensuite plus de
compréhension vis-à-vis de cette prise de position de son père en
l’expliquant ainsi :
«C’est après l’assassinat de Nasser al-Din shah Qajar (1896) que mon
père changea d’avis à propos du métier d’homme de lettres. Il me
répétait à chaque fois que les choses allaient changer et qu’à l’avenir
la poésie ne serait plus considérée comme avant.
Les poètes auraient du mal à gagner leur vie. Ils seraient privés des
privilèges qu’ils avaient au temps de Nass¦er al-Din shah. Il croyait
tellement à cette idée qu’il m’a privé de l’école et m’a obligé à me
marier à l’âge de 16 ans. Suite à une épidémie, cette femme et l’enfant
que j’ai eu d’elle sont morts quelque temps après.
Le pessimisme de mon père sur l’avenir du métier de poète et de l’homme
de lettres était motivé par le fait que l’Iran, comme les autres pays
d’Asie, allaient vers la bourgeoisie et la recherche du bien-être
matériel ...»5)
La reprise de la carrière de poète après la mort de son père:
Le père de Mohhamad-Taqi décéda en 1282 sh/1903 à la suite d’une
épidémie de choléra. Ce triste événement bouleversa le jeune Bahar car,
malgré les reproches qu’il faisait à son père au sujet de l’éducation,
il éprouvait un grand respect et une admiration profonde pour Saburi le
poète, le père et l’éducateur. Il composa plusieurs poèmes d’élégies
pour exprimer son chagrin et sa tristesse :
« A présent, je ne suis qu’un vagabond, un étranger sans terre ni
patrie, alors que de son vivant je demeurais dans le bonheur et la
prospérité».6)
من که به کوی خرمی داشتم وطن، کنون وادی بیکران غم شد وطنم......
Mohhamad -Taqi reprit ses études à l’âge de 18 ans. Adib Nishaburi, le
grand poète, savant et maître du style Khorasani à l’époque, lui apprit
les sciences rhétoriques et la langue arabe. La connaissance de cette
langue lui a permis de lire les journaux venus de l’étranger et surtout
de l’Egypte; il était ainsi au courant de ce qui se passait dans les
autres pays et se familiarisait avec les idées nouvelles .Il profita
également des enseignements de Hakim Abd al-Rahman Badri, le
mathématicien, et Seyyed Ali Khan Dargazi grâce à qui il perfectionna sa
connaissance de la langue persane. Mais sa soif d’apprendre et la
passion qui l’animait étaient ses meilleurs professeurs. Toute sa vie,
il demeura un étudiant. Jamais il n’apprit une langue étrangère de
manière systématique mais sa curiosité le poussa à apprendre tout seul
le français et l’anglais. Plus tard, il étudia également la philosophie,
l’histoire et les littératures étrangères. Il profita du séjour de
Hertzfeld en Iran pour apprendre la langue Pehlevi.
La soif d’apprendre de Mohhamad-Taqi puisait ses sources dans l’idée
qu’il avait du rôle et de la qualité d’un homme de lettres :
« un adib de nos jours, ne peut plus se contenter des sciences
traditionnelles. Il faut qu’il étudie aussi les travaux entrepris sur
l’histoire, la langue, la culture, l’art, l'archéologie, la prose, la
poésie etc... Sans ces connaissances, il n’arrivera jamais à comprendre
la langue et la littérature persanes. «7)
Après la disparition de son père, alors qu’il avait l’intention d’aller
à Téhéran pour perfectionner son savoir et de partir éventuellement à
l’étranger , il dut renoncer à ses projets car il était à présent
responsable d’une famille de quatre personnes, (la mère, une sœur et
deux frères). En 1282sh /1903, il envoya une qassidé panégyrique pour
Mozaffar al-Din-shah à l’occasion de son voyage au Khorasan. La Cour
Qajar, au vu de la qualité de sa poésie et de la fonction de son père
dans la Cour, lui confia le poste de Malek al-shoara d’astan Qods(le
prince des poétes du sanctuaire de l’Imam Reza). Mohhamad Taqi choisit
comme nom de plume «Bahar» (printemps) , emprunté peut-être au nom de
Bahar shirvani (1214-1262sh/1835-1883), poète et ami de son père qui
avait séjourné dans la maison familiale, lors de son passage à Mashhad.
Mais son talent et cette situation naissante provoquèrent des sentiments
de jalousie parmi les lettrés de Mashhad. On disait à son propos:
« Ses poèmes ne sont pas de sa propre plume. Ce jeune prétentieux a tout
simplement copié les poèmes de son père, ou alors il a plagié les poèmes
de Bahar Shirvani. »
Le jeune poète fut obligé de se défendre en écrivant des «Javabiye»,
poèmes de réplique, et de participer également aux épreuves
d’improvisations au cours desquelles on lui demandait de composer à
partir de mots et de thèmes choisis par hasard .
Le début de la carrière du poète engagé :
Le poste de panégyriste officiel d’astan Qods-e Razavi( sanctuaire de
l’Imam Reza), qui obligeait le jeune poète à composer des poèmes de
circonstance pour les fêtes religieuses et d’autre cérémonies
officielles, ne dura pas longtemps. L’avènement du mouvement
constitutionnaliste allait le mettre sur une autre voie, celle d’un
panégyriste de la liberté, de la constitution et de la patrie «vatan ».
Ses premiers contacts avec les «Mashrute Talaban», les partisans pour
l’établissement d’un régime parlementaire, eurent lieu à l’âge de 20 ans
et à travers les activités d’Anjoman-e Saadat -e Mashhad, (association
de Saadat de Mashhad), qui était en contact avec «Anjoman-e Saadat-e
Iranian», (L’association de la félicité des Iraniens), à Istanbul, et
les révolutionnaires de Baku. Il découvrit ainsi les idées nouvelles sur
la liberté et la démocratie. Bahar devint plus actif lorsque Mohhamad-Ali
shah, le successeur de Mozaffar al-Din shah, entra en guerre contre les
partisans de la constitution. Ce fut alors le début d’une période
mouvementée et héroïque. Les souvenirs de cette période ont marqué la
mémoire de Bahar durant toute sa vie. Erfani, le poète et écrivain, ami
de Bahar, écrit à ce propos dans ses mémoires :
« Lorsque Bahâr me parle de cette période de sa vie, je n’ai aucunement
l’impression d’avoir devant moi un poète, un être délicat et sensible.
Je vois plutôt un brave soldat prêt à se battre pour son idéal et sa
patrie».8)
Son engagement en tant que poète de Cour ne l’empêcha pas d’entrer en
guerre contre l’attitude hostile de Mohhamad Ali shah envers les
partisans de la constitution. Le 2 Tir 1287sh23/juin 1908, lors du
bombardement du Parlement par ce rois hostile à la liberté, et de
l’interdiction des journaux par ce dernier, Bahar, aidé de quelques
partisans, publia clandestinement sous le pseudonyme de Raïs al-tollab
le journal Khorasan. C’est dans ce journal que furent publiés pour la
première fois ses poèmes engagés.
En 1909, la guerre entre les forces du gouvernement et les partisans de
la constitution éclata dans différentes régions de l’Iran. Des
détachements des partisans de la constitution se mirent en marche vers
Téhéran. Cette force révolutionnaire entra à Téhéran au début du mois de
juillet. Trois jours plus tard, le roi en fuite fut détrôné par un
conseil national extraordinaire et remplacé par son fils Ahmad âgé de 14
ans. Etant donné le jeune âge du roi, le Parlement désigna Ali-Reza Azad
al-Molk comme vice-roi en Azar 1288sh/nov1909.
Durant cette période mouvementée, Bahar, en composant des poèmes
partisans, célébrait à sa manière les réussites des forces
révolutionnaires. Il écrit à ce propos :
« Après la conquête de Téhéran par les Mojahed et les Bakhtyyari
commandés par Sépahdar Tonkaboni , Sardar Assad et Samsam al-Saltane ,
j’ai composé des qassides et des soruds(ode, poème lyrique) pour
célébrer ces événements heureux et ces poèmes furent récités lors des
cérémonies et des fêtes organisées à cette occasion ».9)
L’adhésion au parti Démocrate et la publication de
Nowbahar et Tazebahar :
Le départ de Mohhamad Ali shah, l’ouverture du Parlement et la formation
du parti Démocrate par Soleyman ESKANDARI et Hassan TAQIZADE créèrent
une nouvelle aire socio-politique dans le pays. Les partisans du
mouvement reprirent leurs activités, les journaux interdits durant (Estebdad-e
saqir - la période de despotisme, qui dura de juin au mois d’août 1909)
réapparurent.
En 1288sh/1909, Bahar adhéra au parti Démocrate. Sa rencontre au cours
de la même année avec Heydar Khan » Amu-Oqli, un démocrate installé à
Mashhad pour la construction d’une centrale électrique, lui donna l’idée
d’ouvrir une antenne de ce parti à Mashhad. Bahar réunit ainsi les gens
intéressés aux activités et à l’idéologie des démocrates. Il créa par la
suite et pour la première fois son propre journal, Nowbahar, qui était
en quelque sorte l’organe du parti Démocrate à Mashhad. Le premier
numéro sortit le jeudi 21 Mehr 1288sh/13 octobre 1909. Bahar décrit les
grandes lignes de son journal de la façon suivante :
« Mon objectif dans le journal Nowbahar était de combattre la politique
des Russes et d’empêcher le retour du despotisme. Selon le parti
Démocrate, notre constitution était menacée sur deux fronts, d’abord par
les Russes, ennemis des libéraux (ahrar), de la constitution et de la
nation, et qui ne voulaient pas d’un pays libre dans leur voisinage. Un
pays qui, grâce à son régime démocratique, irait parcourir le chemin du
progrès et la liberté. Les Russes protégeaient les éléments
réactionnaires, les riches, les mécontents, ceci afin d’empêcher les
activités des jeunes révolutionnaires et les membres du Parti Démocrate.
Ils cherchaient à priver notre peuple des fruits de l’arbre de la
révolution arrosé par le sang des braves partisans.
La deuxième menace venait de la part des «Ayan», les nobles, les anciens
hommes politiques «rejal» qui n’étaient guère d’accord avec les idées du
Parti Démocrate prévoyant la séparation de la politique et les clergés,
«Enfekak qovveh Siasi va qovveh-ye Rohani», service militaire
obligatoire, réforme agraire, instruction obligatoire, préférence de
l’impôt indirect sur l’impôt direct, etc... En tant qu’écrivain, poète
et membre de ce parti, je reflétais les idées des démocrates, aussi bien
dans mon journal que dans les poèmes et articles que j’écrivais pour les
autres journaux».10)
A la suite de ses prises de position contre les Russes, son journal fut
interdit le 25 Mehr 1290sh/17 octobre 1911, après deux années d’activité
et la publication de 80 numéros. Il fallut deux mois à Bahar avant de
faire paraître un autre journal «Tazebahar» qui suivait les mêmes idées
que «Nowbahar».
En 1290sh/1911, il y eut une nouvelle crise politique dans le pays. Lors
de cette crise, la deuxième législature fut interrompue et les membres
du parti Démocrate, ainsi que les politiciens, les journalistes et les
partisans de la Constitution, connurent de nouvelles restrictions à
leurs libertés. Bahar se sentit concerné par cette nouvelle situation
et la décrit ainsi:
« Après la conquête de Téhéran en 1288sh/1908, deux partis politiques
apparurent sur la scène politique iranienne : Les Révolutionnaires et
les Modérés. Avec l’ouverture des sessions parlementaires, ces deux
partis, sous les noms de (Demokrat-e amiyun) et (Ejtemaiyun-e etedaliyun),
ont commencé leurs activités. Ils étaient de deux tendances opposées.
Les démocrates étaient pour la manière radicale dans leurs réformes mais
ils étaient combattus par les «Etedaliyun», modérés représentés pour la
plupart par les nobles et les religieux. Les démocrates étaient des gens
courageux, lettrés et très actifs. Ils avaient comme dirigeants Seyyed
Hassan Taqi zade; Hossein Qoli Khan Navvab; Soleyman Mirza, Vahid al-Molk,
Seyyed Mohhamad Reza Mossavat etc. Ils étaient soutenus par des journaux
tels que Iran-now à Téhéran, Shafaq à Tabriz et Nowbahar à Mashhad. Les
démocrates considéraient les Etedaliyun comme les réactionnaires «ertéjai» .
Parce que ces derniers étaient partisans de la manière modérée dans
leurs projets politiques. Ils avaient comme membres actifs : Sépahdar
Tonékaboni , Sardar Mohi , les Dowlatabadis, Seyyed Abdollah Behbahani,
Nasser al-Molk (le vice-roi), Farmanfarma et la plupart des nobles et
des riches, ainsi que les religieux. Les Eetedaliyun avaient réussi à
former une majorité parlementaire en faisant une coalition avec les
autres petits partis. Les conflits entre démocrates et Eetedaliyun
commencèrent, dès l’ouverture de la deuxième législature. Il y eut des
désaccords entre les membres du Parlement et Seyyed Abdollah Behbahani,
un grand chef religieux, qui fut assassiné à Téhéran. La majorité
attribua cet assassinat aux démocrates. Ils envoyèrent des rapports
contre Taqi zade à Najaf. On publia même un article écrit de la main de
Behbahani dans lequel il aurait injurié le parti démocrate. Taqi zade,
bien que député du Parlement et leader du parti, fut obligé de quitter
le pays. La seconde législature ne put arriver à son terme. Elle fut
interrompue le 2 Dey1290sh/23 décembre 1911 par l’ultimatum des Russes
qui réclamaient le départ de Morgan Shuster, le conseiller financier
américain.
Nasser al-Molk, le vice-roi, prit alors les affaires en main. Il refusa
de renouveler les élections . Les journaux furent de nouveau interdits.
Les chefs du parti Démocrate et quelques uns des Eetedali furent exilés
à Qom. En ce qui concernait les activités des démocrates à Mashhad, neuf
membres de ce parti et moi-même furent expulsés du Khorasan vers Téhéran
et nos journaux, Nowbahar et Tazebahar connurent une nouvelle
interdiction »11)
Premier séjour à Téhéran et ses difficultés:
Le séjour de Bahar à Téhéran fut très difficile. Tout d’abord, sur son
chemin vers Téhéran, il fut détroussé par les bandits. Il arriva à
Téhéran les poches vides. Hossein Khan Ajudani , un ami de la famille
résidant à Téhéran qui lui avait juré son aide et son soutien, ne tint
pas parole. Etant donné son hostilité envers les politiciens Qajars, les
recommandations faites à son sujet auprès de personnes hautes placées,
ne lui permirent pas de trouver un poste bien rémunéré. Il gagna sa vie
en écrivant pour les journaux étrangers et, plus particulièrement, pour
Habl al-Matin de Calcutta .
Retour à Mashhad et reprise des activités :
Bahar retourna à Mashhad, après huit mois de séjour forcé à Téhéran, et
décida de reprendre l’édition de Nowbahar. Afin d’obtenir les
autorisations nécessaires, il rencontra Koniaz Dabija, le consul russe
au Khorasan, qui était le seul à être en mesure de lui donner une telle
autorisation. Voici ce qu’il garde comme souvenir de cet entretien:
« Le consul , Koniaz Dabija , me connaissait bien . C’était lui en
personne qui avait envoyé des rapports contre moi à Téhéran et qui
m’avait expulsé de Mashhad. Ce criminel était celui qui avait bombardé
le mausolée de l’Imam Reza et massacré des centaines de femmes et
d’enfants.12) Je suis allé le rencontrer pour la republication de mon
journal. Lors de notre entretien, il m’a dit : « Nous ne te laisserons
pas publier ton journal ». Je lui ai répondu : alors, je vais publier
des livres. Il me demanda: « qu’est-ce que tu vas écrire dans tes livres
? » Je lui ai répondu: Je vais écrire contre vous et votre politique en
Iran et je vais les publier en Inde ».
Malgré ces obstacles, Bahar publia de nouveau son Nowbahar le 14 Day
1292sh/4 janvier 1913. Cette nouvelle parution dura jusque Aban 1294sh/
octobre 1914. Dans son journal, il abordait le thème des conditions de
vie sociale et celui de la situation de la femme en particulier. Bahar,
qui n’avait jamais voyagé à l’étranger, avait étudié à travers les
journaux la situation des femmes dans les pays développés. Il avait
ainsi constaté la situation arriérée de la femme iranienne. Ses
réflexions sur ce sujet donnèrent naissance aux articles qui furent
publiés dans Nowbahar : «Zan-e mosalman», la femme musulmane, «Tajaddod
va enqelab», modernité et la révolution, «Ruh-e dianat»,l’esprit de la
religion. »
Ses articles, qui étaient trop d’avant-garde par rapport au fanatisme
des habitants de la ville de Mashhad, lui valurent critiques, reproches
et calomnies:
« J’ai travaillé pendant un an. Mais, lors de la publication de mes
articles, on m’a injurié et calomnié, mes amis démocrates plus que les
autres. Les Mollas voulaient m’excommunier, parce que je disais la
vérité ».13)
Bahar, élu député au Parlement.
Le 30 Tir 1293sh/24 juin 1914, le prince héritier, Ahmad Mirza, ayant
atteint l’âge légal, monta sur le trône . Nasser al-Molk, le vice-roi,
qui avait gouverné le pays d’une main de fer, quitta le pays le 15
Mordad 1293sh/6 août 1914. Avant son départ, il autorisa les élections.
Dans cette Assemblée, Bahar fut élu député de Daregaz et Kalat et quitta
ainsi le Khorasan et son activité de journaliste . Dans le dernier
numéro de Nowbahar, il exprima ses regrets au sujet de ce départ et de
l’obligation d’arrêter la publication de son journal :
« Adieu Nowbahar, Je suis obligé de te laisser car un devoir moral
important m’appelle. Le Khorasan est ma demeure éternelle, lui qui m’a
formé et éduqué dans son climat doux et raffiné. J’aurais souhaité
mettre ma plume au service de mon Khorasan, mais ce devoir moral
m’appelle.»14)
La troisième législature, après une interruption de trois ans, fut
inaugurée le 13 Azar 1293sh/4 décembre 1914. Dans cette Assemblée,
quatre groupes étaient présents : le parti Démocrate, les Eetedaliyun,
un groupe sans étiquette et enfin Heyat-e elmiye. Ce dernier était
présidé par Hassan Modarres qui avait comme projets la protection des
pauvres, l’application de la loi religieuse «shariat» et le refus de la
concentration de tous les pouvoirs entre les mains du gouvernement.
Les démocrates avaient comme leader Soleyman-Mirza et ils étaient moins
extrémistes et plus pragmatiques que dans la législature précédente. Ils
cherchaient à former une coalition pour mieux résister à leurs
adversaires.
Le mandat de Bahar fut, au début, rejeté par Heyat-e elmyye. Il était en
effet accusé d’avoir des idées corrompues contre l’islam mais, par la
suite, ce mandat fut accepté avec quarante quatre voix pour et vingt
cinq voix contre. 15)
Les activité de Bahar à Téhéran :
Bahar, en tant que député, journaliste et membre du parti Démocrate, fut
très actif durant cette période charnière. A son arrivée à Téhéran, il
organisa la parution du journal Nowbahar le 14 Azar 1293sh/5 décembre
1914. Il essaya de remplacer Iran-e now, l’organe officiel des
démocrates à Téhéran dirigé, avant l’exil, par Rasul-zade, son rédacteur
en chef pour qui Bahar avait une admiration profonde. La prose et le
style de ce journaliste ont souvent été l’objet de l’admiration dans les
écrits de Bahar:
« Les articles de Rasul-zade avaient du charme. Ils avaient un contenu
socio-politique. Ils attiraient l’attention des jeunes patriotes et des
démocrates. J’essayais de trouver un style de prose qui soit proche de
celui de Rasul-zade tout en gardant mon propre style ».16)
Nowbahar à Téhéran suivait la même voie que celle suivie au Khorasan.
Son but était de décrire les événements du jour, de refléter les idées
des démocrates et enfin de dénoncer la main-mise des étrangers, et plus
particulièrement celle des Russes sur l’Iran.
En 1914, malgré la déclaration de neutralité dans le conflit
international qui se préparait à ses frontières, l’Iran fut agressé par
les Ottomans, les Russes, les Anglais et les Allemands. L’Ouest du pays
fut envahi par les Turcs et les Russes et le Sud et l’Est par les
Anglais. Les rivalités entre ces pays en guerre apportèrent à l’Iran de
l’insécurité, de la famine et mirent à mal la démocratie nouvellement
instaurée. Lorsque les Russes envahirent Anzali et Qazvine, Bahar publia
plusieurs articles et poèmes dans Nowbahar qui condamnaient cette
agression. On peut nommer parmi d’autres «Doshman hamle kard», l’ennemi
nous a attaqués, et «Dust ham hamle kard» notre allié nous a attaqué
Les démocrates, qui condamnaient depuis toujours l’expansionnisme
anglais et russe, tentèrent de se rapprocher des Allemands. Taqi-zade,
qui se trouvait à Berlin, essaya de prendre les choses en main. Il
négocia avec les démocrates et chercha la protection des gendarmes qui
étaient formés par les Suédois. Le 22 Aban 1294sh/13 novembre 1915, les
Russes amenèrent une armée commandée par le Général Baratof à Qazvine et
menacèrent la capitale. Dans cette situation, Mostowfi al-Mamalek, le
premier Ministre, décida d’éloigner le roi et le Parlement de Téhéran.
Les sessions du Parlement furent ainsi interrompues une nouvelle fois le
23 Aban 1294sh/14 novembre 1915. Les députés et les libéraux émigrèrent
à Qom. Les démocrates formèrent un comité de défense nationale. Ce
comité de défense nationale confia une mission de bons offices à Bahar
mais, pendant cette mission, ce dernier fut victime d’un accident en se
brisant un bras et fut obligé de rester au lit pendant plusieurs mois :
« Ma mission était d’aller au village d’Alborz afin d’empêcher Mashallah
Khan-e Kashi, qui avait réuni environ 250 cavaliers pour la guerre
sainte, «jihad», contre les Russes. Sur le chemin de retour, mon
fiacre s’est renversé et je me suis brisé le bras. Je fus hospitalisé à
Qom. Amir alam et Loqman al-Molk se sont occupés de moi pendant ma
convalescence. »-tarikhe ahzab :p22
Après cet accident, Adib al-Mamalek Farahani, poète et journaliste
(m.1917), et Majd al-Eslam Kermani, le journaliste (m. 1923), qui furent
deux acteurs importants de la période et qui connaissaient les activités
de Bahar, lui adressèrent des poèmes et lui présentèrent, de cette
façon, leurs regrets. Farahani se dit triste pour cet accident car,
selon lui, « la main qui a été brisée est une main valeureuse, capable
d’éxécuter tant de dessins, une main qui peut créer des milliers de
motifs avec la pointe de sa plume dorée».17)
شکست دستی کز خامه بس نگارآورد نگارها ز سر کلک زرنگار آورد
شکست دستی کاندر پرند روم و طراز هزار سحر مبین هر دم آشکار آورد
Peu de temps après, les Russes attaquèrent Qom des deux côtés. Le comité
de défense nationale, seyyed Mohhamad Tabatabaï, Modarres, Mirza Sadeq-e
Tabatabaî•, ainsi qu’un nombre important de députés se réfugièrent à
Kermanshah et créèrent un gouvernement libre avec Nezam al-Saltane,
comme Premier Ministre.
Exil à Bojnurd:
Bahar n’avait pas encore terminé sa convalescence lorsqu’à la demande
des Russes et par ordre du Premier Ministre du gouvernement de Téhéran,
Sépahdar-e Azam, il fut arrêté et exilé à Bojnurd en mai 1916. Il était
accusé d’avoir publié des articles contre la politique des Russes, mais
également d’avoir exprimé des sentiments pro-germaniques et des louanges
à l’armée allemande. Ceci dans une qassidé, «Fath-e Varsho «, la
conquête de Varsovie, publiée dans Nowbahar. Il faut préciser que Bahar
n’était pas le seul à s’exprimer ainsi, les autres poètes comme Adib
Pishavari dans son Qeysar-name et Vahid Dastgerdi dans le poèmes de
Darvish yureshi, avaient également manifesté des sentiments
pro-germaniques.
Bahar demeura six mois à Bojnurd où il continua à composer des poèmes
et écrivit des articles sur les injustices sociales et l’agression
russo-anglaise contre l’Iran .
Retour à Téhéran et reprise des activités:
Dès son retour à Téhéran en Aban 1295sh Novembre 1916, il décida
d’élargir le champ de ses activités. Sa passion littéraire allait
s’épanouir auprès de son ambition politique, de même que son goût pour
le journalisme. Durant la période située entre cette date et le Coup
d’Etat de seyyed Zia, 3 Esfand 1299sh/22 février 1921, Bahar entreprit
plusieurs projets littéraires et politiques.
Association Daneshkade et sa revue.
En hiver 1295sh/1916, Bahar, en collaboration avec quelques amis, forma
une sorte de cercle littéraire. Abbas Eqbal, Saîd Nafisi, Rashid Yasemi,
Ebrahim Olfat, Sardar Mozam-e Khorasani (Teymurtash), Asqar Mansur, Reza
Honari, figuraient parmi les premiers membres de ce cercle. Au début,
ils ne poursuivaient pas de but préci . Ils se réunissaient
régulièrement pour réciter ou improviser des poèmes en s’inspirant de
thèmes divers. Avec le temps, le nombre des participants augmenta et les
rencontres ne se limitaient plus à réciter des poèmes mais on se livrait
aussi à des discussions importantes sur des sujets très en vogue, tels
que l’étude et la réflexion sur les styles littéraires, les œuvres
classiques et contemporaines et la présentation de la littérature des
autres pays. Cette réunion se transforma en une association en
1295sh/1916 qui prit le nom de «Daneshkade». En 1297sh/1918,
l’association prépara officiellement son manifeste ainsi que son statut
et proclama ses objectifs. Afin de présenter ses réflexions et les
résultats de ses recherches au public, l’association décida de publier
une revue littéraire du même nom (Daneshkade). Bahar obtint les
autorisations nécessaires et le premier numéro, parut en Ordibehesht
1297sh/21 avril 1918. Dans le premier numéro, Bahar présenta dans un
article intitulé, «Maram-e ma» (Notre manifeste), les objectifs suivis
par les membres de l’association:
« Notre but est de faire une révision du style dans la littérature
persane, afin de prendre en considération les contemporains et les
besoins d’aujourd’hui, tout en respectant les traditions de cette
littérature.»18)
Ainsi, l’association défendait l’idée d’une évolution calme au lieu de
la révolution et de changements brusques.
A cette question, Taqi Rafat, l’auteur de «Tajaddod», un journal publié
à Tabriz, répondit vivement en considérant les membres de cette
association comme «des réactionnaires cherchant à ravaler les vieux
monuments au lieu d’en construire de neufs». Les débats continuèrent
entre Rafat et Bahar pendant plusieurs semaines.
Pendant cette période et à propos de la question de la critique
littéraire, la revue Daneshkade publia de nombreux articles et des
poèmes d’écrivains iraniens et étrangers. Etant donné les difficultés
financières et politiques, Daneshkade ne put continuer plus longtemps.
Bahar rappelait à ses abonnés, et ceci dans presque chaque numéro, les
divers problèmes qui se posaient, telles que les dépenses importantes de
la publication et les difficultés financières. A titre d’exemple, le
dernier numéro présentait ainsi les dits problèmes:
« Malgré nos divers problèmes, le 12ème numéro de Daneshkade vient de
s’achever grâce aux efforts de nos jeunes collaborateurs.
Nous ne contestons pas le fait que l’Iran mérite des revues littéraires
plus qualifiées que celle-ci. L’Iran est le berceau de la poésie et de
la littérature, et si nous avons une réputation dans ce domaine, c’est
grâce aux réflexions lumineuses de ses poètes et écrivains. Par
conséquent, il faut qu’il y ait des revues de qualité. Mais, en ces
moments de guerre, le manque d’approvisionnement de livres et de
documents et les moyens d'accès aux archives et informations dont nous
disposons, l’existence même d’une revue telle que Daneshkade est
appréciable. Il faut constamment se remettre en question, se corriger et
s’équiper des moyens nécessaires pour mieux travailler à l’avenir. « 19)
Le dernier numéro de Daneshkade fut publié le 20 avril 1919 .
Réédition de «Nowbahar» et Publication de «Zaban-e azad» et «Iran »
En l’absence d’Assemblée nationale et pendant la période d’occupation,
la presse iranienne joua le rôle de courroie de transmission de
l’information. En effet, les journaux de cette époque devenaient le
porte-parole des hommes politiques, de leurs partis, ainsi qu’un lieu
d’analyse et de critique de leurs projets politiques et sociaux. C’est
la raison pour laquelle Bahar reprit son activité journalistique.
Le 20 Xordad 1296sh/10 juin 1917, Bahar reprit la publication de
Nobwahar à Téhéran. Il l’intitula «Nowbahar, ruzname-ye azad-e melli», (Nowbahar,
journal national indépendant). Ce journal, avec trois parutions
hebdomadaires, publiait divers articles et poèmes. Il informait ses
lecteurs de la situation socio-politique du pays durant cette période
charnière et critiquait sévèrement les comportements du souverain,
Ahmad-shah, et son ignorance des affaires de l’Etat. Suite à ces
critiques sévères, la publication de Nwobahar fut interdite par
Ahmad-shah le 11 Mordad 1296sh/2 août 1917.
Trois jours après cette nouvelle interdiction, Bahar accepta le poste de
rédacteur en chef de Zaban-e azad (La langue libre) sous la direction de
Moaven al-Saltanè. Zaban-e azad fut publié à la place du Journal
interdit jusqu’à ce que Ahmad-shah donna son accord pour la réédition de
Nowbahar le 22 Esfand 1296sh/12 mars 1918. Les 108 numéros de Zaban-e
azad sortirent à la place de Nowbahar. A partir du 20 Mordad 1296sh/11
août 1917, Bahar collabora aussi avec le journal «Iran», dirigé par son
frère Mohhamad Malekzad, et y publia entre autre son roman, « Neyrang-e
siah ba kanizan-e sefid «( La ruse noire avec les esclaves blanches).
Le 22 Esfand 1298sh/13 mars 1920, Bahar devint officiellement le
directeur de «Iran». Ceci jusqu’au 23 Esfand 1299sh/14 mars 1921, trois
semaines après le Coup d’Etat de Seyyed Zia, date à laquelle avec la
publication de «Payan-e yek Khastegi», La fin d’une fatigue, il mettra
provisoirement un terme à son métier de journaliste.

Réorganisation du parti Démocrate
En mars 1917, le peuple russe mit fin à la dynastie des Romanovs
(1613-1917). Le gouvernement de Kerensky( 1881-1970) déclara caducs tous
les traités imposés à l’Iran par l’ex-régime de la Russie et décida de
rappeler son armée basée en Iran. Le 3 décembre 1917, le Parlement
Soviétique vota la fin du traité de partage de l’Iran en zones
d’influences et, le 27 janvier 1918, Trotsky, dans une lettre adressée
au peuple iranien, déclara la fin de tous les traités, conventions
économiques, contrats, et droits qui ne respectaient pas le libre choix
et la souveraineté du peuple iranien. Les soldats russes commencèrent à
quitter le pays, les dettes furent effacées et les capitulations
annulées.
Les nationalistes et certains politiciens iraniens sentirent à ce moment
précis qu’il était temps de profiter de ces nouvelles données pour
libérer l’Iran de l’influence de la Russie et fonder ainsi
l’indépendance du pays. Bahar figurait parmi ces politiciens. Pour ce
but, il encourageait la solidarité entre les membres du parti démocrate
et les invitait à reprendre l’activité politique:
« Après la révolution russe, moi-même, avec dix huit anciens membres du
parti Démocrate, décidâmes de réorganiser le parti. C’était au temps du
premier cabinet de Vosuq al-Dowle (1297sh/-1918) SépahsalarAzam n’était
plus Premier Ministre, et le gouvernement était modéré, les Russes
étaient fort occupés par leur révolution. Ils se battaient contre les
forces de Gulcac et Deninkine. Il fallait profiter de l’occasion. Afin
de mettre en évidence ce moment crucial, je me suis adressé aux membres
du parti dans un discours à la grande mosquée de Téhéran «Masjed-e shah»
et j’ai expliqué la situation de cette façon imagée : Supposons que deux
personnes soient en train d’étrangler leur adversaire en tirant de
chaque côté d’une corde qu’il a autour du cou. Supposons que l’une de
ces deux personnes abandonne le bout de la corde et libère ainsi ce
malheureux, qui sera sauvé. Celui qui a lâché le bout de la corde, c’est
Lénine». 20)
Bahar décrit les efforts des démocrates pour former une majorité et les
difficultés qu’ils ont connues au cours de cette période de l’histoire :
« Les démocrates ont courageusement travaillé . Nous avons formé un
comité central clandestin qui coordonnait les démarches. Nous avions la
majorité. «Nowbahar», «Zaban-e azad» et «Iran» étaient nos organes de
presse. Nous aurions pu gagner les élections, former une majorité
parlementaire et créer un gouvernement fort qui prendrait les affaires
du pays en main. Quelque chose de semblable à celui d’Ataturk ou des
Nazis en Allemagne. Mais les discordes et les différences entre les deux
fractions des démocrates, «Tashkili»( organisateur) et «zedd-e tashkili»(
contre organisateur), ne nous ont pas permis de réaliser ce projet ».
Certains parmi les démocrates se réunirent autour de Seyyed Mohmmad-e
Komreï et s’exprimèrent dans leur journal «Sétare-ye Iran» dirigé par
Hosein aba . Les «Zedd-e tashkilis» souhaitaient le retour des libéraux
iraniens émigrés ou exilés à l’étranger avant l’ouverture du Parlement.
Les élections parlementaires de Téhéran s’achevèrent. Les démocrates (Tashkili
et zedd-e tashkili) obtinrent la majorité et, si cette division n’avait
pas existé entre nous, nous aurions pu créer la majorité souhaitée.
Etant donné la situation critique du pays, la famine, l’occupation de la
province du Khorassan par les Anglais, l’émeute de Mirza Kuâek Khan au
Nord, celle de Khiabani dans Azarbayjan, les révoltes de Masha allah
Khan à Ispahan et Kashan, les agissements de Wassmuss (espion allemand
dans les provinces du Sud), les élections dans les provinces furent
retardées et différents cabinets sans lendemain se sont succédés. Ainsi
le projet de notre comité (18 personnes) n’a pu se réaliser».
L’Accord de 1919, Bahar et Vosuq al-Dowle :
Les Anglais, vainqueurs de la Première guerre mondiale et soucieux de
protéger leurs intérêts devant la progression du Bolchevisme en Iran,
ont essayé d’imposer un traité au gouvernement iranien. Selon ce traité,
signé à Téhéran le 9 août 1919 entre Vosuq al-Dowle et Sir Percy Cox et
composé de 6 articles et connu sous le nom de l’accord 1919, l’armée et
les affaires financières du pays seraient dirigées et contrôlées par les
agents anglais en Iran. Mais le gouvernement britannique affirmait son
respect catégorique de l’indépendance et de l’intégrité de l’Iran. Le 17
Mordad 1298, août 1919, un jour avant le départ d’Ahmad shah vers
l’Europe, une déclaration fut publiée par Vosuq al-Dowle, le premier
ministre, concernant ce protocole d’accord.
Les Anglais n’ont pas attendu l’ouverture de la quatrième Assemblée et
le débat sur ce traité et ont décidé sa mise en application, alors que,
selon l’article 24 de la Constitution, chaque contrat avec un pays
étranger devait être passé devant le Parlement avant d’être mis en
application.
Cet accord et la façon dont il avait été imposé soulevèrent des
sentiments de haine et des protestations parmi les iraniens. On
condamnait la politique pro-anglaise de Vosuq al-Dowle en l’accusant
d’être un agent de ce gouvernement en Iran. A titre d’exemple, Tajaddod,
le journal des démocrates d’Azerbaïdjan, publia ceci :
« Tant que l’Assemblée nationale n’aura pas ratifié ce traité, il
n’aura aucune valeur légale»21)
Diverses manifestations de protestations eurent lieu dans le pays. Vosuq
al-Dowle interdit plusieurs quotidiens pour avoir publié des propos
hostiles. Les deux fractions du parti démocrate de la capitale n’avaient
pas les mêmes positions sur ce problème. Les «Zedd-e Tashkilis»,
protestaient vivement et faisaient des réunions pour empêcher
l’application de ce traité. Il y avait entre les «Tashkilis» ceux qui
étaient favorables au traité. Bahar, bien que partageant sur ce problème
certaines idées de son groupe, les «Tashkilis», était en désaccord avec
eux. Il publia dans «Iran» des protestations. Cette prise de position
lui valut la disgrâce du gouvernement et ses relations avec Vosuq al-Dowle
en furent affectées. Bahar n’admettait guère l’interdiction des
journaux. Selon lui, « il fallait laisser les journaux exprimer leurs
points de vue, qu’ils soient favorables ou défavorables». Avant cet
incident, Bahar avait des relations très amicales avec le Premier
Ministre ( Vosuq al-Dowle). Il le qualifiait de politicien habile et
méritant. Ses agissements en matière de sécurité et le rétablissement de
l’ordre dans le pays faisaient souvent l’admiration de Bahar. Il
écrira plus tard dans Tarix-e ahzab(page 29):
« Le cabinet de Vosuq al-Dowle a tenu deux ans . Il a bien travaillé, il
a pu calmer les émeutes du Gilan, d’Ispahan et de Kashan. L’émeute de
Tabriz aussi allait se résoudre, lorsqu’il fut écarté du pouvoir le 4
Tir 1299sh/24 juin 1920» .
En plus de ses qualités de politicien, Bahar admirait Vusuq pour son
talent poétique. Ils se retrouvaient souvent dans les réunions des
hommes de lettres de la capitale. Plusieurs poèmes de Vosuq al-Dowle
furent les sujets des «javabiyye», poèmes de réplique de Bahar. Vosuq ol-dowle
à son tour, a beaucoup imité Bahar dans son inspiration poétique .
Cependant, leur relation fut affectée lors du traité de 1919. Bahar
exprima ses regrets à propos de cet incident entre lui et Vusuq, dans
une qasside» Khode hasud (l’intrigue de jaloux,Divan p 333). Il y
déclara :
حاسدم دست خدیعت برکشید ازآستین مر مرا افکند از چشم وزیر راستین
حاسدم بربود یکجا آنچه هشتم در شهور;دشمنم بدرود در دم آنچه کشتم در سنین
« Le jalous a embrouillé mes relations avec ce ministre éminent, il a
ainsi gâché les services que je lui avais rendus pendant des années ».
La prise de position de Bahar avant et après le coup d’Etat de Seyyed
Zia:
Dans la période qui succéda à la chute du deuxième cabinet de Vosuq al-Dowle,
le 24 juin 1920, Bahar, étant donné l’état anarchique du pays et
l’existence de plusieurs foyers d’émeutes dans le pays, encouragea dans
ses écrits et discours le centralisme de l’Etat et la création d’un
gouvernement fort :
« Je répétais souvent, comme je le répète aujourd’hui, qu’il fallait
aider le pouvoir central pour calmer les émeutes et les rébellions dans
les provinces. La situation anarchique du pays m’a fait comprendre que
la création d’un régime central fort sera plus utile pour l’Iran que
n’importe quel mouvement qui ne fait qu’affaiblir le pouvoir du
gouvernement central. C’est pour cette raison que je ne croyais plus ni
à Jangali et son mouvement, ni à Khiabani, et le colonel Mohhamad Khan-e
Pasian »22)
Ainsi, pour l’application de cette politique, Bahar encouragea la
position de Moshir al-Dowle, Premier Ministre et successeur de Vosuq al-Dowle
(7 Tir 1299sh/27 juin 1920 ), dans les conflits du Gilan et
d’Azerbaïdjan.
« Moshir al-Dowle était un homme habile, il a libéré le Mazandaran de la
main-mise des forces des Jangali et des Bolchéviques. Il a rétabli
l’ordre et la sécurité à Tabriz, puis il a choisi un homme politique
expérimenté comme Moxber al-Saltane-e Hedayat, un Démocrate, qui a pu
mettre fin aux agissements de sheikh Mohhamad Khiabani. Bien que le
travail de Moshir al-Dowle, aux yeux de certains, fût critiquable, il
faut avouer que tout ce qu’il a fait était dans l’intérêt du pays » .23)
Moshir al-Dowle démissionna le 3 Aban 1299sh/25 octobre 1920 (quatre
mois au pouvoir). Il fut remplacé par Fath ollah Khan Akbar Sépahdar
Rashti le 4 Aban 1299sh/26 octobre 1920. Etant donné la situation
politique du pays, la nécessité de la création d’un gouvernement fort se
faisait plus que jamais sentir. Les problèmes du Nord n’étaient pas
encore tout à fait résolus. Le Mazandaran était encore entre les mains
des Bolchéviques iraniens qui étaient aidés par les Soviétiques. La
division cosaque, partie en guerre contre les jangalis, avait été
vaincue et repoussée vers Rasht. Par ailleurs, les Anglais en envoyant
une note officielle le 12 Azar 1299sh/ 3 décembre 1920 avaient exigé
l’application des articles du traité de 1919. Le cabinet de Sepahdar
était incapable de répondre aux exigences politiques du pays. Dans cette
situation, tous les responsables et hommes politiques étaient à la
recherche d’une solution qui pourrait sauver le pays de l’anarchisme.
Bahar, en tant qu’homme politique, était parmi ceux qui préconisèrent un
changement radical et fondamental. Pour cela, il se rapprochait des
positions de Seyyed Zia al-Din Tabatabaïet cela malgré le fait que
Seyyed Zia al-Din était de tendance pro-anglaise et avait vivement
soutenu l’accord de 1919 dans son journal «Raad ». Bahar explique ainsi
la raison de ce rapprochement:
« Aqâ seyyed Zia al-Din et moi, nous nous rencontrions très souvent.
Bien que notre différence au point de vue politique fût énorme, j’avais
beaucoup d’admiration pour ce jeune homme intelligent et brave. Je l’ai
présenté à mes amis tels que Teymurtash et la famille Nosrat al-Dowle
Firuzmirza. Un jour, après l’arrivée de Sepahdar-e Rashti au pouvoir,
Seyyed Zia m’a dit : ces gens-là sont tous incapables de faire quelque
chose pour le pays. Il faut que nous prenions nous-mêmes les choses en
main. Après son voyage à Qazvin, c’est-à-dire deux jours avant le Coup
d’Etat, je l’ai rencontré et je lui ai dit que, s’il avait un plan pour
régler les problèmes politiques du pays, j’étais partant «.24)
A sa grande surprise, Seyyed Zia a agi sans lui. Il ne mit pas Bahar au
courant du Coup d’Etat qui allait avoir lieu le 3 Esfand 1299sh/22
février 1921. La division cosaque, qui n’était plus commandée par son
commandant russe Starroselski, arriva à Téhéran sous les ordres du
nouveau commandant Reza Khan-e Mirpanj. Les gendarmes et les autres
forces de sécurité ne montrèrent aucune résistance. Le lendemain -3
Esfand 1299sh/22 février 1921- Reza Khan publia un communiqué dans
lequel les objectifs des responsables du Coup d’Etat furent présentés
ainsi :
« Nous avons pris la capitale dans le but d’attaquer à la racine la
corruption et la trahison dans ce pays .Nous envisageons de créer un
gouvernement qui ne sera pas seulement le spectateur du malheur de son
pays. Un gouvernement qui s’occupera de l’armée et de son équipement. Un
gouvernement qui ne permettra pas le gaspillage des biens publics. Un
gouvernement qui empêchera des milliers des gens de mourir de faim et de
la misère. Un gouvernement qui respectera la dignité , aussi bien pour
les Gilanais que pour les Tabrizis et les Kermanais....Le chef de la
Division de cosaque Reza Khan »25)
Le 5 Esfand 1299sh/24 février 1921, par un décret royal, Seyyed Zia
al-Din fut proclamé Premier Ministre et Reza Khan, son Sardar-e Sepah
(commandant en chef de la division cosaque). Quelques jours après ce
changement, Seyyed Zia convoqua Bahar dans son cabinet et lui proposa de
prendre la direction du seul journal autorisé «Iran». Bahar refusa cette
proposition sous prétexte de fatigue. Mais, en réalité, ce refus était
dû par le comportement inattendu de Seyyed Zia et aussi par le fait que
ce Coup d’Etat avait l’appui de la brigade cosaque. Cette brigade, étant
donné son origine, ses commandants russes et leur obéissance à la Cour
Qajar démontrée par ailleurs lors des événements tragiques du passé, ne
bénéficiait pas d’un prestige national.
Le gouvernement de Seyyed Zia déclara l’Etat de siège à Téhéran et dans
certaines villes de province. Il arrêta les responsables de tous bords ;
les politiciens, les journalistes, les nobles, les princes et les
commerçants etc. Bahar fut également arrêté et resta sous surveillance
pendant les trois mois que dura le nouveau gouvernement.
Seyyed Zia ne put tenir plus de trois mois et son autorité fut contestée
suite à des graves problèmes de fonctionnement dans la gestion des
affaires du pays. Bahar explique les raisons de cet échec par la
mauvaise préparation du Coup d’Etat et le manque de responsables
expérimentés dans la gestion des affaires « Seyyed Zia était par nature
un révolutionnaire, mais il ne maîtrisait pas les idéologies et les
systèmes organisationnels du socialisme, du fascisme ou du communisme.
Il n’était ni communiste pour massacrer tous ses opposants, ni fasciste
pour collaborer avec les aristocrates. Il n’était pas non plus issu
d’un parti politique pour pouvoir confier à ses membres les postes
importants. Il s’était choisi des alliés qui n’étaient pas qualifiés
pour les postes qu’ils occupaient. Il arrêta des gens de tous bords sans
aucun motif légitime. Modarres, sheikh Hassan Yazdi, Haj Majd al-Dwole,
Farmanfarma, Teymurtash , Rahnama, Dashti, Farrokhi, Fadaï , Seyyed
Hashem et moi-même. Le jour de mon entrée en prison , j’ai vu une foule
impressionnante . Il s’y trouvait des vieillards de 80 ans et de jeunes
adolescents, en pyjama tirés de leur lit. J’ai invité les gens présents
à se calmer et à garder leur sang- froid. La prison ressemblait ce
jour-là plutôt à une mosquée . Seyyed avait des idéaux politiques mais
il n’osait pas les réaliser. Il n’avait pas confiance en lui-même et
manquait de préparation, il n’a pas pu mener à bien son affaire jusqu’au
bout »26)
Plusieurs cabinets se sont succédés après le départ forcé de Seyyed Zia
le 4 Khordad 1300sh/25 mai 1922. Qavam al-Saltane du 8 Khordad au 29 Dey
1300sh/28 mai au 18 janvier1921), Moshir al-Dwole du 1er Bahman 1300 au
27 Ordibehesht 1301sh/20 janvier au 16 mai 1922, Qavam al-Saltane du 26
Khordad 1301 au 5 Bahman 1301sh/15 juin 1922 au 24 janvier 1923, Mostofi
al-Mamalek du 10 Bahman 1301 au 22 Khordad 1302sh/29 janvier au 29 juin
1923 , Moshir al-Dowle du 23 Khordad 1302 au 30 Mehr 1302sh/ 30 juin
1923 au 22 octobre 1923 avec une seule constance, Reza Khan Sardar-e
Sepah comme commandant de la brigade cosaque et, par la suite, Ministre
de la guerre à partir du 14 Khordad 1300sh/4 juin 1922. Entre temps et
pendant le cabinet de Qavam ol-Saltane, la quatrième Assemblée, dont les
élections avaient commencé avant le coup d’état, fut inaugurée le 1er
Tir 1300sh/21 juin 1922. Dans cette nouvelle législature, Bahar fut élu
de Bojnurd. Il publia, le 3 Mehr 1301sh/25 septembre 1922, « Nowbhar-e
haftegi» qui était un hebdomadaire avec des articles littéraires et
sociaux. Les articles de Nowbahar étaient écrits par Abbas Eqbal-e
Ashtiani, Rashid Yasami, Seyyed Ahmad Kasravi, Bahar lui-même et
d’autres écrivains célèbres de l’époque. Pendant cette période, Bahar
profita également de la présence du professeur Hertzfeld pour apprendre
la langue Pehlevi.
Le deuxième mariage de Bahar :
Un autre événement marquant de la vie de Bahar durant cette période fut
son mariage avec Sudabe Safdar, qui était issue d’une famille des Qajars.
Sudabe, au fort caractère, joua un rôle très important dans les moments
difficiles de la vie de Bahar. A travers les poèmes qui lui sont dédiés,
Bahar apprécie les efforts et les sacrifices de son épouse. La
solidarité et les efforts de celle-ci préservèrent les biens de la
cellule familiale subissant à tout moment les conséquences des prises de
positions de Bahar, poète et militant dans un environnement hostile. Les
mémoires de ses sacrifices ont marqué Mehrdad Bahar, l’un des six
enfants du poète. Se souvenant de son enfance, il décrit ainsi la
présence et le rôle de sa mère :
« Mon père ne s’occupait jamais de la maison. Il ne se déplaçait même
pas pour aller chercher son salaire mensuel. Il était toujours occupé
par ses passions politiques ou ses réunions littéraires. C’est ma mère
qui s’occupait de tout, de la maison et de l’éducation des enfants. Elle
était une femme très courageuse et brave, «shirzan» une lionne. C’est
grâce au courage de ma mère que le noyau de la famille a pu résister et
survivre pendant que mon père était en prison et que la famille était
dans une détresse économique et morale immense »27)
Bahar et Reza Khan :
Les dimensions d’une relation conflictuelle:
Dès l’année 1300sh/1921, commença une période fort tourmentée de la vie
de Bahar. Ceci était dû pour une grande partie aux bouleversements
sociopolitiques que le pays connut après l’arrivée de Reza Khan sur la
scène politique. Cet homme, issu d’une famille modeste, militaire de
carrière, colonel de la brigade cosaque, l’homme de main de Seyyed Zia
dans son Coup d’Etat qui devint le ministre de la guerre (27 avril
1921), puis premier ministre (octobre 1923), le commandant en chef des
forces armées ( 14 février 1925) et plus tard roi et fondateur de la
dynastie Pahlavi (21 décembre 1925), par son fort caractère et sa
manière de gouverner a marqué la vie, la carrière, le comportement et
les œuvres de Bahar à tel point qu’il ne pût passer inaperçu aux yeux
des chercheurs. Ses prises de positions, contradictoires face à la
politique de Reza shah, et l’existence dans son Divan d’autant de poèmes
élogieux que de satires à son sujet, ne donnent pas une idée claire de
ses rapports avec ce souverain au pouvoir absolu. Pour cette raison et
pour une meilleure compréhension des dimensions de ce rapport
conflictuel, nous allons étudier la relation entre ces deux hommes à
partir de la quatrième Assemblée, la période durant laquelle cette
relation conflictuelle débutera.
Durant la quatrième législature, Bahar essaya par tous les moyens de
modérer les comportements excessifs de Sardar-e Sepah qui avaient
provoqué plusieurs incidents avec le Parlement, les journalistes, les
agents de l’Etat et même les Premiers Ministres, et que l’on peut
résumer ainsi:
Dès sa désignation comme ministre de la guerre, Reza Khan effectua
plusieurs campagnes militaires avec succès, notamment à Rasht contre les
communistes de Gilan et en Azerbaïdjan contre Simetqu et Amir mo’ayyed
Savadkuhi en Mazandaran. Il fit des réformes approfondies dans l’armée
et la gendarmerie et donna l’image d’un homme fort, efficace et décidé.
Afin d’assurer les dépenses de ses campagnes militaires, les équipements
et la formation de ses régiments, Reza Khan s’autorisa quelques libertés
en ordonnant à ses généraux dans différentes provinces de récolter les
taxes et les impôts directement auprès des contribuables et en utilisant
ces revenus dans le budget du Ministère de la guerre sans passer par le
Ministère du Budget et l’autorisation du Parlement. A partir des mois de
Mehr et Aban 1300sh/octobre 1922, quelques plaintes furent déposées au
Parlement. On commença à critiquer sévèrement les excès de Sardar-e
Sepah. D’autre part, les prisonniers du Coup d’Etat qui venaient d’être
libérés publièrent une déclaration qui fut signée par un grand nombre de
politiciens, journalistes et députés de Parlement. Ils demandaient la
recherche et la punition des agents responsables du Coup d’Etat. Pour
répondre à cette pétition, Reza Khan publia le 2 Esfand 1300sh/22
février 1922, jour anniversaire de l’événement, une déclaration dans
laquelle il se présentait officiellement comme commanditaire et
responsable du Coup d’Etat :
« Ne serait-il pas stupide de chercher les responsables du Coup d’Etat
alors que je suis là ? annonca-t-il dans cette déclaration. Enfin, il
lance un avertissement solennel aux journalistes qui essayaient de
donner une autre version de cet événement en leur promettant des
châtiments exemplaires. Suite à cette déclaration, les quelques
journalistes qui critiquaient encore les actions de Reza Khan furent
châtiés. Hossein Falsafi, le rédacteur en chef de Hayat-e Javid, fut
battu par Reza Khan lui-même. Hossein Saba le, rédacteur de Setare-ye
Iran, eut droit aux 300 coups de fouets , Mirza hashem Khan, le
rédacteur en chef de Vatan, fut châtié dans son bureau et ses journaux
furent jetés au feu . Farokhi Yazdi, le rédacteur en chef de Tufan,
écrivit un article brulant contre ces agissements et, en signe de
protestation, se réfugia avec quelques journalistes d’abord à shah Abol
azim et par la suite, pour plus de sécurité, à l’ambassade de l’Union
Soviétique.
Reza Khan, qui n'appréciait guère les critiques venant des journalistes
et des députés du Parlement, pour garder la face et en signe de
protestation, décida de présenter sa démission au Parlement la 15 Mehr
1301sh/7 octobre 1922. Mais le prince héritier, Mohhamad Hasan-Mirza,
l’invita à reprendre son poste. Il se présenta devant le Parlement le 24
Mehr 1301sh/16 octobre 1922 pour jurer fidélité et respect à la
Constitution, la loi et le Parlement.
Bahar essaya de jouer un rôle de médiateur dans cette crise entre un
membre du gouvernement et les journalistes. Il resta modéré dans ses
propos et loin des polémiques injurieuses qui selon lui, mettaient la
stabilité du pays en danger. Il s’adressa à Reza Khan Sardar Sépah à
travers des articles tels que «Alam-e matbuat» (le monde de la presse
écrits, publié à Nowbahar le 2 åban 1301), «Majles va Vazir Jang», (Le
Parlement et le ministre de la guerre, publié à Nowbahar 12 Aban 1301)-.
Dans ces articles, après avoir donné des avertissements concernant les
actes antidémocratiques de ce dernier, Bahar écrit :
« Nous exprimons nos regrets pour la démission de Monsieur le Ministre
de la guerre. Nous déclarons être satisfaits de l’œuvre qu’il a
accomplie dans le domaine de la sécurité et l’organisation de l’armée.
Nous souhaitons que notre Ministre de la guerre reconnaisse aussi les
limites de son Ministère et respecte le budget de l’Etat et qu’il
n’intervienne pas dans les affaires du Ministère de l’intérieur. Nous
espérons que les militaires respectent les biens d’autrui et n’agressent
pas les journalistes même pour des raisons légitimes. Il faut que
Monsieur le Ministre de la guerre sache qu’il n’y a pas une force
au-dessus de la nation et de ses représentants, c’est à dire le
Parlement. Démissionner de ses responsabilités n’est pas un acte
patriotique. Il faut rester et travailler mais dans le cadre de la loi.
Vous êtes maintenant entré dans l’histoire de l’Iran. Il vaut mieux
laisser derrière vous des pages brillantes et glorieuses».28)
Le ton modéré des propos de Bahar vis-à-vis de Reza Khan montre
l’admiration qu’il avait pour les capacités de ce dernier dans la
gestion et les réformes de l’armée et, par conséquents la sécurité dans
le pays. Bahar ne cache pas ce qu’il éprouvait pour Reza Khan tout au
début de sa carrière : Il a écrit, plus tard dans tarikhe ahzab p vol 2
p 101 :
« Au début, j’avais une admiration pour cette personne active et
courageuse. J’avais une soif infinie pour la mise en place d’un
gouvernement fort et puissant car tous les partis politiques étaient
fatigués et découragés. Il n’y avait que Sardar-e Sepah qui ne
connaissait pas la fatigue. Pendant la période où il occupait le poste
de Ministre de la guerre, j’ai composé un poème panégyrique concernant
les services qu’il avait rendus au pays, et je suis allé le rencontrer
dans son bureau. »
Les sentiments optimistes de Bahar vis-à-vis de Reza Khan-e Sardar-e
Sepah, plus tard Reza shah, changent de nature durant les périodes
suivantes à tel point que cela devient l’un des chapitres les plus
complexes de la vie politique et même poétique de Bahar.
Après la démission de Moshir al-Dowle de son poste de Premier Ministre
le 30 Mehr 1302sh/22 octobre 1923 et l’exil de Qavam al-Saltane, qui
était accusé d’avoir comploté contre Sardar-e Sepah, Ahmad shah nomma
Reza Khan au poste de premier Ministre. Il présenta son cabinet au roi
le 5 Aban 1302sh/27 octobre 1923. Ahmad shah, après avoir publié un
décret royal dans lequel il confiait les pouvoirs à son nouveau Premier
Ministre, partit à l’étranger. La cinquième Assemblée fut inaugurée en
présence de Mohhamad-Hasan Mirza, le prince héritier le 22 Bahman
1302sh/11 février 1924. Dans cette nouvelle Assemblée , Bahar fut élu
député de Tarshiz . Il abandonna la publication de Nowbahar-e haftegi
(hebdomadaire) mais continua à collaborer avec les autres journaux et
les revues de cette époque.
Cette période a une importance particulière dans le chapitre des
relations entre Bahar et Reza Khan. Un regard approfondi sur les
rapports de ces deux personnages, notamment à partir de la cinquième
législature qui fut une période décisive, peut nous éclairer sur
certains points obscurs de la vie et de la carrière de Bahar.
Plusieurs événements majeurs les mettront face à face. Bahar prendra la
défense de la démocratie et de la liberté d’expression face à la
progression de l’autoritarisme de Reza Khan. A partir de la cinquième
législature, il se place dans les rangs de la minorité parlementaire
contre la majorité qui approuvait sans exception les réformes de
gouvernement de Sardar-e Sepah. Malgré l’admiration qu’il garde pour
certains aspects positifs de ces réformes, il ne peut s’empêcher de
critiquer la manière anti-démocratique de leur présentation au Parlement
et leur mise en application. Ainsi Bahar sera amené à prendre des
positions fermes contre certains projets envisagés ou mis en place par
le gouvernement, et surtout contre le comportement autoritaire de Reza
Khan et de son entourage.
Bahar et le projet de République de Reza Khan
Reza Khan Sardar-e Sepah, dans son ascension au pouvoir, était
conseillé par les idéologues et théoriciens qui envisageaient de changer
la monarchie en République. Ali DASHTI, Ali-akbar DAVAR et TADAYYON,
entre autres, étaient favorables à ce changement. La proclamation de la
République en Turquie par Ataturk et la corruption de la dynastie Qajar
encourageaient les partisans de cette idée. Peu avant l’inauguration de
la cinquième Assemblée le 22 Bahman 1302sh/11 février 1924, les
partisans de la République à travers les journaux de l'intérieur et de
l’extérieur préparaient le terrain. On commença à critiquer sévèrement
la mauvaise politique du roi Qajar et son absence sur la scène
politique. On condamna le régime monarchique et on mit en valeur le
régime républicain. La revue «Iranshahr», à titre d’exemple, publia un
article intitulé «Jomhuryyat va enqelab-e êjtemai», (Republique et
changement social), le 15 février 1924 à Berlin. Il préconisa la
République comme un moyen pour atteindre le progrès et accusa les
adversaires de cette idée de fanatisme et d’obscurantisme.
Au Parlement, le projet de la République fut mis en suspension, étant
donné le nombre insuffisant des députés pour le vote final. Dans les
discussions préliminaires, Modarres, l’un des opposants à ce projet, fut
giflé par un député, Ehya al-Saltane, (Bahrami) , l’un des partisans de
Sardar-e Sepah. Cet incident entraîna des protestations dans le pays et
des mouvements de foules à Téhéran et autour du Parlement.
Le 2 Farvardin 1303sh/ 22 mars 1924, les opposants au projet préparèrent
une manifestation. Les bazars et les boutiques furent fermés. Une foule
importante marcha en direction du Parlement. Les Parlementaires, afin
d’éviter les affrontements entre les manifestants et les responsables de
l’ordre publique, formèrent un comité de vingt Parlementaires pour
examiner la question de la République et trouver une solution
convenable. Bahar fut désigné par ce comité comme intermédiaire entre
les Parlementaires et le chef du gouvernement. Il se présenta au cabinet
de Sardar-e Sepah et lui proposa de rester dans son bureau pendant cette
manifestation.
Les manifestants se présentèrent devant le Parlement. Ils protestaient
contre ce projet qui, selon eux, était contre l’Islam. La présence
inattendue de Sardar-e Sepah et de sa police provoqua des affrontements
entre les manifestants et les policiers. Il y eut plusieurs blessés et
un grand nombre d’entre eux furent arrêtés. Au sein du Parlement aussi,
la présence de Sardar-e Sepah provoqua diverses critiques, notamment de
la part de Motamen al-Molk, le président du Parlement .
Le projet de «La République » ne put voir le jour à la suite de
l’avertissement des uléms le 6 Farvardin 1303sh/27 mars 1924. Sardar-e
Sepah, après avoir rencontré les Ulémas à Qom le 11 Farvardin 1303sh/31
mars 1924, l’abandonna définitivement et publia une déclaration
officielle le 13 Farvardin 1303sh/2 avril 1924, demandant aux partisans
de ce projet d'abandonner cette idée pour respecter l’Islam et
l’indépendance du pays.
Quelques jours plus tard, Ahmad shah - toujours à l’étranger - envoya un
télégramme à Motamen al-Molk le président du Parlement. Il exprima sa
méfiance à l’égard de Sardar-e Sepah et demanda sa démission. Le
Parlement préféra organiser une session extraordinaire pour décider du
sort du chef du gouvernement. Entre-temps, Sardar-e Sepah, en donnant sa
démission, se retira dans sa propriété à Bumehen au Nord de Téhéran. Ses
partisans réagirent d’une façon très bien orchestrée. Ses généraux
menacèrent de mettre la capitale à feu et à sang si le chef du
gouvernement ne reprenait pas son poste. Les journalistes écrivirent des
articles impressionnants et se mirent à considérer le pays comme un
enfant abandonné. Ali Dashti écrit dans shafaq-e Sorkh le 19 Farvadin
1303sh/6 avril 1924:
«Le père de la patrie nous a quitté . Celui qui, après deux siècles de
malheur, de dispersions, de désaccords, de désunions a pu nous réunir,
nous a laissés à Téhéran, cette capitale des crimes et de l’hostilité.
Celui qui envisageait de nous rendre notre dignité nous a quittés avec
beaucoup de déception. Il était comme un Nader-shah, comme un Ardeshir
Babakan pour le pays ..... Il faudrait empêcher son départ, même si cela
demande des sacrifices ou des massacres. »
L’Assemblée nationale, le 21 Farvardin 1303sh/10 avril 1924, après avoir
voté le retour du Reza Khan, désigna une délégation composée de
personnalités importantes telles que, Moshir al-Dowle, Mostowfi al-Mamalek
, Mosadeq al-Saltane, Soleyman-Mirza et quelques autres députés du
Parlement pour partir à Bouméhén et inviter Sardar-e Sepah à reprendre
son poste. Reza Khan accepta cette invitation et se présenta devant le
Parlement le 24 Farvardin/13 avril en annonçant les changements
importants dans son cabinet et dans ses programmes.
En ce qui concerne la prise de position de Bahar, malgré certains
intérêts de ce projet, il le considérait comme une démarche
anticonstitutionnelle. Il avançait deux arguments pour s’opposer à cette
République. D’abord un argument juridique, car le Parlement issu de ce
régime constitutionnel n’avait pas le pouvoir de destituer la dynastie
Qajar. Ensuite un argument politique pour la simple raison que, selon
lui, cette mobilisation était un complot des partisans de Reza Khan
avant d’être un vrai mouvement pour transformer le régime. Il se battit
en tant que député du Parlement à côté de Modarres et des autres députés
d’opposition, afin d’empêcher le vote de ce projet. En tant que
journaliste et ce, malgré la censure pesante, il écrivit plusieurs
articles et poèmes en s’inspirant des événements du Parlement. Par
exemple, en réponse à Ali Dashti qui considérait Reza Khan comme une
nécessité absolue pour le pays, il écrivit dans le journal Qanun, un
article intitulé «Sardar-e Sepah bara-ye vatan va na vatan bara-ye
Sardar-e Sepah» (Sardar-e Sepah au service de la patrie et non pas la
patrie au service de Sardar-e Sépah). Bahar écrivit dans cet article :
« Nous n’avons jamais souhaité que tous les pouvoirs soient réunis entre
les mains d’une seul personne avec le risque de voir tous les projets du
pays s'interrompre, s’il meurt ou qu’il démissionne, comme c’était le
cas de shah Abbas , Nader -shah et Karim Khan-e Zand ». 29)
Bahar, en collaboration avec Mirzade Eshqi, le poète et journaliste,
composa des satires au sujet du projet de la république qui furent
publiés au journal «Nahid « et «qarn-e bistome». Il dénonça ainsi, dans
un langage satirique, les complots et les intrigues qui ont été, selon
lui à l’origine de ce projet. Ceci donna lieu à de nouvelles aventures
qui désignèrent Bahar comme un opposant au régime de Reza Khan. (Nous
analyserons ses poèmes dans le chapitre «patriotisme et
constitutionnalisme »).
L’assassinat d’Eshqi le 12 Tir 1303sh/3 juillet 1924 et le discours de
Bahar au Parlement le 17 Tir-8 juillet 1924
Mirzade-ye Eshqi, poète, journaliste et écrivain, fut assassiné devant
son domicile par deux individus et ce, quelques jours après avoir publié
dans son journal «Qarn-e bistom» des satires et des caricatures
provocantes sur les événements de Farvardin de cette année, notamment la
question de la République. Suite à cet assassinat, plusieurs
journalistes, en signe de protestation, se sont réfugiés au Parlement et
une foule importante participa à la cérémonie des funérailles. Une
cérémonie qui prit très vite l’aspect d’une manifestation politique.
Bahar, fort choqué par la perte de son ami et collègue, fera un discours
au Parlement le 17 du même mois et qualifiera cet assassinat de
politique. Eshqi est éliminé, déclare-t-il dans son discours, parce
qu’il avait des idées proches de nous, minorité parlementaire, et aussi
parce qu’il n’approuvait pas les actions anti-démocratiques du
gouvernement de Sardar Sepah». Bahar condamne ensuite l’indifférence de
la majorité parlementaire devant la question de sécurité pour les
membres de la minorité et leurs journaux et ajouta ceci :
« Je suis âgé de 40 ans et j’ai passé au moins vingt ans de ma vie dans
les luttes et les combats politiques. ... cela fait vingt ans que je
suis entre la vie et la mort. J’ai résisté devant l’armée du Tsar et
j’ai défendu ma patrie. Je n’ai pas peur des menaces de mort et elle n’a
aucune importance pour moi. Mais aujourd’hui, pour la défense des
principes et la liberté, je dis qu’il faut à tout prix arrêter les
assassins d’Eshqi. La main rouge qui l’a poussé vers la mort doit être
coupée. C’est le devoir du Parlement de couper cette main, sinon ce sera
le peuple qui s’en chargera finalement. »
A part ce discours émouvant, Bahar écrivit plusieurs articles et poèmes,
au sujet de l’assassinat de ce jeune poète. C’est de cette façon qu’il
exprima son profond chagrin. On peut nommer entre autre : « Margue eshqi »(
la mort deEshqi), publié dans Qanoun, Tir 1330, « qatle shaere javan »,
(L’assassinat d’un jeun poètee, Mehre Iran, 1321, « be yade Eshqi », (en
souvenir d’Eshqi), divan vol 2 p1062, dar mariy-ye Eshqi, poème élegique
pour Eshqi, vol 2 p 1231 et beaucoup d’autres.
Bahar et la motion de censure contre la politique du gouvernement de
Sardar-e Sepah.
Le 7 Mordad 1303sh/29 juillet 1924, la minorité parlementaire déposa une
motion de censure contre le gouvernement de Sardar Sépah devant le
Parlement. Elle portait sur les points suivants :
-La raison de l’instauration de l’Etat de siège le 19 juillet 1924 sans
l’avis du Parlement .
-Les raisons de l’arrestation et de la torture des civils après
l’assassinat de Major Imbri, consul américain, qui avait eu lieu dans un
quartier du centre de Téhéran .
-La raison des comportements brutaux des gouverneurs militaires de
provinces vis-à-vis des tribus et des notables de ces régions ,
notamment de la famille Maku et Savad kuh .
-Les dépenses exagérément élevées du Ministère de la guerre sans
consulter l’avis du conseiller financier américain au service du
Ministère du budget .
Le jour où cette motion de censure devait être discutée au Parlement, il
y eut des bagarres et des affrontements à l’extérieur entre les
opposants et les partisans de Sardar-e Sepah. La minorité parlementaire
fut obligée de se retirer et d’abandonner la procédure. Bahar, qui était
parmi les signataires et qui représentait la minorité parlementaire,
décrit en détail les événements de ce jour :
« Le jour de la discussion de la motion de censure, je me suis présenté
devant le Parlement . Une poignée d’individus engagés par le
gouvernement y attendaient l’arrivée des membres d’opposition. Au moment
de l’arrivée de Modarres, accompagné par Rahim zade Safavi, les injures
commencèrent à pleuvoir. On criait « mort à Modarres ». Modarres de son
côté retourna les injures en disant « mort au chef du gouvernement».
Puis il se jeta dans le premier Bureau ouvert où il fut pris à parti par
deux députés de la majorité, Aqa seyyed Yaqub et Maqam al-Molk .
Quelques instants plus tard, Sardar-e Sepah, furieux, arriva sur place.
Il n’aimait pas les critiques, surtout celles venant de la part des
Parlementaires. En passant devant nous, il nous a dit d’un ton menaçant
: «Vous êtes tous condamnés et un jour je vous arrêterai. Vous allez
voir ce que vous allez voir. » J’étais fort impressionné. Malgré cela,
je me suis approché et je lui ai dit à l’oreille : «Calmez-vous,
Monsieur le Premier Ministre, et essayez de modérer vos propos. »
Etant donné les tensions extrêmes et la présence d’individus mal
intentionnés à l’intérieur et à l’extérieur du Parlement, l’ouverture de
la séance fut reportée à l’après midi. Mais, lors de leur départ,
plusieurs membres de la minorité (Modarres, Haeri-zade et Kazeruni)
furent agressés par la foule. Par conséquent, ils furent dans
l’incapacité de se présenter à la séance de l’après-midi. Ils
désignèrent Bahar en tant que représentant de la minorité absente, afin
de présenter une déclaration de circonstance en présence du chef de
gouvernement et des membres de son cabinet. Bahar prit la parole et,
après avoir exprimé ses sentiments de dégoût vis-à-vis des événements de
la matinée, il questionna le gouvernement sur l’avenir de l’opposition,
leurs journaux et leur droit d’expression libre. Il ne cacha pas ses
inquiétudes. Il déclara ne pas se sentir libre, ni pour lui, ni pour ses
proches. Dans ces conditions, déclara-t-il, nous ne sommes pas en mesure
de défendre notre motion de censure ; La majorité, interprétant ce refus
comme un retrait de la motion, donna un vote de confiance au cabinet de
Reza Khan.
La destitution de la dynastie Qajar et l’opposition de Bahar
En Aban de l’année 1304sh/octobre 1925, Reza Khan décida de destituer la
dynastie Qajar et de concentrer tous les pouvoirs en ses mains. Le
Parlement l’avait auparavant nommé en février 1924, comme commandant en
chef des forces armées. Suite à plusieurs campagnes militaires,
notamment au Khuzestan et contre sheikh Khazal, Reza Khan avait rétabli
l’ordre dans la plupart des provinces. Ses projets de réformes furent
votés sans difficulté par le Parlement avec une majorité confortable.
L’opposition Parlementaire ne lui fit aucun souci et ne fut plus en
mesure de créer un obstacle à son ascension. Par divers moyens,
(intimidations, arrestations, et punitions), Reza Khan avait démontré à
ses opposants qu’il était un homme décidé et qu’il n’hésiterait pas à
employer des moyens violents pour les empêcher d’agir. Il les
considérait comme des éléments pourris n’ayant d’autre objectif que de
trahir la patrie. Après sa campagne au Khuzestan, Reza Khan exprime,
dans son récit de voyage ( Safar-name-ye Khuzestan ) des idées qui
montrent son état d’esprit vis-à-vis de la minorité parlementaire, y
compris vis-à-vis de Bahar :
« J’obtins le poste du chef du gouvernement grâce à ma foi et ma force
personnelle. Je me suis retrouvé face aux institutions pourries et
corrompues qui ne valaient rien et qu’il fallait éliminer à tout prix.
Malgré tout, je préférais garder le Parlement et collaborer avec cette
institution qui n’était qu’un nid de corrompus. Alors, par respect de la
constitution et malgré ma volonté personnelle, j’ai laissé cette poignée
de membres de la minorité faire leur travail. J’ai assez supporté leurs
caprices, leur paresse. La minorité, elle, en devint orgueilleuse,
arrogante. Elle s’est fait des illusions et, dès que j’ai quitté la
capitale pour aller me battre contre les rebelles , on s’est révoltés
contre moi, croyant qu’avec la collaboration de Khazal , ils seraient
capables de me renverser . On m’a informé de partout à propos de leur
agissements . J’étais étonné et triste. Je me demandais pourquoi les
habitants de Téhéran, qui connaissaient la partialité de Modarres ,
l’hypocrisie et l’inconstance du Malek al-shoara, ainsi que la frivolité
de Kazeruni, Akhgar et Haeri zadeh, avaient cédé à la tentation et
laissé ces personnages protéger Khazal et empêcher ainsi l’indépendance
et le progrès dans ce pays ».30)
L’Assemblée nationale, sous la direction de Tadayyon, un partisan de
Reza Khan, fit une session le 7 Aban 1304sh/29 octobre 1925. Elle avait
pour ordre du jour l’étude des plaintes et les doléances venant de
toutes les provinces. Les signataires demandaient, entre autres, la
destitution de la dynastie Qajar. L’Assemblée devait décider du sort de
la dynastie régnante et répondre aux plaintes. Les députés partisans de
Reza Khan, en insistant sur la situation explosive du pays et les
revendications des citoyens, se virent obligés de prendre une décision
rapide et efficace. Il fallait soit supprimer, soit corriger l’article
35 de la Constitution qui confie la monarchie à la dynastie Qajar.
Sinon, seule une Assemblée constituante serait en mesure de voter les
changements nécessaires.
Bahar, malgré les risques existants, se vit obligé de faire un discours
en faveur de la Constitution et de mettre les Parlementaires en garde
contre toutes les manipulations de la loi. Il expliqua ainsi les raisons
de son rejet:
« Messieurs les députés, je suis d’accord avec vous, plus
particulièrement avec Messieurs Yasaï et Davar, pour dire que nous
traversons un moment crucial de notre histoire. Nous sommes responsables
et il faut trouver une solution convenable à cette situation. Mais cette
décision doit être prise avec réflexion. Pour moi, il n’y a pas de
différence entre un homme de la dynastie Qajar ou un autre pour
gouverner ce pays. Ce qui est important, c’est le respect de la
Constitution, le seul garant de notre bonheur et de la survie de ce
pays. Nous ne pouvons pas changer la Constitution à chaque fois qu’un
certain article ne nous convient pas. Vous ne devez pas avoir peur des
menaces d’émeutes parce que, Dieu merci, à la tête de ce gouvernement,
il y a un homme fort comme Sardar Sépah qui nous garantit l’intégrité de
notre pays et la défense de nos frontières. Si la constitution doit être
modifiée , il faut passer par un référendum ou une Assemblée
constituante qui garantisse au peuple sa participation et son adhésion à
ce changement. La modification de la loi n’est pas une affaire à traiter
à la hâte. Il faut de la réflexion et il faut prendre le temps
nécessaire pour cela. »31)
Après son discours, et avant de quitter le Parlement, Bahar se retira
dans un bureau pour fumer une cigarette. Cela lui sauvera la vie. Car
des individus, avertis de la fin de son discours, l’attendaient devant
le Parlement. Un journaliste, Haj Vaez Qazvini, venu pour plaider la
réouverture de son journal, sera pris comme cible, à cause de sa
ressemblance avec Bahar et sera égorgé à quelques mètres du Parlement .
Ceci marquera Bahar pour le restant de sa vie. Il raconte sa déception,
ses craintes et son traumatisme dans une qaside «Yek shab-e shum» (Une
nuit hantée, Divan p 399). Après cet assassinat, il restera persuadé que
les agents de la sécurité de Reza Khan étaient à l’origine de cet
attentat et que Reza Khan lui-même était au courant.
« Le chef du gouvernement (Reza Khan) était ce jour là invité à
l’Ambassade de France. Quand on lui apprit l’assassinat de Bahar devant
le Parlement, il aurait répondu : «le peuple l’a éliminé. »32)
Le 9 Aban 1304sh/ 31 octobre 1925, Ali-Akbar Davar, magistrat et député
du Parlement, prépare l’article suivant, plus connu sous le nom de
l’article unique : « L’Assemblée nationale , au nom du bonheur du peuple
, décide la destitution de la dynastie Qajar et confie le gouvernement
provisoire dans la limite de la constitution et de la loi en vigueur à
Monsieur Reza Khan. La décision finale incombe au Conseil constituant
pour le changement des articles 36, 37, 38, 40, supplément de la
constitution. »
Avant d’être présenté au Parlement, cet article fut approuvé et signé
par un grand nombre de personnalités, convoquées une par une par Davar
dans la résidence de Reza Khan.
Le Parlement vote, le 9 Aban 1304sh/31 octobre 1925, la destitution des
Qajars. Reza Khan fut proclamé roi par le vote d’une Assemblée
constituante, le 12 décembre 1925. La cérémonie du couronnement eut lieu
le 25 avril 1926. Dans cette cérémonie, Bahar présenta lui même un long
poème «Chahar Khatabe» (Quatre discours, éd M.Malekzade vol 2, p 145),
qu’il avait composé pour la circonstance. A travers ce poème, plutôt un
miroir des princes, Bahar donnait des conseils au Roi et souhaitait pour
lui et la patrie le bonheur et la prospérité. A la fin de son discours,
Reza shah ordonna que l’on publie ce poème et déclara : « Moi, j’ai
toujours aimé Malek al-shoara. C’est lui-même qui n’a pas voulu profiter
de cette amitié ».
Bahar fut élu à la sixième législature, député de Téhéran le 19 Tir
1305sh/10 juillet 1926. Mais il décida de limiter ses interventions dans
les affaires politiques et de se consacrer à l’enseignement. Il accepta
le poste de professeur de langue et de littérature persane au Dar al-Moalemin,
«Ecole normale», où il enseigna pendant un an.
Pourquoi ce changement d’attitude? Nous pouvons trouver plusieurs
raisons à cela. En premier lieu, la mise en chantier et l’avancement des
projets de développement du pays par Reza shah. Les projets que Bahar
lui-même avait auparavant préconisés à travers ses poèmes et ses
articles. Dans les poèmes d’éloge que Bahar avait écrits entre 1305 à
1308sh (1926-1929), l’année où il sera arrêté pour la première fois, se
trouvent des éloges pour l’œuvre de Reza shah, la sécurité du pays, les
réformes de l’armée, le centralisme de l’administration, l’éducation et
la libération des provinces des mains des Bolchéviques .
La deuxième raison du changement d’attitude de Bahar vis-à-vis de Reza
shah était due aux expériences passées. Bahar était persuadé qu’avec la
mise en place d’un système policier interdisant toute critique, ni au
Parlement ni dans la presse, il ne pouvait plus grand-chose contre cet
homme et se vit obligé de jouer un rôle d’observateur et de conseiller.
On n’osait plus s’opposer à la politique du gouvernement. Le Parlement
devint un élément sans pouvoir. Tout devait être vu et décidé par le Roi
lui-même.
Après la découverte d’un complot du Coup d’Etat préparé par le colonel
Puladin en 1306sh/1927 et les émeutes des Qashqai en 1308sh/1329, Reza
shah devint encore plus vigilant et se montra sans pitié vis-à-vis de
ceux qui menaient la sécurité, l’intégrité du pays et sa situation
personnelle. Il commença à supprimer d’une manière systématique ses
opposants et, dans la septième législature, en manipulant les élections,
aucun d’entre eux ne fut réélu. Modarres, qui dirigeait la minorité
Parlementaire, fut victime d’un attentat en Aban 1306sh/1927, puis
arrêté et exilé à Kashmar et enfin à Tarshiz en 1307sh/1928. Bahar, à
son tour, fut arrêté et emprisonné en été 1308sh/1929.
Premier emprisonnement
Les raisons de son premier emprisonnement ne sont pas bien claires. Dans
l’une des biographies de Bahar, Mohhamad Malek zade, le frère du poète,
énumère les motifs suivants :
- le refus de Bahar d’accepter quelques propositions venues des
émissaires de Reza shah , sans préciser lesquelles .
- Le fait que Bahar collaborait avec plusieurs journaux de l’opposition
et qu’il écrivait plus de 7 articles chaque soir pour ces mêmes journaux
.
On ne peut pas accorder de crédit aux arguments de Malek zade sur le
dernier point car, si les journaux de l’opposition avaient encore
quelques libertés pendant la cinquième législature, ils n’avaient plus,
avec la censure, aucun droit d’expression pendant la sixième.
Bahar, lui même, n’est pas très clair à ce sujet. Dans les poèmes qu’il
a composés durant son séjour en prison , il exprime son étonnement au
sujet de cet «emprisonnement . Il s’adresse au roi à travers plusieurs
poèmes «qazab-e shah», 1929, p 506 «Az zendan», 1929, p 507, «Habsiyye»,
1929, p 512 etc) et lui demande le motif de cette disgrâce et de cette
colère inattendue. «Pourquoi m’a-t-on puni pour les fautes que je n’ai
pas commises ? Quel est mon délit, à part mon amour pour la liberté ?».
Il interroge aussi Teymurtash, le Ministre de la Cour et ami très
proche. Il se dit innocent et réclame sa libération. Cependant, Bahar
dans son autobiographie, en parlant de l’histoire de la minorité
Parlementaire (dont Bahar faisait partie), parle d’une vieille rancune
comme motif essentiel de son arrestation, sans bien en préciser le genre
et la nature :
« ..Moi et Modarres, Ashtiani et Behbahani et dix autres députés du
Parlement, nous formions l’opposition dans la cinquième et la sixième
Assemblées. A la fin de la sixième et après l’arrestation de Modarres et
le refus de gouvernement pour la validation de nos candidatures, j’ai
abandonné mes activités politiques et j’ai commencé à enseigner à Daral-Moallemin.
En été 1308sh/1929, je fus arrêté et emprisonné à cause d’une vieille
rancune entre moi et le régime..«.33)
Une étude des différents contacts et les accrochages entre Bahar et
différents responsables de sécurité de régime peuvent donner une idée de
cette «vieille rancune» à laquelle Bahar fait allusion:
Outre son opposition à la politique de Reza shah dans le passé, son
emprisonnement serait en quelque sort lié à ses relations conflictuelles
avec le Colonel Mohhamad Dargahi dit «Mammad Tchaqou», le chef du
service de sécurité de Reza shah depuis 1302sh/1922. Personnage féroce
et très puissant supposé être à l’origine de plusieurs arrestations et
assassinats, y compris celui d’Eshqi. Il était autorisé à voir Reza shah
sans en informer le Ministre de la Cour. Le nom de Dargahi est mentionné
très souvent dans les poèmes et les écrits de Bahar. Mis à part deux qassideh
qui ont pour thème principal le portrait de cet agent et ses actes
violents (Hey havar Mohhamad, 1928, p490, «Nushe janat» 1930, p 545), on
trouve le nom de Dargahi dans «Yek shab-e shum»1925,p399, «Andarz be
shah»1928,p469, «Karname-ye zendan»1933, vol 2, p 839-940, «Ta key va ta
´and», 1929, p516 etc. Ces poèmes furent écrits dans le but de dénoncer
les agissements de cet agent qui, selon Bahar, était responsable de
plusieurs assassinats et instigateur d’un climat de terreur et
d’intimidation parmi la population. Par ailleurs, on trouve des
allusions aux rapports conflictuels entre Bahar et le colonel Dargahi,
dans» Enqeraz-e Qajariye» mais aussi dans « Qezavatha-ye tarixi», les
articles écrits par Bahar à propos de la vie et du rôle de Modarres en
1322sh qui furent publiés dans Nowbahar numéro 90 et 100. Selon ces
révélations, ce conflit remonterait à l’époque du deuxième cabinet de
Vousuq ol-Dowle et au moment où des élections parlementaires allaient
avoir lieu:
« A cet époque, Dargahi était un gendarme à Damavand, lorsqu’il est
intervenu dans les élections aux bénéfices de l’un de ses proches, je
l’ai dénoncé comme un tricheur dans mon journal «Iran». Depuis, il me
cherchait... ».34)
L’attentat commis contre Modarres le 7 Aban 1306sh/29 octobre 1927 par
des inconnus donna à Dargahi l’occasion recherchée. Bahar décrit
l’évolution de cette affaire ainsi:
« Cet attentat suscita des polémiques au Parlement à propos de ses
instigateurs. Selon les rumeurs, cet acte était préconisé et ordonné par
Reza shah lui-même et Dargahi et ses agents ont été ses exécutants...
Reza shah devint furieux lorsqu’il apprit ce qu’on racontait à son
sujet. Il interrogea Dargahi à propos de ces rumeurs. C’était à ce
moment que Dargahi me dénonça comme étant à l’origine de toutes ces
rumeurs.» 35)
Cette situation s’aggrava lorsque le colonel Dargahi apprit que Bahar
était en possession du document prouvant son rôle dans l’attentat contre
Modarres. Ce document avait été apparemment remis par Modarres pendant
son exil à Khorasan, à sheikh Ahmad Bahar, l’un des proches de Bahar.
Dargahi s’empressa d’accuser et d’emprisonner Bahar avant qu’il ne
puisse utiliser ces papiers contre lui.
Ceci étant, on peut conclure que l’emprisonnement de Bahar est dû pour
une partie à son opposition à la politique de Reza shah dans le passé et
à la sympathie qu’il avait pour Modarres, mais le fait d’avoir des
démêlés avec l’un des hommes les plus puissants du régime est aussi un
facteur important.
En 1309sh/1930, Bahar fut gracié et libéré après une année de détention.
C’est alors qu’il prit la décision de s’occuper uniquement de recherches
littéraires et d’éviter tout conflit avec le régime :
« Puisque je me sentais toujours sous surveillance par les agents du
régime et que je n’étais pas tranquille, même pendant les heures où je
donnais des cours, j’ai préféré m’enfermer à la maison et éviter toute
activité sociale. J’ai accepté avec enthousiasme la proposition du
Ministre de la culture, Yahya Khan Etemad al-Dowle, de m’occuper de la
correction et de la publication des textes anciens de notre histoire et
notre littérature.
Le premier texte que j’ai corrigé était Tarikh-e Sistan . J’avais à ma
disposition un exemplaire de ce texte qui était fort abîmé et avait
beaucoup de défauts. J’ai proposé au Ministre de la culture de corriger
et de préparer cet exemplaire en vue de sa publication. Je me suis mis
au travail avec un amour et une passion qui sont propres aux fous et aux
amoureux. Enfin, après six mois de travail minutieux, j’ai préparé ce
texte pour la publication. J’ai aussi préparé d’autres textes tels que,
«Mejma al-Tavarix val qesa», «Tarikh-e Kabir-e Balami», «Javame al-Hekayat-e
OUffi», et je les ai mis à la disposition du Ministère de la
culture. »36)
Deuxième emprisonnement :
En Farvardin 1312sh/mars1933, sous prétexte d’avoir des rapports avec
les communistes, Bahar fut de nouveau arrêté et emprisonné. Il sera
détenu pendant six mois avant d’être envoyé à Ispahan où il connaîtra un
exil qui durera jusqu’à l’été 1313sh/1934.
En effet, son deuxième emprisonnement avait deux motifs essentiels. En
premier lieu, il s’agissait de l’ouverture par Bahar d’une librairie
dans le quartier de shah abad au centre de Téhéran et qui était devenue
le lieu de rencontres et de débats des hommes de lettres, des
journalistes, des curieux et même des politiciens. Ceci attirait la
curiosité et la vigilance du régime policier de Reza shah qui
n’admettait guère les critiques et les protestations venant
particulièrement de la part des gens soupçonnés d’être opposants au
régime. Mohhamad Mohit Tabatabaï, qui fréquentait régulièrement cette
librairie, décrit ainsi la raison de ce deuxième emprisonnement :
« Etant donné le passé politique de Bahar, le régime interpréta les
réunions dans cette librairie comme un complot politique. Elle fut
fermée, les livres confisqués et son propriétaire emprisonné. »37)
Il est à noter que les emprisonnements et même les assassinats sous le
règne de Reza shah ne se limitèrent pas aux opposants du régime,
plusieurs membres du cabinet et les proches du Roi, soupçonnés d’avoir
été infidèles, furent en effet arrêtés et assassinés. Amir Tahmaseb qui
fut le Ministre de la guerre en 1304sh/1925 , puis Ministre de commerce
1306sh/1927 , fut assassiné au Lorestan en 1307sh/1928, Nosrat al-Dowle
Firuz, député du Parlement(1304sh/1925), et Ministre des finances
(1307sh/1928) fut emprisonné puis assassiné(1316sh/1937) Teymurtash, le
Ministre de la Cour et ami très proche de Bahar, fut d’abord démis de
son poste en hiver 1311sh/1932 puis arrêté avant d’être assassiné en
prison en 1312sh/1933. Sardar Asad Ministre de la poste (1305sh/1926)
puis Ministre de la guerre (1312sh/1933), après avoir été arrêté sans
aucune explication, connut la mort en prison en mangeant un plat
empoisonné le 13 Farvardin 1313sh/1 avril 1934). Plus tard, d’autres
proches de Reza shah qui occupaient des postes importants tels Dashti ,
Tadayyon , Davar , Rahnama , Dadgar, ont connu plus au moins des destins
semblables.38)
La deuxième raison de l’emprisonnement, puis de l’exil de Bahar, fut la
publication d’une partie de ses poèmes parmi lesquels se trouvaient des
satires et des critiques, non seulement contre le régime mais aussi
contre Reza shah en personne. Cependant, Bahar, dans son autobiographie,
récuse avoir publié ce genre de poésie:
« En 1933, j’ai décidé de publier mes poèmes qui étaient parus
juqu’alors dans les journaux et revues mais jamais dans un recueil. Mais
des gens mal intentionnés m’ont dénoncé auprès du Roi en prétendant que
Bahar avait composé des poèmes satiriques à son sujet et qu’il les avait
publiés en cachette. Ce rapport m’a valu la confiscation de mes poèmes
et la prison. »39)
Les écrits de Bahar, pendant son deuxième séjour en prison, sont
abondants et très variés. Il témoigne alors de tout ce qu’il a vu et
entendu dans la prison. Les noms des accusés et leurs chefs d’accusation
qui sont parfois, selon lui, sans fondement. Il formule également des
critiques très sévères sur les conditions de vie et d’hygiène dans les
lieux de détention. Mis à part ces poèmes de prison, Bahar a mis en vers
les textes de «Andarzha-ye Maraspandan» qu’il avait lui-même traduits
auparavant de la langue Pehlevi. Pendant son exil à Ispahan et grâce à
la collaboration de Seyfpur Fatemi et Amirqoli Amini , il a publié la
revue «Bakhtar» dans laquelle il écrivit une biographie de Ferdowsi en
utilisant des informations citées dans le shah-name même .L’exil de
Bahar durera plus de sept mois. Il était endetté et n’avait aucun
revenu pour subvenir aux besoins de sa famille, (sa femme, et leurs 6
enfants), qui l’avait accompagné en exil. Ses amis à Ispahan, tels que
Amin al-Tojjar Esfahani , sheix Abd al-Hosein Sadr, Seyyed mostafa Khan
Amirmorad parmi d’autres, ont essayé de lui faciliter l’exil malgré les
risques évidents ( voir karrname-ye zendan ,Divan ; p 894-896). Il
adressa plusieurs lettres aux responsables hauts placés, tels
queMohammad-Ali Foruqi et Loqman Adham, pour demander sa grâce bien
qu’il n’ait, selon lui, commis aucun acte répréhensible. Zoka al-Molk-e
Foruqi, le Premier Ministre, décida d’intervenir auprès de Reza shah,
afin de demander sa grâce. C’était dans ce but que Foruqi proposa à
Bahar de composer un poème élogieux pour Reza shah dans le but de
demander son retour à Téhéran. Il devait également écrire une lettre et
s’engager officiellement à ne plus intervenir dans les affaires
politiques du pays. Bahar composa une qaside «Vares-e Tahmures va
Jam»,-(l’héritier du roi Jam et Tahmures, qaside, p 645), à travers
laquelle le poète compare son souverain aux rois légendaires et admire
son autorité. Quant à sa lettre d’engagement, il suit l’instruction de
Foruqi et garde un ton humble. Nous avons trouvé les traces de toutes
ces lettres et proposons ici une traduction de l’engagement de Bahar,
ainsi que la réponse de la Cour à la lettre de recommandation de Foruqi.
La lettre d’engagement de Bahar :
« A Son Excellence Monsieur le premier Ministre que sa grandeur soit
éternelle.
Je soussigné déclare par la présente avoir abandonné définitivement
toute ingérence dans les affaires du pays depuis mon écartement des
activités politiques. Ma seule occupation pendant cette période était la
collaboration avec le Ministère de la culture.
Je m’engage à l’avenir à continuer sur cette voie et à éviter toutes
activités, rencontres et réunions, politiques. Je jure sur le saint
Coran et prend Dieu comme témoin de rester fidèle et sincère à mon roi
majestueux et de ne pas poursuivre d’autres objectifs dans la vie que
celui de servir le gouvernement et le peuple. »40)
Foruqi envoie cette lettre d’engagement et le poème élogieux de Bahar
pour le Roi et c’est ainsi que le chef du protocole, Hosein Shokuh,
répond au Premier Ministre:
A l’intention de Son Excellence Monsieur le Premier Ministre
Votre lettre numéro 83375 au sujet de Malek al-shoara ainsi que son
poème ont été présentés au souverain. Sa Majesté a exprimé sa méfiance à
l’égard de la personne mentionnée en la qualifiant d’agitée et incapable
de modérer ses comportements. Cependant, il autorise son retour à
Téhéran, ainsi qu’une pension pour subvenir à ses besoins à condition
d’avoir les garanties sur la bonne conduite de la personne ci-
mentionnée.
Directeur du bureau de sa Majesté.
La réponse du chef du Protocole, Hosein Shokuh
Avec cette réponse favorable, Foruqi demanda la libération de Bahar au
président de la Sureté nationale.
La lettre de Foruqi au président de la Sûreté nationale
« A l’intention de Monsieur le président de la Sureté nationale,
Suite à notre entretien oral au sujet de Malek ðshoara Khorasani,
j’ajoute par la présente que la personne mentionnée a composé un poème
élogieux pour sa Majesté le roi et, par mon intermédiaire, a demandé la
compassion de son Excellence en l’informant de sa vie difficile.
L’ordonnance ci-joint m’est parvenue à son sujet. Si les garanties
nécessaires sur ses comportements sont obtenues, il peut retourner à
Téhéran et il faudrait lui attribuer une pension. Suite à cette
ordonnance, j’ai personnellement demandé et obtenu auprès de Malek ol-shoara
la lettre d’engagement ci-joint. Par conséquent, veuillez ordonner au
bureau de Sureté d’Ispahan d’organiser son retour à Téhéran.
J’informerai le gouverneur d’Ispahan et m’entretiendrai avec le ministre
de l’éducation nationale pour lui confier un poste convenable »41).
Suite à cette démarche, Bahar fut autorisé à quitter son exil. Il arriva
à Téhéran en Ordibehesht 1313sh/mai1934 après avoir visité shiraz où il
sera accueilli chaleureusement par les hommes de lettres. Par la suite
il sera invité à participer aux cérémonies de la célébration de Ferdowsi
qui se préparait pour Mehr 1313sh/octobre 1934. Les poèmes et les
discours de Bahar ainsi que les recherches qu’il présenta devant Reza
shah et les autres personnalités du pays, furent très remarqués et
appréciés par les savants et les chercheurs présents.
De 1313 à 1320sh/1934-1941, Bahar vécut dans un isolement politique
total. Il évita de s’engager dans les affaires de ce genre et accepta le
poste de professeur de langue et littérature persanes à Daneshsara-ye
Ali . Par contre, il refusa la création d’un journal officiel proposé
par la Cour. Par conviction parfois aussi par peur, il composa des
poèmes d’éloge pour Reza shah sans jamais se considérer comme un
panégyriste du régime. Dans les notes des mémoires que Bahar nous a
laissés, il insiste sur le fait que tout ce qu’il a écrit dans le genre
de l’éloge était sous la pression l’intimidation :
« Ceux qui ne me connaissent pas vraiment ignorent que je ne suis pas un
panégyriste. Mes écrits sont mes témoignages. Si jamais j’ai composé des
poèmes dans ce genre, c’était dans le but de protéger ma vie et celle de
ma famille. »42)
La vie de Bahar après le départ de Reza shah
Le premier septembre 1939/10 shahrivar 1318sh, les Nazis attaquèrent la
Pologne et la deuxième guerre mondiale éclata en Europe. Le gouvernement
iranien déclara sa neutralité dans le conflit le 13 shahrivar 1318sh/4
septembre 1939. Malgré cette volonté de neutralité, l’Iran fut envahi le
3 shahrivar 1320sh/25 août 1941. Reza shah fut obligé d’abdiquer le 25
shahrivar/16 septembre. Il confia la formation d’un nouveau cabinet à
Foruqi qui avait pu obtenir des alliés la garantie de la succession sans
problème du Prince héritier, Mohhamad-Reza, au trône.
L’Iran, sortant des vingt années de l’autoritarisme de Reza shah,
respirait quelques moments de liberté avant que le règne suivant, celui
de Mohhamad-Reza shah, ne prenne forme.
Le 28 shahrivar/19 septembre, Foruqi proclamait une amnistie nationale
pour tous les prisonniers politiques qui étaient pour la plupart des
journalistes et écrivains. Les journaux iraniens, interdits ou fort
contrôlés par Reza shah, reprirent alors leur publication. Entre 1320 à
1323sh/1941 à 1943, plus de 464 journaux sortaient des imprimeries.
Les communistes, interdits de toutes activités depuis la loi de 1931,
formèrent un nouveau parti, «Tude», en octobre 1941.
Au Parlement les députés, même les ex-partisans de Reza shah comme Ali
Dashti, se permettaient de critiquer sévèrement la politique de
l’ex-souverain.
Bahar, après le départ de Reza shah, retrouva goût pour les activités
politiques. Il publia de nouveau son journal Nowbahar le 3 Esfand
1321sh/22 février 1942 et déclara dans son premier numéro:
« La dernière fois que j’ai dirigé un journal remonte au 3 Esfand
1299sh/1921; ce jour là, j’avais 35 ans. Aujourd’hui, j’en ai 57 et tout
ce que je désire aujourd’hui c’est une mise au point des faits
historiques. »43)
Dans cette nouvelle série, Nowbahar profita de la collaboration de
Rahimzade Safavi et Ali-akbar Alam. Sa publication durera jusqu’au 11
Azar 1322sh/novembre 1943 et 102 numéros fut publiés.
Afin d’éclairer les événements politiques des dernières décennies, Bahar
décida de publier ses mémoires politiques, ceux qu’il avait vécus
pendant la révolution constitutionnelle et les périodes suivantes
jusqu’à la destitution de la dynastie Qajar. Il les publia d’abord sous
la forme de petits épisodes dans le journal «Mehr-e Iran» et, par la
suite, dans un ensemble en deux volumes. Le premier fut édité en 1323sh/
1944, sous le titre de « Tarikh-e mokhtasar-e ahzab-e siasi» (L’histoire
abrégée des partis politiques) et la deuxième qui concerne la chute des
Qajars «Enqeraz-e Qajar-ye» en 1337sh/1958.
En 1321sh/1943, Bahar adhéra au Front pour la liberté «Jebhe-ye azadi».
Ce front, organisé par le parti Tude, réunissait plus de 20
journalistes, partisans des libertés et de la démocratie sans être
forcément membres de ce parti. Ils cherchaient à créer une politique
uniforme des éditorialistes pour empêcher le retour du despotisme et du
fascisme. Les pionniers de ce mouvement étaient Hosein-e Fatemi (Bakhtar),
Ahmad Maleki ( Setare-ye Iran ), Sadeq Sarmad (Seda-ye Téhéran ), et
Mohit Tabatabaï. Bahar, Amidi Nuri, Fereydon Keshavarz (Razm), Iraj
Eskandari (Rahbar) Jafar Pishevari (Agir) et quelques autres éditeurs
les rejoignaient plus tard. Mais, suite à des différences et des
conflits internes entre les membres de ce mouvement, ce parti ne put
atteindre ses objectifs et arrêta ses activités vers la fin de l’année
1321sh/1943.
La nomination de Bahar en tant que ministre de
l’éducation nationale.
Le 25 Bahman 1324sh/14 février 1946, durant le deuxième cabinet de Qavam
al-SalÅané, Bahar fut nommé Ministre de la culture (Education
nationale). Il occupa ce poste pendant sept mois. Pendant cette courte
période, il fera un voyage à Baku en compagnie de Said Nafisi, Mehdi Adl
et Sadre Fatemi, afin de participer aux célébrations du 25éme
anniversaire de la création de la République d’Azerbaïdjan. Ce voyage
lui permit de mieux comprendre le fonctionnement des institutions créées
par un système socialiste et il fut très touché par cette expérience.
Dès son retour, il présida le premier congrès des écrivains iraniens qui
se déroula pendant 8 soirées (du 4 Tir 1325 au 11 Tir 1325sh /25 juin
1946) à l’institut culturel soviétique et qui réunissait 78 poètes,
écrivains et professeurs de lettres. Dans son discours d’inauguration,
Bahar attira l’attention des participants sur la question des
engagements des écrivains envers la société et l’évolution nécessaire
qu’il fallait apporter à la littérature persane. Il se montra plutôt
partisan de la modernité dans l’expression littéraire. Ceci par rapport
aux polémiques qu’il avait eues avec Taqi Rafat , l’éditeur de «Tajaddod»,
25 ans auparavant :
« Nous sommes aujourd’hui face à l’histoire. Nous avons devant nous un
chemin vers l’immobilisme et un autre chemin qui nous mène vers le
mouvement et l’actualité. Un écrivain qui entraîne son public vers
l’actualité sera lu et apprécié, car l’existence n’a pas d’autre
signification que celle du mouvement. Un écrivain qui préconise
l’immobilisme est forcément en retard avec son temps. »44)
Il collabora avec Jalal Homaï à l’amélioration des textes littéraires et
de la grammaire persane que les jeunes Iraniens devaient apprendre à
l’école. Plusieurs textes, à l’intention de tous les niveaux scolaires,
furent choisis parmi des chef d’œuvres de la littérature persane,
accompagnés de notes et explications des termes difficiles .
Au mois de Mordad 1325sh/15 août 1946, pour des raisons en rapport avec
la politique étrangère du pays, Bahar fut écarté du cabinet de Qavam al-Saltaneh
et remplacé par Fereydun Keshavarz, membre du parti Tude. En effet,
lorsque Qavam al-Saltané accepta le poste de chef de gouvernement le 7
Bahman 1324sh/27 janvier 1946, la province Azerbaïdjan était entre les
mains des partisans de Pishevari qui avaient proclamé l’autonomie de
cette région le premier Azar 1324sh/21 novembre 1945. D’autre part,
l’armée Rouge occupait cette partie du pays, contrairement aux
engagement pris lors de la conférence de Téhéran entre les Alliés le 29
janvier 1942 concernant l’évacuation des provinces iraniennes après la
fin de la guerre mondiale .
Afin d’obtenir le retrait des Soviétiques, Qavam al-Satane, lors de son
voyage à Moscou le 29 Bahman 1324sh/18 février 1946, avait promis une
concession pour l’exploitation du pétrole du Nord de l’Iran aux Russes.
C’est dans ce contexte qu’il avait demandé le départ de Bahar et engagé
également les trois membres du parti Tude dans son gouvernement, en
signe d’ouverture vis-à-vis des Soviétiques et de liberté d’action pour
les partisans de ce mouvement.
Qavam al-Salane, qui avait un grand respect pour son Ministre de la
culture et qui était en même temps l’un de ses meilleurs et plus fidèles
amis, exprima plus tard dans un entretien avec la fille de poète,
Parvane Bahar, ses regrets et ses remords d’avoir fait ce choix.45)
Qavam al-Saltané changea sa politique vis-à-vis des autonomistes
d’Azerbaïdjan et, dans le nouveau cabinet qu’il présenta à Mohhamad-Reza
shah le 17 octobre 1946/25 Mehr 1325sh, les Ministres «Tude» furent
écartés du pouvoir. Ce nouveau cabinet prépara les plans de reconquête
d’Azerbaïdjan et, après le retrait des Soviétiques de cette province et
l’envoi des troupes armées, l’écrasement des insurgés eut lieu le 21
Azar 1325sh/12 décembre 1946.
L’expérience vécue dans le cabinet de Qavam al-Saltaneh et la complexité
de la politique de ce premier Ministre étaient très dures pour Bahar et
son idéal politique. Il écrit dans son autobiographie :
« Finalement, j’ai accepté le poste de Ministre mais je n’aurais pas dû.
Si Qavam ne m’avait pas invité à ce poste, je n’aurais pas souffert
autant. On m’avait mis dans un enfer. Mes souffrances et mes chagrins
furent énormes pendant cette période. C’est pour cette raison que j’ai
signé ma démission sans aucune hésitation. Mais j’avais perdu ma santé
et je me trouvais déjà malade. » 46)
La complexité de la prise de position de Qavam devint aussi le sujet de
plusieurs poèmes de Bahar. Il se plaint à travers ceux adressés à Qavam
al-Saltane et lui rappelle tous les services qu’il lui a rendus durant
une amitié et une collaboration sincères
Malgré cette expérience difficile, Bahar resta pour quelques temps
encore sur la scène politique. Il fut élu pour la quinzième législature
et Qavam al-Saltane lui confia la direction d’une fraction du parti
démocrate dans cette nouvelle Assemblée jusqu’à ce que la maladie
l’oblige à se retirer de toute activité publique.

Le voyage de Bahar en Suisse :
Atteint d’une tuberculose, il partira en Suisse se soigner chez sa fille
Parvaneh, qui se trouvait à cette période en Europe.
Quelques temps après, grâce aux soins médicaux, Bahar aura la force de
reprendre avec prudence le rythme d’une vie normale. Il décida de
visiter en compagnie de sa fille, quelques villes en Suisse et en
France. Parvane Bahar a marqué dans ses mémoires les instants émouvants
de ce voyage qu’elle a fait en compagnie de son père:
« Nous sommes restés quelques jours à Genève, mon père appréciait la
propreté et l’ordre de cette ville. Le jour de notre arrivée à Genève,
les étudiants iraniens avaient organisé une conférence en l’honneur de
mon père. Je n'oublierai jamais cette réunion. Après avoir fait un
discours pour les étudiants présents, il leur dit : mes enfants votre
pays, l’Iran, durant sa longue histoire, a été sujet à diverses
invasions et agressions. Le seul élément qui nous ait protégé et qui ait
garanti notre indépendance a été la langue et la littérature persane. Il
faut les conserver et les protéger ….. »47)
A Genève, il aura également l’occasion de rencontrer Mohhamad-Ali Jamal
zade, l’écrivain et romancier iranien résidant en Suisse. En France, un
nombre important d’étudiants lui rendront visite. Il aura également
l’occasion de rencontrer Aly Mazaheri (spécialiste des manuscrits
persans à la bibliothèque nationale), ainsi que Henri Massé, (professeur
à l’Ecole Nationale des Langues Orientales), pour qui Bahar avait
beaucoup d’admiration. Parvaneh nous décrit la rencontre entre Bahar et
Henri Massé:
« Mon père me parlait souvent d’Henri Massé et de ses recherches
éminentes. Lorsque nous étions à Paris, Henri Massé est passé voir mon
père. Je les ai laissés à l’hôtel à 10 heures du matin et lorsque j’y
suis retournée à 18 heures, ils étaient toujours en train de
discuter. »48)
Malgré le besoin que Bahar avait d’être soigné médicalement, il a
préféré passer le restant de sa vie sur la terre de sa chère patrie.
Parvaneh écrit à ce sujet :
« Mon père appréciait la beauté des pays et la civilisation européenne,
il se sentait beaucoup mieux depuis qu’il était en Suisse. Mais un jour
il m’appela et me demanda de préparer son retour. Il me dit je préfère
mourir sur la terre de ma patrie »49)
Les derniers jours de la vie de Bahar :
Dès son retour en Iran, au printemps 1329sh/1950, il présida
l’Association Iranienne des Défenseurs de la paix. Les membres de cette
association étaient pour la plupart des sympathisants de l’Union
Soviétique. Ils avaient leur propre organe de presse « Kabutar-e Solh»
(la colombe de la paix). Le 1er Ordibehesht 1329sh/19 avril 1950,
l’ambassade du Pakistan en Iran organisa une cérémonie en l’honneur de
Eqbal Lahuri, grand poète de langue persane. Bahar présida cette
cérémonie et présenta plusieurs discours concernant les divers aspects
de la poésie d’Eqbal Lahuri.
Il espérait écrire l’histoire de l’évolution de la poésie persane,
travail semblable à celui qu’il avait accompli pour la prose, mais la
maladie et la fatigue ne lui permirent pas de finir ce qu’il avait
entrepris. Les quelques chapitres achevés furent confiés au Ministère de
la culture et publiés par Aliqoli Bakhtiari en 1342sh/1963, sous le
titre de «Sabkshenasi ya tasavvor-e sher-e farsi . «
En hiver 1329sh/janvier 1951, Ali-Akbar Hekmat proposa à Bahar de
participer aux cérémonies d’inauguration du mausolée de Saadi qui
avaient été prévues pour le printemps prochain. Bahar, malade et très
souffrant, lui avait répondu dans une lettre trois mois avant sa mort :
« Cher ami. Je suis votre dévoué. J’ai reçu votre honorable lettre. Vous
avez souhaité ma présence et mon discours devant sa majesté le Roi.
Hélas, ça fait deux ans que je me plains de cette maladie et de cette
fièvre et aujourd’hui mon sort est entre les mains des médecins.
Maintenant je suis fiévreux et isolé dans un coin, alors que j’aurais pu
rester dans un sanatorium en Suisse pour me soigner. Je vous dis adieu
mes chers amis. De toute façon, même si la fièvre tombe, ma faiblesse
restera. Les médecins m’ont interdit toute activité. J’espère que les
jeunes chercheurs pourront accomplir ce que les vieux isolés ne sont pas
capables de faire. Le Roi est jeune, il lui faut la jeunesse. Je vous
souhaite, à vous qui avez toujours servi ce pays et ce peuple, beaucoup
de réussite, ma main tremble énormément, que vos jours soient
heureux. »50)
La dernière œuvre poétique de Bahar fut «Joqde Jang», hibou de la
guerre, écrite pendant l’été 1329sh/1950 et lue par le poète lui-même
dans une grande cérémonie organisée à son honneur. Ce poème, composé à
la demande de ses amis partisans de la paix dans le but de dénoncer les
effets désastreux de la guerre, sera considéré plus tard comme son
testament pour les générations à venir et publié dans le journal «Maslahat»
le 13 Esfand 1329sh/3 mars 1951.
Bahar s’éteignit le premier Ordibehesht 1330sh/21 avril 1951 à huit
heures du matin dans sa maison à Téhéran, Avenue Malek al-shoara-ye
Bahar. Sa dépouille fut portée par ses admirateurs de la mosquée de
Sépahsalar, située au centre de Téhéran, jusqu’au quartier de Mokhber
al-Dowle, puis au cimetière de Zahir al-Dowle où il fut enterré en
présence du président de l’université de Téhéran, des professeurs, des
étudiants et d’autres personnalités.
Diverses cérémonies furent organisées, à la mémoire de cet homme. Ainsi
le 3 Ordibehesht 1330sh/23 avril 1951, la commémoration organisée par le
Ministère de la culture et l’académie nationale «Farhangestan»,
réunissait un grand nombre de personnalités importantes du pays à la
Mosquée Sépahsalar.
Le lundi 9 Ordibehesht 1330sh/ 29 avril 1951, une Assemblée, composée
des chercheurs des universités et des professeurs et hommes de lettres
du pays, célébra la mémoire de Bahar dans l’amphithéâtre de la faculté
des lettres de l’université de Téhéran.
Ali-Akbar Siasi, le président de l’université de Téhéran, après avoir
exprimé ses regrets pour la disparition du poète, donna un aperçu de ce
que Bahar représentait pour lui et le monde littéraire iranien de cette
époque. Jalal-Homaï, chercheur et professeur en littérature persane, un
ami très proche de Bahar, commença son discours en citant tout d’abord
un poème d’élégie que le défunt avait composé pour Mohhamad-e Qazvini.
Puis il présenta une autobiographie qui avait été mise à sa disposition
par Bahar lui-même avant sa mort.
Homaï présenta un exposé sur les valeurs littéraires de ce poète disparu
dont il considérait la perte comme une catastrophe, un vide irréparable
pour le monde littéraire iranien. Homaï, tout comme Lotf-Ali Suratgar,
fort ému par la disparition de Bahar, termina son discours en citant des
poèmes élogieux qu’il avait composés pour la circonstance.51)

Les œuvres de Bahar
Les écrits de
Bahar sont abondants et leur contenu varié. Ce dernier a été présent
sur la scène socio -politique,
littéraire et culturelle de l’Iran pendant plus de 50 ans. C’est
pourquoi il nous a laissé une œuvre considérable en vers et en prose,
articles des journaux et discours politiques, romans et essais,
recherches et traductions, corrections des textes anciens et manuels
scolaires, etc.
: Pour
présenter les œuvres de Bahar d’une façon systématique, nous avions le
choix entre
-Classer ses écrits par leur contenu et obtenir ainsi divers catégories,
littéraires, sociopolitiques, historiques, culturelles etc.
-ou les diviser par leur forme et obtenir ainsi deux catégories
essentielles: poésie et prose.
Le deuxième choix
nous a semblé plus judicieux car notre recherche est essentiellement
basée sur les poèmes de Bahar et que cet objectif demande une
présentation détaillée de ceux-ci.
Dans ce chapitre,
nous présentons les différentes éditions de son recueil de poèmes.
Dans une deuxième partie, nous présentons une liste bibliographique des
œuvres de cet auteurs en prose.
l- Notes sur les différentes éditions de recueil
de poèmes de Bahar, histoire d’un défi.
Le public iranien
a pris connaissance de la poésie de Bahar tout d’abord à travers les
journaux publiés durant la période constitutionnelle. «Khorasan»,
journal clandestin rédigé par Seyyed Hosein-e Ardabili , «Tus», rédigé
par Mirza Hashem Khan-e Qazvini , tous deux édités à Mashhad, et «Habl
al-matin» à Calcutta furent les premières tribunes dans
lesquelles le jeune poète âgé de vingt ans exprima ses pensées pour
son public. Les revues telles que «Ayande», «Armaqan»,et
principalement «Daneshkade» publiaient les poèmes de Bahar
accompagnées parfois des notes d’explications.
Quelques poèmes
de Bahar furent publiés par Edward Browne dans son livre «the press
and poetry of modern Persia» en 1914. Nous y trouvons 14 poèmes sur des
thèmes uniquement politiques concernant les luttes pour la
constitution. Un certain nombre de poèmes de Bahar fut également
publié dans les anthologies de la poésie persane contemporaine, «Montakhabat-e
ashare shoara va nevisandegan-e moaser», rassemblées et rédigées par
M.Hashtrudi en 1302sh/1923. On y compte en tout huit poèmes.
(1)
«Sokhanvaran-e
Nami-ye Moasser»(2) de Mohammad Eshaq réunit 34 poèmes de Bahar
avec des notes et une présentation sur sa vie, sa pensée et son style
en 1934/1313. «Ganj-e sokhan»(3) de zabihollah-e Safa, pour sa part,
présente 10 poèmes en 1331sh/1952.
Il faut également
noter la publication de «Tchahar Katabe» (quatre discours) qui fut
composé en tant qu’éloge et conseil au souverain, en 1304sh/1925, à la
demande de Reza shah.
En 1310sh/1931,
après son premier emprisonnement, Bahar décida de réunir et de publier
l’ensemble de ses poèmes dans un recueil complet. Grace à l’aide
financière d’un certain Haj Amin al-Tojjar-e Esfahani, un ami de la
famille, les premiers travaux commencèrent(4). Cent quarante qassideh
furent imprimées dans l’imprimerie du Majles, avant que le travail soit
interrompu sous l’ordre de chef de la police de sécurité de Reza shah,
colonel Dargahi.
Le
poète abandonna son projet, cependant ses poèmes continuèrent
d’être publiés dans les revues et les journaux. Il publia le
masnavi d’Andarzha-ye Maraspandan, «les conseils de Maraspandan», dans
la revue Mehr en 1313sh/1934. Ce texte était traduit de Pehlevi par
Bahar en 1312sh/1933 pendant son séjour en prison. Après sa libération,
il mit cette traduction en vers .
Bahar reprit le
projet de la publication de ses poèmes en 1328sh/1949, après son retour
de Suisse, Il n’avait pas l’intention de les publier tous. Il
souhaitait en faire une sélection et publier les meilleurs d’entre eux.
Il ne voulait pas confier ses poèmes aux «Naqqad-e
Zaman», critique du temps, qui, selon lui, choisie les chefs d’oeuvres
et rejette les médiocres.(5)
C’est ainsi que
Bahar entreprit minutieusement la révision de ses poèmes. Il lui fallait
réunir, relire, corriger et sélectionner parmi des milliers de beyt
qu’il avait composé durant plus de 50 années de carrière poétique. Sa
santé ne lui permettant guère un tel effort, il déposa une demande
auprès du Ministère de l’instruction pour que deux secrétaires soient
mis à sa disposition pour les travaux de correction. Le Ministère refusa
cette demande et le poète, gravement malade, décida donc de continuer
seul.
La faiblesse et
la maladie ne permirent pas au poète d’achever ce travail. Il
s’éteignit avant que la publication de son recueil ne voit le jour.
(6)
Après la
disparition de Bahar, sa famille et ses amis reprirent ce travail. Les
avis étaient très partagés à propos de la méthode qui convenait le
mieux pour la sélection des œuvres. Bahar n’avait pas laissé
d’instructions ni de critères précis. Les uns proposaient de tout
publier sans exception ni préférence. D’autres suggéraient de publier
un choix de poèmes selon l’exemple des qassideh publiées par le poète
lui-même en 1325sh/1946. Finalement, une synthèse s’imposa: tous les
poèmes seraient publiés à l’exception des satires et des poèmes qui
contenaient des propos injurieux envers certaines personnalités
politiques.
Les premiers
travaux concernant la comparaison et la correction des textes furent
réalisés par les gendres de Bahar, Khosrow Khavar et Mohammad-e Qahreman,
poètes et chercheurs, avant d’être confiés à Mohammad-e Malekzade, le
frère de Bahar, qui avait collaboré avec Bahar à la rédaction du journal
«Iran». Les deux volumes
de la première édition furent publiés, à un an d’intervalle, par la
maison d’édition Amir-kabir à Téhéran en 1335 et 1336sh/1956-1957.
Le premier volume
a pour titre,»Divan-e ashar-e shadravan Mohammad Taqi Bahar Malek al-shoara
ostad-e faqid-e daneshgah-e Tehran» (Le recueil de poèmes du regretté
Mohammad Taqi Malek al- shoara Bahar,le professeur de l’université de
Téhéran .
Ce volume de 710
pages est en format 16/28 cm. Mohammad Malekzade, son éditeur,
présente dans l’introduction une biographie sur le poète, ses
activités, et notamment, quelques indications sur la publication de ses
poèmes .
Contrairement aux
méthodes habituelles qui désignent la dernière lettre des distiques (qafie)
comme critère de classement, dans ce volume, l’ordre chronologique de la
création est le caractère de base. L’éditeur a divisé le livre en 4
chapitres. Chaque chapitre est consacré à une période de la vie de Bahar :
1- de la révolution
constitutionnelle jusqu’à l’élection de Bahar comme député du Parlement.
1282-1293sh /1903-1914.
2- de son arrivée à Téhéran ,jusqu'au Coup d’Etat de seyyed Zia
1293-1299sh/1914-1921.
-3 du Coup d’Etat de 1299/1921 à l’occupation du pays par les forces
alliées en 1320sh/1941.
4- du début du règne de Mohammad-Reza shah jusqu’à la fin de sa vie.
Les poèmes sont pour la plupart accompagnés de notes d’information
précisant la date et les circonstances de la création.
Malekzade, dans l’introduction, explique les raisons de ce choix de
classement:
«Etant donné la
portée et le contenu sociopolitique des œuvres de Bahar, nous avons
préféré l’ordre chronologique à l’ordre alphabétique. Cela permettra au
lecteur, d’une part, de constater la relation des poèmes de Bahar avec
les événements de l’époque et, d’autre part, de remarquer l’évolution de
sa pensée, son style et sa personnalité.»(7)
Afin de permettre
au lecteur une recherche simplifiée des poèmes, sont ajoutées à la fin
du livre deux listes alphabétiques qui classifient les poèmes par leur
titre et par leur dernière lettre de (qafie).
Le premier volume
contient 272 qassideh,15 tarkib-band ,6 dobeyti,3
mokhammas ,et 16 mosammat. D’après
Malekzade, le nombre de beyt dans ce volumes est de 10448.
Le deuxième volume
de cette édition a été publié en 1336sh/1957. Il a pour introduction
l’article de «Qalb-e shaer», (Le coeur de poète ), écrit par Bahar en
1301sh/1922. Cet article est une sorte d’autobiographie à travers
laquelle le poète explique son comportement psychologique face à la
vie, l’amour, la profession, la politique et beaucoup d’autres
éléments.
Contrairement
au premier volume les poèmes sont classés par date de création, sans
critère de forme ou de contenu, l’éditeur a classé dans le second les
poèmes selon leur forme, pour une partie d’entre eux et, pour l’autre,
selon leur contenu. Il obtient ainsi 84 masnavie, 78 «qazal, 101
qatèe, 71 robaï et 16 dobeytï.
Les masnavis
sont classés suivant leur critère métrique, « bahr».
Bahr-e khafife mossaddas-e aslame 6 poèmes.
Bahr-e sarere mossaddas -e matva 8 poèmes.
Bahr-e mojtac-e mosman-e mahsuf 1 poème.
Bahr-e hazj-e mossadas-e akhrab 3 poèmes.
Bahr-e hazj-e mossadas-e maqur 12 poèmes.
Bahr-e «raml-e mossadas-e makhbun. 6 poèmes.
Bahr-e raml-e mossaddas-e maqur 9 poèmes.
Bahr-e muteqareb-e mosaman-e maqur 39 poèmes.
Dans ce volume,
chaque masnavi porte un titre correspondant à son contenu ; cependant,
quelques-uns seulement sont accompagnés de notes de renseignements sur
la date et la circonstance de la création .
Les «qatèes», les «qazals», les «dobeytis» sont classés conformément à
la dernière lettre de distique «qafie».
Par critère de genre, l’éditeur a distingué les «motayebat»( les poèmes
satiriques), des «maddeh tarikh» (les poèmes chronogrammes), des «Tasnif»(les
chansons), et «Ashar-e mahalli»( poèmes en dialecte régional.Les 16
poèmes satiriques ont des formes diverses: 9 qatèes, 6 qasideh, 1
quatrain. Quant au 14 maddeh tarikh, ils ont la forme de qatèes. Les 8
poèmes en dialecte de Khorassan contiennent 5 «qazal, 1 qatèes, et deux
qassidehs.
Les chansons «Tasnif», sont rangées suivant la tonalité:
«Abuata»,
1 poème.
«Afshari»,
2 poèmes.
«Bayat-e esfahan», 1 poème.
«Bayat-e tork», 1 poème.
«Segah »
1 poème.
«Dadshti»
1 poème.
«shur»,
1 poème
L’éditeur a
ajouté une partie complémentaire, «molhaqqat», qui contient 1 masnavi, 5
qassidehs, 1 Mostazad, 2 Tarjie-band et 1 Taqazzol. Selon Malekzade,
ces poèmes ont été retrouvés après la publication du premier volume
et, par conséquent, sont ajoutés à la fin du deuxième volume.
Ce recueil, après
avoir connu quelques rectifications, fut réédité en 1344sh/1965. Dans
cette nouvelle édition, l’ordre du classement précédent est maintenu
avec les modifications suivantes :
1- qasidehs
sont numérotées .
2- poèmes retrouvés et publiés dans le complément du deuxième volume de
l’édition précédente sont intégrés dans le classement en respectant la
caractère de forme.
Les poèmes suivants, retrouvés entre temps, sont ajoutés à l’ensemble
dans cette nouvelle édition:
1-» Tazmin-e Qazal-e hafez», mosherammat, page 104.
2-» shekve az hasud», qassideh, page 304.
3-« khode-ye hasud», qasideh, page 335.
4-» Vosuq al-dowle»,qatèe, page 437.
5-» Dar manqabat-e hazrat-e sadeq, qasideh, page 610.
6-» Tajdid-e matla dar vasf-e Mazandaran qassideh, page 674.
7-» Hoshdar be Orupa», qassideh, page 724.
8- deux strophes,»bande»,2 et 5, sont ajoutés aux «Nakir va Monkar»,
Tarkib-band, page 770.
9-» Farrokh», qatèe, page 770.
10-» name-ye Farrokh», page 782.
Le nombre des qassideh dans cette édition est de 334.
La deuxième
édition de recueil de poèmes de Bahar a été publiée en 1368sh/1989 par
la maison d’édition «Tus», avec une nouvelle typographie
en deux volumes. Elle a pour éditeur Mehrdad Bahar, le fils de
poète, professeur et chercheur en histoire et mythologie iraniennes.
Ayant à sa
disposition les textes et les archives privées de la famille, Mehrdad
Bahar, qui avait déjà écrit plusieurs articles
Sur la vie et les œuvres de son père, a joint à cette nouvelle
édition des documents importants telle que l’introduction à «Sabk
shenasi», une sorte d’autobiographie que Bahar avait écrite en
1326sh/1947 et dont le régime Pahlavi avait interdit la publication.
Cette édition en 2 volumes
garde le même classement que les éditions précédentes. D’après son
éditeur, elle a fait l’objet de plusieurs rectifications
:
«Les textes sont
de nouveau lus, comparés et corrigés par divers experts. Plus
particulièrement Yazdan bakhsh Qahreman, le poète et écrivain qui avait
participé aux travaux dès la première édition. Les points erronés dans
les anciennes éditions sont ainsi corrigés et les poèmes retrouvés entre
temps sont ajoutés. Ceux qui n’avaient pas été intégralement publiés
trouvent leur version complète.»(8)
Cette
nouvelle édition, supposée être la plus complète, possède malgré tout
quelques poèmes en moins par rapport aux éditons précédentes. Certains
poèmes ont été supprimés ou édités, partiellement.
Ainsi, nous nous
trouvons devant deux éditions complémentaires de l’œuvre. Afin de mieux
évaluer leurs différences, nous allons présenter la liste des poèmes
manquants dans les deux éditions et qui nous semblent représenter les
deux périodes significatives de leur édition. Celle de l’époque Pahlavi
et la période après le changement du régime. Ces deux éditions sont
celles de M. Malekzadeh 1335-1336sh/1956-1957, et Mehrdad Bahar
1368sh/1989.
A-
Les poèmes qui sont supprimés dans è l’édition de Mohammad Malekzade et
qui se trouvent dans l’édition de M.Bahar :
1- <<Estehza-ye
Sardar Sepah>>. (satire de Sardar Sepah) qassideh, 1303sh/1924, Téhéran,vol
I, p 4022-
2- << Andarz be shah» (conseils au roi), qassideh, 1307sh/1928,Téhéran,
vol I, p 469.
3 -<<Hey Moshar al-Saltaneh>> (Oh ,toi Moshar al-Saltaneh), qasideh,
1295sh/1916, Mashhad, vol I, page 309.
4 -<<Khish ra ehya konid>>.(Réveillez-vous), qassideh, 1305sh/1926,Téhéran,
vol I, page 428.
5 -<<Dar tajgozari-ye Reza shah>> , (Le couronnement de Reza shah).
qassideh, 1304sh/1925, Téhéran, vol I, page 410.
6 -<<Barfiye>>(poème pour la neige), qassideh, Téhéran, sans date, vol
I, page 793.
7 -<<Din va dowlat>>, (La religion et l’Etat), qatèe sans date, Téhéran,
vol II, page 1209.
8 -<<Dar dowran-e gereftari>> (Pendant l’emprisonnement), qatée,
1308sh/1929, Téhéran, vol II, p 1214.
9 -<<Hadye-ye dust>> ( le cadeau d’un ami), qatèe, sans date, vol II ,
page 1223.
10 -<<Dar vaqee-ye mohajerat-e azadikhahan>> (Au sujet de l’immigration
des libéraux, qatée vol II, page 1242, sans date.
11- Qazal n° 93, vol II, page 1205. sans date.
12 -Qazal n° 1, vol II, page 1146 .
13 -Qazal n°2, vol II, page 1145.
14 -<<Taslim va reza >> (La soumission et le consentement), quatrain,
vol II, page 1296.
15 -<<Khatab be Mohammad-Reza Pahlavi>> (Parole adressée à Mohammad-Reza
Pahlavi), quatrain, vol II, page 1298.
16- <<Bad az kenare giri az vezarat» (Après la démission du poste du
Ministre), quatrain, vol II, page 1302.
17- << Az yek mazmun-e arabi»(D’un thème arabe), tak beyti, vol II, page
1303.
18 -<<Dar vasf-e Javaher Lal Nehru» (éloge à Jawaharlal Nehru), tak
beyti,vol II, p 1304.
19- << Tarjome-ye yek sher-e torki» (La traduction d’un poème turc) tak
beyti,vol II, p 1304.
20- <<Hey Zia al-Din>> (Oh Zia al-Din), qatèe, vol II, page 1305.
20 -<<Dar zamm-e Seyyed Zia al-Din>> ( Satire pour Seyyed Zia al-Din),qatèe,
vol II, pages 1305-1306.
Les
tasnifs:
21-<<-Pas az fath-e Tehran>>
(Après la conquête de Téhéran), vol II, page 1309.
22 –« Qazal dar bayat-e tork» (Qazal dans la tonalité de bayat-e tork),
pages 1314-1315.
23 –« Qazal-e zarbi»(Qazal rythmé), vol II, page 1318.
24 –« Bad-e saba» (La brise du matin), vol II, page 1319.
25 –« Farvardin», vol II, page 1319.
26 –« Qazal-e zarbi» ( Qazal rythmé), vol II, page 1322.
27 –« Hey kabutar»(Oh Pigeon),vol II, page 1323.
28 –« Bahar-e delkash»,(Le printemps séduisant), vol II, page1325.
29 –« chahargah», vol II, page 1326.
30 –« Tarane-ye melli», (La chanson nationale), vol II, page 1327.
Les masnavie:
31 –« Marg-e sorkh beh az marg-e zard» ( La mort rouge est meilleure que
la mort jaune) vol II, page 1111.
32 –« shekayat az mardom-e zamane» (Plainte contre les contemporains ),
vol II, page 1112.2-
33 –« Ensan va jahan»(L’Homme et l’univers), vol II, p 1076.
B-Les poèmes qui existent dans l’édition de Mohammad Malekzade et qui
sont supprimés dans l’édition de Mehrdad Bahar:
Les Qasidehs et les qatées:
1 –« Jangali» ( poème pour
Mirza kutchek khan Jangali), 1297/1918, vol II, page 489.
2 –<<Bimarestan-e Qom»,( L’hopital de Qom), 1313/1934, vol II, page 460.
3 –« Tarikh-e bana-ye dabirestan-e Pahlavi dar Babol» (La date de la
construction du lycée Pahlavi à Babol), Téhéran, 1315sh/1936, vol II,
page 461.
4 –« Tarikh-e muse» (La date de la construction du musée), Téhéran,
1315sh/1936, vol II, page 463.
5 -<<Ashk-e qam>> ( Larme de chagrin), vol II, page 462.
6 –<<Mirza Taher-e Tonekaboni>>, vol II, p,462.
7 - « Darigh va ah-e Amin» (Regrets et chagrin pour Amin al-Tojjar-e
esfahani), vol II, page 463.
8 –« Tunel-e rah-e Lorestan» ( Le tunnel de la route de Lorestan) ,
Téhéran, 1307sh/1928, vol II, page 531.
9 -« Zaban-e hal-e Musolini» ( Le monologue de Mussolini), vol II, p
532.
10 –« Tarix-e bana-ye dabirestan-e Ferdowsi-e Mashhad» (La date de la
construction du lycée Ferdowsi de Mashhad), Téhéran, 1314sh/1935, Vol
II, p 465.
11 –<<Qatèi bara-ye Sardar-e Sepah>>, ( Poème pour Sardar-e Sepah), vol
II, p 480.
Les Quatrains:
1 –« Tarikh-e vafat-e Seyyed Mohammad-e Tabatabaï»(La
date du décès de Tabatabaï), vol II, p 470.
2-« Dar hades-ye tir khordan-e Mohammad-Reza shah-e Pahlavi» (A propos
de l’attentat contre Mohammad-Reza shah Pahlavi),vol II, p 471
3 –« Be monasebat-e soqut-e emperaturi-ye osmani»( Au sujet de la chute
de l’empire Ottoman), vol II, p 479.
Les poèmes de satires:
Les qatées:
1 –« Bahar-e shirvani» vol
II, p 498.
2 – « Dar zamm-e yeki az ommal-e astan-e qods-e razavi» (Reproche à l’un
des fonctionnaires d’astan-e qods-e
razavi), vol II, p 499.
3 –« Be Yeki az moanedin» (A l’un de mes contestataires), vol II, p 507.
4 –« Dar hajv-e Saba» ( Satire pour Saba), vol II, p 508.
5 –« Tarix-e marg-e Saba!»(La date de décès du Saba), vol II, p 509.
6 –« Dar hajv-e zanan-e Tehran» ( Satire pour les femmes de Téhéran) ,
vol II, p 510.
7 –«Zanan-e Tehran»(Les femmes de Téhéran),vol II,p 511
8 –« Giv-e tajer», (Giv, le commerçant), vol II, p 512.
9 –« Dar hajv-e kasi ke Bahar ra habs kard» ( Satire pour celui qui
avait emprisonné Bahar), vol II, p 512.
10 –« Dar hajv-e yek siasatmadar-e rohani» ( Satire pour un religieux
politicien), vol II, p 513
11 –« shukhi dar parlement», (Plaisanterie au Parlement), vol II, p 513.
12 –« Tazi-e tork» (Un arab turc). vol II, p 513. 3
Les masnavis:
1 –« chahar
khatabe» (Quatre discours) , 1304/1926, vol II, p
143-152.
C- Les poèmes qui se trouvent dans les 2 éditions
mais avec une différence de quantité des beyts:
1 –«Ta key va ta
tchand?»(De quelle durée et de quelle façon?)mosammaT,1308,Téhéran
édition M.Baharvol I,p 516. Dans édition M.Malekzade page 459 six beyts
sont supprimés, le nom de Reza khan est remplacé par quelques points au
6ème distique.
2 –« Fakhriye»(Vantardism), Qassideh adressée à Reza-shah, 1304sh/1925,
Téhéran, édition M.Malekzade contient 112 beyts, édition M.Bahar 73
beyts.
3 –« Jazr va madd-e saadat» (Flux et reflux du bonheur), Qassideh,
1304sh/1925, Téhéran, édition M.Malekzade, p 373, contient 83 beyts
édition M.Bahar p 413, seulement 64.
4 –« Karname-ye zendan»,(La lettre de la prison), masnavi , 1312sh/1933,
Téhéran, édition M.Bahar vol II, p 831 a un discours de plus (goftar-e
nakhost, dar azamat-e zat-e baritaala), que l'édition de M.Malekzade vol
II, p 2.
5 –« Ey Zan»( Toi la femme), Qassideh 1314sh p 607. Edition de Malekzade
a 2 beyt d’éloge à Reza shah pour l’interdiction du port de tchador
Les suppressions
de poèmes dans l’une et l’autre de ces éditions sont dues, d’une
part, aux problèmes de recherche et à la découverte des poèmes
perdus ou retrouvés dans le temps et, d’autre part, à la censure
de l’époque de publication.
Le
premier éditeur, Malekzade, avait supprimé les poèmes critiquant
vivement le régime de Reza shah, qui auraient à nouveau empêché la
publication de ce recueil, déjà interrompue pour des motifs semblables.
Quant à l’édition de M.Bahar, étant donné l’hostilité du régime actuel
envers la dynastie Pahlavi, tous les poèmes contenant les éloges pour
Reza shah et son œuvre sont sujets de censure.
En ce qui concerne
les satires, leur suppression est en rapport avec le souhait de Bahar
et ses préférences.
Bahar tenait à ce
que ses poèmes de satire ne soient pas publiés. Ils les considéraient
comme un genre de plaisanterie et un moyen de s’amuser. En principe, il
n’aimait pas que ce type de poèmes soit à côté des textes traitant des
thèmes sociopolitiques sérieux.(9)
Ces deux éditions
contiennent des poèmes signés et reconnus par le poète lui-même. Mais
Bahar, durant sa vie active, écrivait pour un grand nombre de
journaux et de revues, parfois sous anonymat ou sous un nom d’emprunt,
et ceci soit par prudence, soit par goût. Dix mille Beyt (distiques),
selon Heshmat-e Moayyed, parmi les poèmes de Bahar ne sont pas
publiés.(10)
A part ces
éditions du recueil que nous venons de décrire, il existe d’autres
éditions regroupés autour des thèmes particuliers , tels le choix des
meilleurs poèmes; tous les poèmes d’éloge à Ferdowsi ou la description
de la nature chez Bahar.
1
–« Ferdowsi-name ». Dans cette édition, qui fut publiée en souvenir de
80ème anniversaire de la naissance de Bahar, Mohammad Golbon a réuni
tous les articles et les poèmes composés par Bahar au sujet de Ferdowsi.
Markaze nashr-e Sepehr 1345sh/1966.
2
–« Bargozide-ye qassayed-e Bahar», (Les meilleurs qasidehs de
Bahar) 1348sh/1969 . Edition ketabha-ye jibi.
3 –« Naqme-ye kelk-e Bahar»,
(la mélodie de la plume
de Bahar), choix des poèmes
édités par Mohammad-e Rafat. Entesharate Elmi, Téhéran.
1365sh/1986.
4 –« Bargozide va sharh-e
Bahar» (Les meilleurs poèmes de Bahar avec les explications
concernants), édité par Hojjat olah Assile Téhéran, Farzan, 1374sh.
L’édition de
Tchehrzade BAHAR
En 1380 Tchehrzade, la fille cadette du
poète, a entrepris une nouvelle édition du recueille de poèmes de
Bahar. Cette nouvelle édition fut publiée à Téhéran par la maison
d’édition Tus avec les caractéristiques suivantes :
1-
les poèmes qui
étaient supprimés dans les deux éditions précédentes sont intégrés dans
ce recueille.
2-
Dans cette
nouvelle édition, on y trouve des poèmes inédits qui sont retrouvés
parmi les manuscrits du poète et les documents divers de la famille.
Ainsi le nombre total des qassideh s’élève à 371, les masnavies à 204,
les qazals à 102, les qateh à 137 et les motayebats à 46. Grace aux
efforts de Monsieur Yahya Moasser, le mari de Tchehrzad, trois nouvelle
tasnifs ( chansons), sont ajoutées à celles que l’on connaissait
auparavant.
3-
Pour faciliter la
recherche, le nouveau recueille, bénéficie d’un index des noms propres
et des lieux.
Les oeuvres en prose
:
Pour faciliter la
recherche bibliographique, nous avons classé les proses de Bahar en 4
catégories:
A- La question de poésie
B- La prose, la langue et la grammaire persanes
C- Histoire de la pensée, de l’art, de la religion et les problèmes
sociopolitiques
D- Les romans, les épisodiques et les pièces de théâtre.
A- les recherches sur la question de poésie , les
poètes persans et leurs œuvres:
La
question de poésie, sa genèse, ses origines, son évolution et son
avenir sont les thèmes aux quels Bahar à consacré plusieurs
articles. Il a également ouvert les débats et la polémique en invitant
les jeunes poètes à réfléchir sur la question de poésie nouvelle et
les valeurs de la poésie classique. Une partie de ses réflexions et de
ses recherches sont parues dans les revues et les journaux de l’époque.
1 –« sher-e
khub ». ( La bonne poésie ). article, Daneshkade, ler période, no 6, p
283-290 et no 7, p 349- 356. Aban 1297sh/1918 .
2 –« Alfaz va maani-ye sher-e qadim va sher-e jadid», Les vocabulaires
et les thèmes de la poésie ancienne et de la poésie nouvelle) . Article
, Daneshkade, Ier période, no 10 p 511-514, Esfand 1297sh/1918.
3 –« Ashar-e mansur » ( Les poèmes proses). article, Nowbahar, 5éme
période no 4 , p 49- 50, 24 Mehr 1301sh/1922.
4 –«sher, sanat»(La poésie,un artisanat). article, Nowbahar no 5,
1301sh/1922, p 77-78 .
5 –« sher»(La poésie). article, Tufan, no 1, 24 Bahman 1306.
6 –« sher va shaeri».(La poésie et le métier du poète ). Article ,
Tufan-e haftegi, no 8, 28 Farvardin 1307sh/1928.
7 –« Fahlaviyat». (Vers en dialecte régional). Une introduction que
Bahar a écrit pour précéder «Taraneha-ye melli» (Les chansons en en
dialecte régional, réunies et édité par Kuhi-ye Kermani en
1310sh/1931, Téhéran.
8 –« Bazgasht-e adabi». (renaissance littéraire). article, Armqan, 13ème
année , p 441-449 et 519-526, 720-748, et 14ème année, p 57- 61, l’année
1311-1312sh/1932-1933.
9 –« sher be sabk-e khorasani dar hend». ( La poésie, style khorasani,
aux Indes). Article, Mehr, 2/3, p 298-299 1313sh/1934 .
10 –« Sabk-e sher-e Farsi». (Style de la poésie persane ) . article en
deux parties : «Sabk-e sher-e qabl az eslam»( Style de la poésie avant
l’Islam) et «Sabk- sher-e farsi baad az eslam» (Style de la poésie
persane après l’Islam) Mehr Ô 4/ 11, p 189- 196, 1316sh/1937.
11 –« sher dar Iran». ( La poésie en Iran ). Mehr, 4/ p 1189-1196. 5 / 1
p 33-39. no, 2 p112- 120. no 4, p 323. no 5, p 422-427, no 7, p 662-668;
no 8, p 741-748 , no 9 p 827- 843 , no 11 p 1069-1076
.1316-1317sh/1937-1938.
Cet
article est divisé en 5 parties:
I- «sher dar Iran-e pish az eslam». La poésie dans l’Iran avant l’Islam
:
-« sherha-ye davazdah hejai-ye Mani»(les poèmes doudésyllabiques de
Mani
-« Katibe-ye Haji-abad»( Epigraphe de Hajiabad)
- « Yategar-e Zariran»( Souvenir de Zariran).
- « Derakht-e atsurik» (L’arbre asurik).
- « ame-ye shah-Bahram». (poème de shah Bahram).
-« Sorud-e Karkuï» . ( Le chant de Karkuï).
- « sher-e Bahram-e Gour»(Le poème de Bahram-e Gur)
II- Sher-e hejaï bad az eslam.» La poésie syllabique après l’Islam). Cet
article contient 8 parties
« Sher-e Keykhosrow». (poème de Keyxosrow) Cehrazad.
« Sher-e Ardeshir-e papakan».(Le poème d’ardeshir-e papakan.
« shérha-ye dah heja-ye kordi>>.(Les poèmes dix syllabiques kurdes.
Sher-e Yazid ebn-e Mofraq». ( Le poème de Yazid ebn-e Mofraq).
« Sher-e
mardom-e khorasan dar hajv-e Asad ebn-e Abdollah» (La satire du
peuple de khorasan pour Assad ebn-e Abdollah.
« Sher-e Taher
zol yamineyn».(Le poème de Taher zol yamineyn.Sher-e
Abol Yanqabi abbas ebn-e Tarkhan.
Le poème de Abol
Yanqabi Abbas ebn-e Tarkhan.
III-
Ashar-e Tabari va Fahlaviat-e basd az Eslam que be Tarz qadim
gofte shode ast».(
Les poèmes de
Tabari et les poèmes en langue Pehlevi après l’Islam) :
-« Madh-e
Sam-e Nariman va koshtan-e ejdeha >> Eloge pour Sam-e Nariman et
la destruction du dragon.
-« Sher-e Ali-Firuz »(
Le poème d’Ali-Firuz) Mast-e mard , Divar de (L’homme ivre)).
« Sher-e
Tabari » (Le poème de Tabari)
IV- « Sher-e heja dar khorasan” La poésie
syllabique au khorassan » (Sher-e Abutaher-e khorasani(Le
poème de Abutaher-e khorassani).
V- « Tasnif va masal va ashar-e Dehqani»
Les chansons, les maximes et les poèmes des
paysans :
-« Harrare-ye
Ahmad-e Atash»
. La
chanson d’Ahmad-e Atash
« Tasnif-e
Nasrow jan».
La chanson
de Nassrow jan. -« Taraneha-ye haft
ya hasht hejai». Les chansons
sept et huit syllabiques.
-« Masalha va
afsaneha-ye hasht-heja » (Les maximes et les fables 8 syllabiques).
-« Qazalha-ye hasht hejai »
les qazals à 8 syllabes.
(Sher-e hasht-heja-ye
arab».(Les poèmes arabes à 8 syllabe.
12- « Fahlaviat
ya taraneha-ye melli ». ( Les poèmes en dialecte régional)
Une introduction à « Haftad tarane-ye melli » réunis et édités
par Kuhi Kermani , Téhéran 1317sh/1938
13- « Sher-e
Farsi». (La poésie persane).
Payam-e now.
2/5p 1-13. Farvardin 1325sh/1946.
Les poètes persans, leur vie et leurs oeuvres:
14
–«
Saadi kist ?» ( Qui est - ce Saadi ?). Nowbahar,
6/83 Dey
1296sh/1917. B.A.F / 1/p 143-159 .
15
–« khosravani »
( khosravani le poète de 5ème siecle ) .
Nowbahar-e haftegi , no 5, p
721, tban 1301sh/1922 .B.A.F/1/ p 160 .
16 -« Marg-e
Eshqi », (La mort d’Eshqi, la vie, le style et la mort d’Eshqi,un
poète contemporain de Bahar), Qanun no 61,15 Tir 1303sh/1924
.
17
–«
Sadr al-Din Rabi »
.( un poète de 5-6ème siècle ) Armaqan, 6 /1, p 26-40 . (1304sh/1925) .
B.AF/1/p 161- 170
18 -« khaqani »
khaqani le poète du 6ème siècle ) Tufan , no 18 , 19 Tir
1307sh/1928 . B.AF/,1/ p 170-175.
19 –« Amir
al-Din Massoud-e Nakhjavani»(un poète du 6ème
siècle). Armaqan, 11/1, p 12-14. 1309sh/1930.B.A.F/1/p 175-
177 .
20 –« shahab-e
Tarshizi »(Les valeurs de la poésie de shahab-e Tarshizi ). Armaqan,
11/ 1 p 36-46. No 2, p 119-126.
no 3, p 185- 191. 1311sh/1932. B.A.F/ 1/ 177-202
.
21 – « Agahi-ye
ma az Maktabi » (Notre connaissance de Maktabi » le poète de
8-9ème1siècle.) Introduction de Bahar au « Kalamat-e qarra de
Maktabi” édité par Kouhikermani.
Téhéran
Entesharat-e Nassim-e saba, 1313sh/1934. B.A.F, /1/, p 202-205.
22
–«
Fath-Ali khan-saba »
(un poète de 13ème siècle) Introduction à «Golshan-e saba»
réuni par Kouhi Kermani Entesharat-e Nasim-e
saba. Téhéran , 1313sh/1934. B.A.F, 1/
p 206-209.
23
–«
Lamiye Fah-Ali khan saba » qasideh rimée de lettre L de Fath-Ali
khan saba Armaqan , 11/ 9 p 655-659,
1301sh/1922 . B.AF 1/p 251-252.
24 –« shahriar»(le
poète du 20ème siècle ). Introduction au recueil de shahriar. Téhéran
khayyam , 1314sh/1935. B.A.F, 1/ p 208- 209.
25
–«
Parvin Etesami » Introduction au recueil de poèmes de Parvin
Etesami, Téhéran, 1323sh/1944. B.A.F.1/ p 210-216.
26 –« shams
al-Din Ahmad ebn-e Manutchehr-e shast kalle» (Un poète du 6ème
siècle), Mehr , 6 / 5 , p347- 353, (1317sh/1938)
. B.A.F ,1/p 216-220 .
27
–«
shaer-e gavsavar»
( Une qassideh d’Amid -e Deilami le poète du 5-6ème siècle ).
Daneshkade , no, 11-12 , p 602
-606 , Ordibehesht
1297sh/1918 . Bahar va adabe farsi (B.A.F) 1/ , p 235- 238
.
28
–«
Nuniye Rudaki » ( la qassideh de Rudaki rimée en lettre N).
Armaqan, 6 / 3et 4, p 181-188(1303-1304sh/1924-
1925) B.A.F;
1/ p 238-242.
29 –«
Morsale-ye Ebn-e Yamin » (Les erreurs de Bertles dans la
correction d’une lettre d’Ebn-e Yamin).Ayande, 2 /
5et 6 p 420- 422 . Mordad 1306sh/1927.
B.A.F, 1/ p 242 /245.
30
–«
Sowgand dar adabyyat-e farsi ». ( Serment dans la littérature
persane Mehr , 7 /4, p 209- 212 . (1313sh/1934)
. B.A.F . 1/ p 267- 271 .
31 – «
qassideh-ye Labibi » (Une qassideh de Labibi le poète du
5-6ème.siècle ). Ayande , 3 / 3 , p
151- 157 (1321sh/1942) .
B.A.F 1/ p 271-
278
.
32 – « Sher
ha-ye dakhil dar divan-e Hafez». ( les poèmes introduits
dans le recueil des poèmes de Hafez ) . Ayande, 3/10, p 522-525
(1323sh/1944) . B.A.F,1/ p 287-
290.
33-«Ferdowsi-name»
, Mohammad-e Golbon , Téhéran , Markaz Nashr-e Sepehr , 1345sh/1966,qui
contient les articles suivants :
–« Qabr-e
Ferdowsi ». ( Le tombeau du Ferdowsi ) . Nowbahar-e haftegi,
Téhéran , khordad 1306sh/1927 .
–«
Falsafe-ye Ferdowsi » La philosophie de Ferdowsi .
«Ferdowsi-nameh» , Téhéran , Markaz-z nashr-e Sepehr
1345sh/1966, p 145-158.
–« Sherha-ye
dakhil va tashifat dar shah-name » ( Les poèmes introduits et le
problème de l’altération dans shah-name). «Ferdowsi-name», p 159-169
.
–«
sharh-e ahval-e Ferdowsi az rou-ye shah-name » (La biographie
de Ferdowsi selon shah-nameh). «Ferdowsi-Nameh» .p 21- 80.
–« khat va
zaban-e Pahlavi dar asr-e Ferdowsi»
(L’écriture et la langue pehlevi à l’époque de Ferdowsi ).
«Ferdowsi- name», p 96- 136
.
–«
Ferdowsi bozorgtarin shaer-e Iran ast » (Ferdowsi est le plus
grand poète d’Iran). «Ferdowsi-nameh», p 89-96
.
34 –« Name-ye
oshshaq» ( Mélodie des amoureux). introduction au «Divan-e ashar-e
aqa Mehdi-ye Elahi Qomsheï» ( recueil de poèmes de aqa Mehdi-ye
Elahi-ye Qomsheï, concernant sa vie, ses œuvres et son style de poésie.
Elmi, Téhéran, (1320sh/1941.
35
–« Eqbal-e Lahuri» ( Un poète
du dialecte hindo de la fin de 19ème et qui compose en persan , ses
idées et son impact) .Téhéran Jahan-e now , 5 /4, p 89- 90 , (Tir
1329sh/1950 )
.
36 –« Resale-ye
hadaeq al-haqaeq » une étude sur un texte rhétorique écrit par
sharaf ebn-e Mohammad al-Rami . Téhéran , Arman ,1 / 2 p44-50( Dey
1309sh/1930) . B.A.F. 1/ p 291-294 .
37 –« Tarikh-e
tatavvor-e sher-e farsi » ( l’histoire de l’évolution de la poésie
persane ), édité par Binesh. Taqi, Mashhad 1334sh/1955 et Bakhtiari ,
Téhéran 1342sh/1963 .
B- La prose, la langue et la grammaire persanes:
1
–«
Nassr-e farsi».
(la prose persane): les raisons sociopolitiquehistoriques pour
lesquelles la prose persane n’est pas aussi évoluée que la poésie.
Téhéran , Tufan, no 7( 21 Farvardin 1307sh/1928) . B.AF, p 245-250.
2
–«
Tarjome-ye tarikh-e Tabari».
( La traduction de Tarikh-e Tabari » .La présentation des valeurs
littéraires du texte
;les diverses copies ; et comparaison entre style du
Tabari et Beihaqi. Téhéran , Name-ye tamaddon, 1 /5, 6, 7. (Tir
et Mordad 1310sh/1931)
3
–«
Tarikh-e Sistan »
( Histoire du Sistan ) . Introduction au Tarikh-e Sistan , Les auteurs
du Tarikh-e Sistan; ses valeurs
et ses caractéristiques littéraires ; les parties
en persan et en arabe. Téhéran , (khordad 1314sh/1935 ). B.A.F 1/p
311-340.
4-
« Introduction à «Mejma al-Tavarikh va al-Qesas »
Informations concernant morphologie et syntaxe, conjuguaison
déclinaison de ce texte dont l’auteur n’est pas connu. Texte corrigé par
Malek al-shoara Bahar , Téhéran , Kalale-ye khavar, (Mordad
1317sh/1938) . B.A.F, 1/ p 342-372 .
5
–« Introduction
à «Montakhab-javame al-hekayat va lavamea al-Ravayat» du
Mohammad-e Aowfi, un
auteur du 6-7 ème siècle . texte établi et
corrigé par Bahar, en 1319sh/1940. publié à Téhéran en 1324sh/1945 par
le Ministère de la culture . B.AF. 1/ p 371-375.
6 -«Tarjoman
al-Balaqa» . (Les valeurs et les caracteres techniques de Tarjoman
al-Balaqa de Mohammad ebn-e al-Omar-e Raduyani, texte
corrigé par Ahmad-e
Atash , Istanbul 1949 ) , Téhéran , Yaqma , 2 / 7 , 1328sh/1949, p 294-
300 , no 8, p 453-359 , no 9, p 401-404
.
7
–« Tarjoman
al-Balaqa bara-ey etela-e aqa-ye Ahmad-e atash».
Notes et
critiques à propos de l’édition d’Ahmad-e Atash.( publié à Istanbul,
1949 ). Téhéran ,Danesh , 1/ 12 (Esfand 1328sh/1949
, p 598-603 et 2/ 2 (Mehr 1329sh/1950) p 120-121
8
–« Sabk
shenasi » L’histoire évolutive de la prose persane avant et après
l’Islam jusqu’ à nos jours . 3 vols.,Téhéran ,
1331sh/1952, 2ème édition Amir
Kabir, 1337sh/1958.
9
–«
Rishe-ye zaban-e farsi »
( L’origine de la langue persane) Daneshkade, no 11-12, p 588-593 .
(1298sh/1919) . B.A.F. 1/p 232-234 .
10
–«
Tatavvorat-e zaban-e farsi dar zemn-e 29 qarn» (les
transformations que la langue persane a connues durant 29 siècles).
Bakhtar ,Ispahan , 2 / 4-5, p 246- 249(1313sh/1934).
B.A.F 2/ p 243-250.
11
–«
Dastur-e zaban»( La grammaire de la langue persane et la
nécessité de réformes ). Mehr 7ème année no 3, p
141-145 (1318sh/1939). B.A.F. 2/p
258-261.
12
–«
Talim-e zaban-e farsi va ketabha ke lazem darim»,
(L’enseignement de la langue persane et les livres dont on a
besoin). Talim va tarbiyat , 8/ 3
et 4 p 1-8 (shahrivar 1317sh/1938) .B.A.F, vol 2, p 407.
13
–«
Taqyir-e Khat-e farsi»
(Changement de l’écriture persane) écrite en prison du Nazmiyeh en
1312sh/1933 et publié dans Negin , 3ème année (1347sh/1968) no 36, p
11 . B.A.F. 2/ p 242-3
14
–« Adabiyat-e
Iran »
( la littérature persane, Son origine, son ancienneté ses tendances
principales etc .) . Téhéran, Nowbahar , 33/ 34, et 35 ,36,37, 38, 40
. (shahrivar 1322sh/1943 ) . B.A.F. 2 / p 278-287
.
15 –« Tarikh-e
adabiyat-e Iran ». ( L’histoire de la littérature persane ; une
histoire qui n’est pas encore écrite. Critique et analyse autour des
travaux d’Edward Brown et Shebli Nemani) Téhéran, Mehr , 5 / 8 p 868
(Dey 1316sh/1937). B.A.F. 2/p 240-242
.
16
–« Nakhostin
congre-ye adabi-ye Iran » ( Le premier congrès littéraire de l’Iran,
ce que nous attendons de la littérature dans l’avenir ) , dans «Nakhostin
congre-ye nevisandegan-e Iran» Téhéran, Edare-ye Entesharat-e vezarat-e
farhang-e Iran ,1326sh/1947. p 5-9 et 301- 302. B.A.F 2/p
379-384 .
17
–«
Mabhas-e loqavi »
( Discours relatif au lexique , évolution de la signification des mots
et la règle de distinction). Téhéran, Arman , no, 8, 9, 10, p 249-257.
(1310sh/1931) . B.A.F. 2/ p 1197-202
.
18
–«
Gerdavardan-e loqat-e farsi »
( La nécessité de réunir les mots avant qu’ils ne se transforment ou
perdent leur sens ). Talim va
tarbiyat, 8 / 5et 6 (1317-1318sh/1938-1939)
p 9-12 B.A.F.2/, p 413-424 .
19
–«
Namha-ye padeshahan-e Iran » ( L’origine des noms des rois qui
sont arabisés et transformés en comparaison entre divers textes ).
Mehr , 1ère année (Tir , 1312) , p, 118-121, 225-
227 , 2ème année ( Tir 1313sh/1934 ), p211-220.
B.A.F. 2/ p212 .
20
–« Tahqiq
dar loqat-e pad va pad » ( une recherche sur les termes pad va
pad), Mehr, 3ème année no 6, p 549 (1314sh
/1935) B.A.F. 2/ p 250-252 .
21 - « Dal va
zal «(les lettres D et z) , Arman 1 / 2 p51, 61 no
3, p 86- 97 (1319sh/1940)
.
22 –« Loqat-e
barsari » (le mot «barsari»), Armaqan 12/ 11 p
787-791(1310sh/1931) B.A.F , 2/ , p
202-205.
21 –« chonanke
va chenanke”. Nowbahar-e yomi-ye, no 43, Mehr 1322sh/1943.
22
–« Bar
lah va bar alayhe»
Danesh , 1 / 5 p 246- 250 (1328sh/1949).
B.A.F. 2/, p 262-268
.
24 -«
Bakhtar be mani-ye shomal ast»(«Bakhtar» veut dire nord) .Ispahan,
Bakhtar 1/2, p 67- 74 . B.A.F. 2/ p 205-211
.
25- « Abakhtar »La
signification du mot abakhtar). Ispahan , Baxtar,
1 /6 , p 361- 362 (Ordibehesht
1313sh/1934 ) . B.AF. 2/ p211-212 .
26
–« Ilam
va ilam » (les critiques concernant le choix de nom d’ilam pour
Poshtkuh , établies par Bahar au cours de la séance de soutenance de
thèse de Mohammad-e Mokri ) .Yaqma 3 / 2 p 88-90 (1329sh/1950) .
B.A.F. 2/p 268-371
27
–« Enteqadat
dar atraf-e maram-e ma»
(critique autour de notre doctrine littéraire ). Téhéran, Daneshkade, no
3 (1297sh/1918) p 15-124
.
28
–« Tasir-e
mohit dar adabiat» ( L’impact de l’environnement
sur la littérature )
Daneshkade , no 4 , (1297sh/1918)
p171-178 et no 5 p 227 235
.
29- « Dastur-e
adabi» ( Prescription littéraire ), Téhéran ,
Daneshkade 1297sh/1918, p
456-458
C-Histoire de la pensée, de l’art, de la religion
et les problèmes sociopolitiques
Bahar
s’intéressait à l’histoire de l’Iran sous tous ses aspects. Les articles
qu’il a écrits à ce sujet sont donc très variés. On y trouve des
éléments sociopolitiques, l’histoire de l’art et la culture, mais
aussi la religion .
1
–« Tahzibe
va naqqashi dar Iran » ( L’histoire de l’art de
la dorure et la peinture en Iran
) L’origine et l’évolution de cet
art avant et après l’Islam . L’influence de l’art européen
sur la peinture
persane. Tufan, no 9- 14, Ordibehesht à khordad-e 1307sh/1928. B.A.F, p
6-32 .
2- « Elm dar
ahd-e Moqol» ( La science au temps
des Mongols), Le rôle des ministres iraniens dans l’évolution de
la science. Les primes de khaje
Rashid al-Din Fazlollah pour
les savants iraniens. Ispahan Bakhtar,1/3 p 119-125 Bahman
1312sh/1933. B.A.F,p 32-38.
3
–« Zendegani-ye
Mani » (La vie de Mani ) Une étude comparée sur les différentes
versions existant sur la vie, les idées et les œuvres de Mani .
Daneshkade-ye Maqul va manqul. Farvardin 1315sh/1936 p 33-82
.
4 –« Durnama-ye
tasavvof dar Iran» (L’histoire du mysticisme en Iran), Payam-e now,
2 / 2 p 35-54 (1322sh/1943)
5 –« Seyyed
jamal al-din Assadabadi» (Une enquête à propos de l’origine et de la
nationalité, et les luttes socio.politiques de Assadabadi ), Ayande, no
7, Farvardin 1324sh/1945, p 381,384 . B.A.F,
321
6
–« Tanha
asar az Iran-e qadim ya nowruz»( Nowruz une tradition qui reste
de l’Iran ancien ) Nowbahar no 27, BAF , p 337-342
.
7
–« Baziha-ye
irani», les jeux iraniens ), Téhéran, Talim va tarbiat, 4 / 11 , p
641 - 647 . no 12 p 711-718 (1313sh/1934).
8- «
Musiqi-ye iranï » ( La musique persane ) . L’origine de la musique
persane», si lahn-e Barbad»( trente tonalités de Barbad). Dar rah-ef
honar 1 /6 ( 1334sh/1955 )p 6, B.A.F, p 285-287
.
9
–« shaubi-ye»
Histoire du mouvement shaubi-ye , la résistance iranienne devant la
domination arabe, son impact sur la politique des dynasties dominantes.
Tufan-e haftegi, no 5 , 25
Ispahan 1306sh/1927, p1-2 .B.A.F, p 2-6
.
10- « Tarix-e
mokhtasar-e ahzab-e siasi va Enqeraz-e Qajariye»
L’histoire abrégée des partis politiques et la destitution de la
dynastie Qajar. Les mémoires personnelles de Bahar sur les événements
sociopolitiques et plus particulièrement la formation des partis
politiques de 1906 à 1924). En deux volumes (Ière édition , Téhéran
1323 sh /1944 , 1337sh/1958,2ème édition, Téhéran , 1363sh/1984
).
D- Les Romans, Episodiques et les Pièces de théatre
1- « Tchahar
dokhtar » (quatre filles ) ; Petit épisode , dialogue entre quatre
fleurs métamorphosées en quatre personnages. Daneshkade, 1/ 1
Ordibehesht 1297sh/1918, p 45- 48. B.A.F, p 273-275
.
2- « Qalb-e
shaer » ( le coeur du poète). Article autobiographique de Bahar .
Nowbahar , 13ème année du numéro 7 à 11 aban et azar 1301sh/1922 . B.A.F,
p 277-292
3- « Tut
va bid » (le mûrier et le saule) le dialogue entre deux arbres
symboles d’utilité et d’inutilité. Daneshkade,
1 Mehr 1297sh/1918 , p 269-272 .
B.A.F, p 275-277.
4- « Tarbiyat-e
na ahl » (L’éducation d’un indocile (dégénéré) Une pièce de théâtre
. Nashriye-ye Farhang-e khorasan , 2/5 , (1316sh/1937) p 38-39, No 6, p
9-2 .
5
–« Neyrang-e
siah ba kanizan-e sefied». (L’intrigue noire avec les esclaves
blanches). Roman, Ruzname-ye Iran, 3/ 101 1298sh/1919.
A toutes ces
œuvres que nous venons de mentionner, il faut ajouter des centaines
d’articles que Bahar avait écrit, en rapport avec les événements du jour
et qui sont publiés dans les journaux de l’époque . Ses articles, qui
ont des aspects événementiels, n’ont pas encore été réunis et édités
dans un même volume. Il faudra pour cela une étude documentaire
approfondie qui permettra de préparer avant tout un inventaire des noms
de tous les journaux avec lesquels il collaborait. Ensuite, il s’agit
de trouver leurs archives, s’il en existe encore aujourd’hui, pour
former une liste de ses écrits. A cela il faudra ajouter les articles
publiés sous un nom d’emprunt. En effet, étant donné la censure et le
contrôle sévère de la presse, Bahar publiait ses articles sans indiquer
son nom, ce qui ne facilite pas la tache des chercheurs. Mais il faut se
dire que la présence active de Bahar dans la vie sociopolitique du
pays à cette époque peut donner une importance particulière à ce qu’il
nous a laissé à travers ses écrits. Ces témoignages peuvent servir à
tous les chercheurs dans les domaines sociopolitiques et littéraires et
ceci mérite une étude documentaire approfondie, malgré tous les
problèmes dont nous parlions auparavant. Pour l’instant, nous nous
contentons de ce que Bahar nous a laissé et de ses poèmes en
particulier qui sont le miroir le plus fidèle de ses sentiments et de
ses convictions.
Notes:
1-Montakhabat-e
ashar-e shoara va nevisandegan-e moaser, Brukhim,1302sh/1923, p 326-329
2- Sokhanvaran-e
nami-ye moaser», Delhi, 1351 h.q/ 1932 , p 358- 400.
3-Ganj-e sokhan
, Téhéran , 1351sh, vol 3, p 32
4-MALEKZADE,
Mohammad, « sharh-e ahvale Bahar « , Divan, éd 1335sh, Téhéran Amir
kabir, p 1. -MATINI . Jalal, adomin sal-e veladat-e Bahar «Iran-name,
5/4, 1366/ 1987, p561.
5- MALEKZADE .
Mohammad, sharh-e hal-e Bahar, Divan , éd 1335sh, p - BAHtR .Meherdad,
«Bahar az kudaki ta payan-e omr», Divan, édition 1368sh, p 18-19.
6-BAHAR. Mehrdad,
Notes à propos des satires de Bahar, Divan,édition 1368, vol II, page
1306).
7- Moayyed.Heshmat, Tanz va hazl dar sher-e Bahar»,Iran-name 5/4 1978
page 611.

______________
1) -Bahar, Qalbe shaer, Bahar va adabe farsi, vol,2 p280
2) Bahar, « Sharhe ahval-e bahar be qalame khode ou » (la description de
la vie de Bahar de sa propre plume), Téhéran,nashriyeh daneshgah,
1330/1950
3) -Ibid, p, 16-17
4) -ibid,p17
5) -ibid,p20
6) -Dariqe man, (mon regret), qasideh, 1282, voir divan, p 5
7) -Bahar , sabkshenasi, vol,1
8) -Erfani ; Sharhe avaval va assare Bahar, Teheran, Ebne Sina ; 1335,p3
9) - voir, Bahar,Tarikhe ahzab siasi, L’histoire abrégée des partis
politiques,Teheran, 1323/1944 ,introduction,
10) -Bahar sharhe ahvale p22
11) - Bahar tarikhe ahzab, vol 1 p, 8-10
12) -le sanctuaire de l’Imam Reza a été bombardé par les russes le 29
mai 1912
13) .- voir tarikhe ahzab, introduction-
14) -Golbon, tarikhtche Nowbahar, p30
15) -ETEHADIYE,Mansureh,Ahzabe siyassi dar majlese sevom ; Teheran,
nashre tarikhe Iran ; 1371 ;p104
16) -Bahar , Sharhe ahvale be qalame- khode ou ; p 24
17) - Nikuhemmat, A, » Bahar va Adib al mamaleke Farahahni » dans
zendegani va asare Bahar, Kerman, 1334,pp72-73
18) - « Marame ma » voir Daneshkadeh 1/1,1297/1918,p1
19) -Daneshkadeh, numéro11-12,ordibeheste 1298/20avril 1919,p563-570
20) -Tarikhe ahzab ; p27
21) -ZAKER HOSSEIN ; Abd al –Rahim, « Matbuate siassi iran dar assre
mashrutiyyar » , Teheran Daneshgah, 1368, p79
22) - tarikhe ahzab , dibache
23) - ibid p54
24) - ibid,p65-64
25) - Touluie, Mahmud, « Pedar va pessar », Teheran Nashre elmi, 1372 ;
p64
26) - Tarokhe ahzab ; p94-95
27) -Bahar ; Mehrdad Kkhane va khanevadeh , Ayandeh, 10/2 ;3
1363,p95-100
28) - Majlesse et vazire jang,voir tarikhe ahzab, vol 2 p228
29) -ibid, p 68
30) -Rezâ shâhe Pahalavi, » Safarnâmey khuzestân », Teheran, Markaze
pajuhes va nashre farhangue siassi dowrane pahlavi, 1353, p 128- 129
31) -Bahar, Enqeraze qajariyyeh, p293-299
32) -ibid, p313
33) -Bahar , Sharhe ahval be qalame khode ou, dans l’introduction de
Tarikhe tatavore sh’ere farsi, Mash had, 1334, p 9
34) - Bahar, Enqeraze qajariyyeh, p212
35) -Bahar, qezavathaye tarikhi ; cité par Makki , Hosein ; Tehran, vol
2, Tarjomeh va nashre ketab, p 775-781
36) -bakhshi a zendeguani bahar be qalame khode ou, Yaqma, 14/9, Azar
1340 no 161, p 380
37) -Mohite Tabtabai, Mohammadn khaterati chand az Malek al shoaran
Ayandeh, 10/2-3, 1363, p 101-106
38) -Qazi Nematollah, « Elale-e soqute Reza Shah” Teheran, Nashre Assar,
1372, p73-143
39) -« Bakhshi az zendegui siasi va faliyyathaye BAHAR be qalame ou »,
Yaqma 1340, no 9, p 387
40) - Nameh hay Bahar ; be koousheshe Ali miranssari, Teheran ; sazemane
asnad, 1379, p 105
41) -« asnade dorane pahlavi », publié dans Keyhane landane, Avril ,
1374 ;/1996 ;p11
42) -Ttarikhe ahzab , dibache
43) -Mohammade Golbon, « tarikhcheye Nowbahar »n p33
44) - voir , Bahar va adabe farsi, vol 2 p 379- 385
45) - Parvaneh Bahar , « Bahar va qavam al saltaneh », Iran- nameh,
1366/1987, p 642
46) -Bahar, -« Bakhshi az zendegui siasi va faliyyathaye BAHAR be qalame
ou », Yaqma 1340, no 9,p389
47) -Parvaneh Bahar ; « Safare pedaram be ouropa », Iran- nameh, vijehey
Bahar 1366/1987, p646
48) - ibid, p 646
49) - ibid, 647
50) - deux nameh az Bahar, voir , Iran- nameh, 1366/ 1987, p 711-713
51) - voir, « Majlesse yad boude dar daneshgah », dand, Nashriye
Daneshgah-e Teharn, tir 1330, p5
Aussi, Homai Jalal « Takmile sharhe hale Bahar », nashriyye daneshgahe
Teheran , tir 1330,
Bayanate raise daneshgah, dans nashriye daneshgahr Teheran ; tir 1330.
_______________________________________________________________________
LA NOTION DE
PATRIE "VATAN" A TRAVERS LA POESIE DE BAHAR
Introduction
Patrie vatan et patriotisme Vatanparasti, apparaissent comme les thèmes
les plus fréquents dans l’œuvre de Bahar. Selon les chercheurs qui ont
étudié les différents aspects de sa poésie, la présence de "vatan» est
fréquente et marque profondément son écriture. Les témoignages suivants,
nés des précédentes analyses de ces chercheurs, peuvent créer une base
de réflexion à ce sujet :
« La poésie de Bahar est l’apogée du patriotisme, et si on veut pêcher
deux gros poissons dans la rivière de sa poésie, l’un sera la patrie,
"vatan" et l’autre la liberté, «azadi» 1
« Depuis Ferdowsi, aucun de nos poètes n’avait dessiné le portrait de
l’Iran avec autant de finesse et de beauté. Il faut considérer Bahar
comme le panégyriste de la patrie, madihesara-ye vatan » 2
« On peut facilement constater, à travers sa poésie, l’amour qu’il
éprouve pour l’Iran et l’Iran ancien. C’est précisément cet amour qui a
orienté Bahar vers la poésie épique avec un ton patriotique conséquent.
Bahar n’est pas un poète de «qazal», poème d’amour... » 3 « Les poèmes
satiriques de Bahar expriment en réalité du mépris envers les ennemis de
sa patrie» 4
« Il est patriote même dans ses «qazal», poèmes d’amours. Il remplace
l’idole traditionnelle par la patrie» 5
« Le premier motif ardent qui l’a poussé vers la création était "vatan"
et c’est toujours "vatan" qui a allumé le dernier feu dans son esprit» 6
« On peut sentir l’enthousiasme et l’amour de Bahar pour son pays,
lorsqu’il en décrit la beauté naturelle. Il est le plus virtuose des
peintres des paysages naturelles de sa patrie » 7
« Bahar était avant tout un poète et sa source d’inspiration était la
patrie» 8
« Toute sa vie, il brûla d’amour pour sa patrie et n’eut d’autre
souffrance que cet amour» 9
Bahar et la patrie, une relation affective, riche et pathétique :
A tous ces témoignages, il faudrait ajouter l’idée que Bahar se fait de
cette constance. Il se qualifie, à plusieurs reprises, et à travers ses
«Fakhri-ye», (poèmes d’éloge à soi-même), comme un «shaer-e vatani»
(poète qui compose pour la patrie) :
وطنیاتی با دیده ی تر می گویم
باوجودی که درآن نیست اثر می گویم
تا رسد عمر گرانمایه به سر می گویم
بارها گفته ام و بار دگر می گویم
«Les larmes aux yeux, je compose mes «vatani-ye» (poèmes patriotiques).
En dépit du fait qu’ils n’impressionnent personne, Je continuerai de
composer jusqu’à la fin de ma très chère vie. 10
من که دیرینه خادم وطنم
پادشاه ممالک سخنم
« Moi, je suis à la fois le serviteur de la patrie et le roi du royaume
de la poésie » 11
چون نگرم نیست گناهی مرا
غیر وطن دوستی و شاعری
«A la réflexion, je n’ai d’autres vices que celui d’être patriote et
poète » 12
Bahar est en effet persuadé qu’il existe un lien affectif entre sa
patrie et lui-même. C’est grâce à ce lien qu’il est capable d’entendre
la voix de sa patrie, de voir ses larmes et de ressentir ses émotions,
ses chagrins et ses joies, afin de les transmettre aux autres. "vatan",
muet, incapable de transmettre ses messages, emprunte la plume de Bahar
pour exprimer tout ce qu’il ressent. Bahar est alors un intermédiaire
entre sa patrie et le monde extérieur et il se considère comme «Zaban-e
vatan», (Le messager de la patrie)
من زبان وطن خویشم و دانم به یقین
با زبانست دل مردم ایران همسر
آنچه آرم به زبان رازدل ایرانست
بو که اندر دل یاران کند این راز اثر
«Moi Je suis le messager de ma patrie et je suis persuadé que mon
langage est celui du peuple de l’Iran. tout ce que j’exprime est le
mystère du cœur de l’Iran, espérons que ce mystère touche le cœur de mes
compagnons » 13
Bahar permet à ce "vatan", réincarné dans un vieux volcan-Damavand, et à
ce cœur, gonflé de peine, d’enlever le rude bâillon que le mauvais sort
a plaqué sur sa bouche:
...بر ژرف دهانت سخت بندی
بر بسته سپهر زال پرفند
من بند دهانت برگشایم
ور بگشایند بندم از بند
ازآتش دل برون فرستم
برقی که بسوزد آن دهان بند
آزاد شوی و بر خروشی ماننده ی دیو جسته از بند
Je veux l’arracher, libérer ta voix, dussé-je moi-même y laisser la vie,
De mon cœur ardent je ferai surgir un éclair vers toi pour le
foudroyer.. Et tu seras libre et tu rugiras comme un démon qui a brisé
ses chaînes.» 14 Tout au long de ses expériences poétiques, Bahar est
guidé par ce lien affectif et il est convaincu que tout ce qu’il compose
vient en quelque sorte des révélations de sa patrie. Ce n’est pas un
hasard s’il choisit des titres tels que «Payam-e Iran», (le message de
l’Iran) pour son poème. En effet, Bahar invite son interlocuteur à
écouter le message de l’Iran dont il est le porte-parole :
بهوش باش که ایران ترا پیام دهد
ترا پیام به صد عز و احترام دهد
پیام مام جگر خسته را زجان بشنو
که پند و موعظه ات با صد اهتمام دهد
دو چشم مام وطن زآفتاب و مه سوی ماست
وزین دو دیده به ما کسوت و طعام دهد
به ما خطاب کند با دو دیده ی خونبار
که کیست آن که به من خون خویش وام دهد؟
«Ecoute moi attentivement, car c’est l’Iran qui t’envoie ce message ;
elle t’envoie un message glorieux et respectueux. Ecoute donc avec ton
âme le message de cette mère au cœur affligé, elle prend soin de te
donner des conseils. Les yeux de la mère patrie nous surveillent au delà
du soleil et de la lune ils nous protègent, ils nous nourrissent, Avec
les yeux qui sanglotent, la mère patrie s’adresse à nous : «Y a t-il un
être dévoué au point de sacrifier sa vie pour la mienne ? » 15 Ce lien
étroit entre le poète et "Vatan», ce souci d’être perpétuellement le
messager de la patrie, le bouleversent très souvent et Bahar nous fait
part de cette passion ardente et douloureuse à travers sa poésie:
هرکو در اضطراب وطن نیست
آشفته و نژند چون من نیست
«Celui qui ne se soucie pas de sa patrie n’est aussi affligé, aussi
tourmenté que moi » 16
نه هرکه درد دیار و غم وطن دارد
به راستی خبر ازدرد و داغ من دارد
زروزگار خرابم کسی شود آگاه
که خار در جگر و قفل بر دهن دارد
« Quiconque souffre du mal du pays ne peut comprendre ma peine car s’est
seulement celui qui a l’épine enfoncée dans le cœur et le bâillon sur la
bouche, peut partager mon infortune. » 17
Tourmenté par cet amour fou, il lui arrive de souhaiter qu’un jour son
esprit en soit libéré, de ce chagrin qui l’a poussé vers un destin
tragique :
ای غصه ی زاد وبوم بیرون شو
بیرون شو و روز خرمی مشمر
« Oh ! Chagrin de ma terre natale quitte mon esprit, quitte moi et
n’espère jamais la prospérité pour ce royaume. » 18
La notion de patrie dans la poésie de Bahar, un domaine inexploré
Malgré l’influence et la présence très fréquentes du thème de "vatan»
celui-ci a rarement fait l’objet d’une étude et d’une analyse
approfondie. "vatan" (la patrie) et « azadi», (la liberté), ces gros
poissons, comme l’a mentionné Shafï Kadkani, qui nagent dans la vaste
rivière qu’est la poésie de Bahar, sont pris globalement en compte par
les critiques. Or, en évoquant la notion de patrie dans la poésie de
Bahar, beaucoup de questions nous viennent à l’esprit concernant son
identité conceptuelle et ses aspects poétiques. Par ses descriptions
imagées, Bahar nous fait pénétrer dans un univers de tableaux illustrant
le thème de «vatan», possédant des motifs et des couleurs différentes,
parfois opposés et confirmant ainsi la diversité de son modèle
d’origine. Les témoignages sur la pluralité de ce "vatan", sont
abondants. Prenons comme exemple certains des adjectifs qualificatifs,
parfois contradictoires et divergents, que le poète a choisis pour
décrire la patrie. Bahar remplace "vatan" par, «Baq-e shekofte» (le
jardin épanoui,Divan, p 655) ,» Baq-e rezvan» ( jardin de paradis, p 71)
« Bot-e delband» (Idole bien-aimée p 57), «cheshme-ye safi» (la source
de la pureté, p 810 ), «ganj-e shayegan» ( le trésor royal, p 57 ) «
Ganj-e Keykhosrow» ( le trésor de Chosroès , p 516) ,»Keshvar-e Dara»
(le pays de Darius, p 516), «Molk-e Kiumars» (le royaum de Kiamars p 35)
« molk-e homayun» ( le royaume auguste, p 71). Etc. Alors que l’on
trouve ailleurs, «Baq-e khxazan rasidé» ( le jardin dévasté par
l’automne, p 423), "barzan-e div-o dad» (le quartier des monstres et des
bêtes sauvages) , "deh-e viran" « ( le hameau ruiné, p 83 ) , «ja-ye
joqdan» , ( le nid des hiboux, p 28), « Jolangah-e biganegan» ( le lieu
de la parade des étrangers ,p 93), «Laleh-y zard-e daqdide» ( la tulipe
triste et fanée p 423, « Mam-e jegarkhaste» (la mère au cœur blessé p
597), «Mohit-e morde parvar» ( le pays qui chérit les êtres inanimés, p
376) , «Nakhjirgah-e jahl» (le pâturage de l’ignorance,p 358), «tire-
khakdan» ( la ruine obscure, p 423)….etc. A la divergence des images,
s’ajoute la diversité de la tonalité pouvant confirmer notre hypothèse
sur la pluralité de "vatan". Bahar s’adresse à sa patrie tantôt avec
fierté et enthousiasme, tantôt avec haine et colère, allant parfois
jusqu’au rejet :«tark-e molk-e ajam bayad kard», (Il faut quitter ce
pays des ignorants ).
Toutes ces ambiguïtés, qui sont le fruit de la richesse de sa poésie, ne
nous permettent pas a priori d’avoir une idée claire de la notion de
patrie chez Bahar. C’est seulement en analysant les divers aspects de sa
poésie, dont le file conducteur est précisément cette même notion, que
l’on peut découvrir ses horizons multiples. Ceci nous conduit alors à
développer notre problématique sur deux axes distincts : d’une part, les
aspects conceptuels de la notion de patrie et, d’autre part, sa
représentation poétique. Bien que liés, ces deux aspects doivent être
identifiés séparément, afin d’élargir notre champ de réflexion. I- Les
aspects conceptuels
En premier lieu, notre étude est orientée vers la connaissance
conceptuelle de cette notion qui est la base de l’inspiration de Bahar.
Les questions que nous nous posons sur l’identité conceptuelle de
"vatan", simple mais primordiale dans son genre, sont les suivantes: Que
signifie "vatan" pour Bahar? Selon lui "vatan» signifie t-il un endroit
où l’on est né, où l’on a grandi et auquel on est attaché ? Si tel est
le cas, en ce qui concerne Bahar, peut-on avoir une idée précise de la
situation et de l’étendue de cet endroit ? Bien évidemment, ces
questions soulèveront à leur tour les notions de frontière «marz» , et
de dépaysement «qorbat ». Comment, et par quels critères, définit-on les
limites territoriales de ce "vatan" : les conventions géopolitiques, les
frontières linguistiques et culturelles ou l’héritage historique ?
Au-delà de quel type de frontière Bahar n’est t-il plus sur son sol ?
N’est-il pas, parfois, un étranger dans sa propre patrie «qarib-e dar
vatan»?غریب وطن
Entre Khorassan et l’Iran
"vatan", en tant que lieu de naissance, peut-il avoir deux dimensions
différentes dans la pensée de Bahar? A savoir, «vatan» avec des
proportions limitées représentant ainsi sa région, sa ville, sa contrée
natale (shahr- diar) et "vatan" avec des proportions plus étendues, une
entité qui est constituée de plusieurs régions (keshvar). Par exemple,
entre Khorassan, qui est la région natale de Bahar, et l’Iran, qui
représente une entité dont Khorassan fait partie, laquelle est
considérée comme la patrie de Bahar ? Existe t-il une coexistence entre
ces deux dimensions de "vatan" ? Si tel est le cas, peut-on avoir, en
lisant Bahar, une idée de l’identité territoriale, sociopolitique et
culturelle de chacune des deux dimensions ? De quel Khorassan s’agit-il
dans la poésie de Bahar ? Le Khorassan de son époque à lui, avec toutes
les caractéristiques sociopolitiques du début du vingtième siècle ? Ou
plutôt ce grand Khorassan, aux frontières qui s’étendaient jusqu’au
Balkh, Herat, Samarkand et Boukhara? Cette terre de la poésie, la patrie
de Ferdowsi, de Rudaki, Farrokhi, et de beaucoup d’autres écrivains et
poètes ayant joué un rôle important dans la renaissance et la sauvegarde
de la langue persane face à la domination arabe et turque?
On peut aborder les mêmes interrogations à propos de l’idée de l’Iran.
Quel «Iran» peut mieux représenter la patrie de Bahar ? : L’Iran des
Kianides, avec ses frontières mythologiques, l’empire des Achéménides
avec ses splendeurs, ses diversités ethniques, l’Iran des Arsacides
libéré des mains des successeurs d’Alexandre, l’Iran-shahre des
Sassanides, ce carrefour de la civilisation ou l’Iran privé de la
royauté des Sassanides, divisée et déchirée, gouvernée par les dynasties
étrangères ? Où situe-t-il la structure moyenâgeuse de l’Iran des
Qâdjârs, en quête de modernité et de démocratie, occupée et exploitée
par les expansionnistes russes et anglais, avec tous ses contrastes ?
L’aspect utopique de la notion de patrie
En abordant les aspects conceptuels de la notion de patrie, on peut
également se demander si Bahar peut considérer un autre pays comme sa
patrie sans que celui-ci soit la sienne ? Existe-t-il un pays où Bahar,
sans y être né, se sentirait plus heureux que dans sa patrie ? Quelles
sont les caractéristiques et les qualités de ce pays ? L’étendue de la
langue persane peut-elle constituer une patrie pour Bahar qui est
entièrement dévoué à cette langue ? Ces questions nous conduisent à
l’aspect utopique de la notion de patrie. Une terre idéalisée, dont le
poète imagine le climat, la superficie, les frontières et les habitants.
Par rapport à cet aspect de la notion de patrie, Bahar est-il un poète
de l’utopie qui nourrirait des rêves impossibles ?
Le rapport entre le concept et l’expression poétique:
Le rôle du poète est de créer du poétique, comme le mentionne
Charles-Henri de Fouchécour quand il analyse l’autoportrait du poète
persan médiéval. Comme un tableau, ajoute-il, le poème rend en figures
toutes les manières dont le poète perçoit ce dont il veut parler». Dans
notre cas d’étude, une fois distingués les concepts essentiels de
"vatan", la question sera d’établir les rapports qui existent entre ce
concept de base, «ce que le poète perçoit» et le poétique. Le concept
peut-il déterminer la forme, «qaleb», la simplicité ou la complexité du
langage, et le ton d’expression? Bahar parlant des souvenirs du
Khorassan natal a-t-il le même langage, les mêmes expressions que celui
qui parle de «Iranshahr», ce pays dont l’immensité allait, à l’époque
des Sassanides, de Byzance aux Indes et qui se trouve aujourd’hui occupé
par les envahisseurs? Quels sont les vocabulaires, les symboles, les
métaphores adaptés à chaque concept? Comment et à travers quel poétique,
Bahar fait-il figurer et transfigurer la réalité de sa patrie,
bouleversée par des changements divers et plus particulièrement par son
contact douloureux avec l’Occident? Par quel mécanisme introduit-il,
dans une poésie aussi traditionnelle que la poésie persane, une quantité
aussi importante d’idéologies, de termes sociopolitiques nouveaux? Son
choix obéit-il toujours à sa propre initiative ou suit-il également le
courant littéraire de son époque ? Présentation du travail
Par rapport à notre introduction, ce travail est composé de deux parties
distinctes :
Dans la première partie, qui est la présentation et l’analyse, nous
étudierons la poésie de Bahar à travers le thème de "vatan". Nous en
préciserons tout d’abord les deux concepts essentiels(Khorassan et
Iran). Nous approfondirons ensuite notre analyse afin de mieux connaître
l’ampleur de chaque concept et la place qu’il occupe dans la poésie de
Bahar. On verra ainsi les rapports existant entre l’idée et
l’expression.
LES NOTES :
1- Shafi Kadkani,Mohamad-Reza, “Advare shere farsi az mashrotiyyat ta
soqote saltanat” ,Téhéran, Tus,1359,p37
2- Matini. Jalal, « Bahar va Iran », dans Iran- nameh, special Issue,
5/4,1366/1987,p562
3- Zarrinkob,Abdolhossein, « Bahar setayeshgare azadi », dans Ba karvane
holleh, Teheran, 1343, p309- 324
4- Moayyad, Heshmat, “Hazl va tanz dar sh’ere Bahar”, dans Iran nameh,
special Issue, 5/4,1366/1987,p 596-623
5- Kubickova, Vera, “Persian Literature of The 20th Century” dans
“History of Iranian Literature” Holand University of Leyden D.Reidel
Publishing Company Dordrecht 1968, p 372-373
6- Sepanlou, Mohammad-Ali, “ chahar shaere azadi”, Suede, Baran, 1372/
1944, p 353
7- Machalski, Fraciszek, “ Bahar az a Painter of Nature” Canada, Iran
society Silver Jubilee souvenir, 1970, p 233-37
8- Loraine, Michael, “ BAHAR, Life and Work” dans “ Encyclopaedia
Iranica”, London and Newyork, 1989,volII?P479
9- Sahba, Ebrahim, “Marsiye” poème élégie pour Bahar, voir, Razmgir
,Qolam-reza” Be donbale shere bahar” Ayandeh, 11/8 Abane , 1364
10- “ vatan dar khatar ast”( la patrie est en danger), Divan, p 197
11- Masnavi, vol 2, p 828
12- Shekayat( plaintes), qassideh, divan, p 636
13- Hadye- baku(Le souvenir de Bakou), qassideh, divan p766
14- Damavandiyye, poème pour Damavand, p 343
15- Payame Iran, (Le message de l’Iran), qassideh, p596
16- Ya marg ya tajadod, qassideh, p 287
17- Qame vatan, (le chagrin pour la patrie), qazal, vol 2 p1232
18- Hayjane Rouh, (l’enthousiasm de l’âme) , qassideh, p 347
19- Che bayad kard ?(Que faut-il faire ?) qassideh,p 358
20- C.H.de FOUCHECOUR. « Autoprtrait du poète médieval », Loqman, 12/2
,1357 , p 8

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I-La notion de patrie(Vatan) dans sa dimension
régionale
(shahr-vatan), la notion de Khorassan:
مولدم توس و لیکن گهر از کاشان است
نغمه آمد زنی اما هنر از نائی بود
« Tus est(1) le lieu de ma naissance, mais mon origine est de Kashan
La mélodie vient de la flûte, mais c’est du joueur de la flûte que
vient l’art » A travers ce poème (Nassab-name 1319sh/1940, vol I, p
732), Bahar, évoquant ses origines, différencie clairement la notion
d’origine «gohar, nassab» du lieu de naissance «mowlad», «vatan». Il
se déclare Khorassani plutôt que Kashani, malgré le fait qu’il est
issu d’une famille dont l’origine est de Kashan.
Les dimensions territoriales de cette patrie varient selon le
contexte dans lequel cette notion est développée. Ainsi, la ville de
«Tus», et le grand Khorassan (la région qui comprenait la province
de Khorassan actuel et les régions situées au Nord et Nord-Est au
delà de l’Amou-Daria, jusqu’à la Tranoxiane) avec ses frontières
historiques, sont-ils considérés dans la pensée de Bahar comme une
patrie, «shahr-vatan», a la quelles il est attaché. La connaissance
de ce Khorassan, cette patrie natale, avec son histoire
sociopolitique et culturelle, devient une vraie passion dans sa vie
et sa carrière intellectuelle. Il y consacrera plusieurs articles et
recherches(2). La poésie de Bahar, influencée par la passion de sa
terre de naissance, recueille les fruits de cet amour profond.
Cependant, malgré cette passion hardie, la présence du Khorassan
dans sa poésie ne garde pas la même intensité durant toutes les
périodes de sa vie. On constate sa présence, sans aucune
particularité, dans les poèmes écrits lors de son séjour à
Khorassan. Par contre, lors de son éloignement de cette région, et
surtout pendant son séjour à Téhéran, l’amour pour Khorassan prend
une toute autre couleur, teintée de nostalgie et de regret, toujours
présents dans les écrits de Bahar. C’est durant cette période que la
passion du poète envers sa terre natale se fait plus ardente et que
les descriptions de son environnement deviennent plus détaillées.
Cette particularité dans la poésie de Bahar, à propos du Khorassan,
nous amène à choisir comme critère de classification et d’analyse
les périodes de présence et d’éloignement du poète de sa région.
Chacune de ces périodes, du point de vue de l’évolution et de la
progression de l’idée de ville-patrie «shahr-vatan», représente des
caractéristiques qui nécessitent d’être analysées soigneusement.
Période de séjour au Khorassan (1282-1293sh/1903-1914)
Cette
période correspond au commencement de la carrière officielle de
Bahar en tant que poète jusqu’en 1293sh/1914, date à laquelle et
suite à son élection comme député pour la troisième législature, il
quitta Mashhead pour s’établir à Téhéran. Durant cette période,
Bahar composa plus de 118 poèmes qui ont pour thème les
anniversaires religieux, les débats avec ses adversaires qui ne
voulaient pas reconnaître son talent et surtout les poèmes dans le
contexte des événements concernant la révolution constitutionnelle.
On trouve très peu de poèmes montrant un attachement particulier
envers la terre de Khorassan. Cependant, une analyse détaillée des
quelques poèmes destinés à décrire l'environnement et la situation
sociopolitique de cette région nous permet de constater un certain
intérêt, voire des sentiments de regret ou colère.
La description de la Nature et l’environnement de khorassan
En premier lieu, c’est le regard du poète sur la nature et
l’environnement de Khorassan qui retient notre attention. Bahar,
dans sa jeunesse et selon son propre témoignage dans ses mémoires
autobiographiques, était très attaché à la beauté naturelle de sa
ville natale.Il ecrit à ce sujet : «A chaque fois que je me
promenais dans les régions montagneuses de Mashhad, je devenais fou
de joie en voyant les tulipes et les coquelicots poussés sur
l’étendue des prairies…»(3).
Cependant, on décèle dans les œuvres de cette période très peu de
l’empreinte de cette sensibilité envers son milieu de vie, le ciel,
les montagnes, les arbres, les plantes, les ruisseaux, etc. De même
que la description de la nature ne correspond pas aux traits
géographiques, propres à la nature de Khorassan, ses «Taqazzols»
تغزل et ses « Bahariye»بهاریه (la description du printemps), les
parties lyriques précédant les qasside قصیدهet contenant normalement
une description de la nature, subissent fortement l’influence de la
poésie classique persane. Ils sont stéréotypés comme une imitation
pure et simple des grands peintres de la nature, tels que
Manutchehri (m.1040), Farrokhi (m.1037), Onssori (m.1021), etc. Ce
qui manque dans ses descriptions, pour présenter plus fidèlement la
nature de Khorassan, ce sont des traits appropriés aux caractères
géographiques de cette région, tels que nous les retrouvons dans les
périodes suivantes.
Néanmoins, si la description de la nature de Khorassan est absente
de la poésie de Bahar durant cette période, la description de la
ville de Mash-had et de son environnement n’est pas tout à fait
négligée. Il a consacré une qasside «Bala-ye guelle « (le fléau de
la boue, vol I, p 160) en 16 lignes « beyt» avec le mot «guellel »
(boue) pour «radif» (rim). A travers ce poème, Bahar décrit la
mauvaise situation urbaine de sa ville. Il nous donne un tableau
vivant de ce qu’était la ville de Mash-had de son temps. La boue
peut être considérée comme un élément réel ou symbolique. Une
situation compliquée dont il est difficile de sortir.
افتاده ایم سخت به دام بلای گل
یارب چو ما مباد کسی مبتلای گل
گل مشکلی شده است به هر معبر و طریق
گام روندگان شده مشکل گشای گل
هرگه که گل خیمه زند در فضای شهر
بر بام هر سرای بر آید لوای گل
گر صد هزار کفش بدرد بلای گل به پای خلق
هرگز نمی رسند به کشف غطای گل
با خضر اگر روند به ظلمات کوچه خلق
اسکندی خورند در آن چشمه های گل
اول قدم که بوسه زند گل به پای ما
افتیم بر زمین و ببوسیم پای گل
گلها ثقیل و کوچه خراب و تنگ
آه از جفای کوچه و داد از جفای گل
«Nous nous sommes profondémen
Embourbés dans les rets fatal d’une boue
Ô, Dieu ! je ne souhaite à personne de tomber dans un boue pareille
!
La boue a rendu impraticables tous chemins et passages,
les pieds des marcheurs comptent l’obstacle de la boue. Dans l’air
de la ville, dès que le nuage dresse sa tente, sur le toit de chaque
maison un étendard de boue s’élève, Cent mille souliers auront beau
être usés par les pieds des hommes, ils ne pourront jamais détruir
cette couche de boue ! Même si les hommes marchaient dans les rues
sombres sombres avec le prophète Elie (Khezr), ils tomberaient et
boiraient à même ce bourbier Dès le premier pas, quand la boue nous
baise les pieds, nous tombons par terre et embrassons les pieds de
la boue. La boue est lourde et croupissante, les rues étroites et
pleines de trous, o, combien terribles sont les rues, combien
cruelle est la boue».
Les conditions sociopolitiques de Khorassan
Les conditions sociopolitiques de Khorassan ne sont pas non plus un
thème très développé dans la poésie de cette période. Toutefois
elles ne sont pas complètement absentes de l’esprit de Bahar.
«Andarz be hakem-e Qutchan» ( conseil au gouverneur de la ville de
Qutchan -vol I p 20) et «Enteqad az owzaa-e Khorassan»,(critique de
la situation de Khorassan, tarkibband, poème strophique sans refrain
vol I p192 ) sont deux poèmes dont les thèmes principaux évoquent
les conditions sociopolitiques de cette région : La qasside «Andarz
be hakem-e Qutchan», composée en 1283sh/1904, dénonce l’injustice
faite au peuple de Qutchan(4) par les tribus Turkmènes. Une dizaine
des fillettes qutchanises ont été capturées et faites prisonnières
par les nomades. Bahar essaie d’imaginer les souffrances du peuple
de Qutchan et invite le gouverneur, Hossein Khan-e shoja al-Dowle, à
s’y rendre pour sauver les prisonnières :
خرم و آباد باد مرز خبوشان
هیچ دلی از ستم مباد خروشان
گرچه خبوشیان خروشان بودند
بینی زین پس خموش اهل خبوشان
مردی باید ستوده خوی کزین پس
بر نخروشند این گروه خموشان
اهل خراسان و جز خراسان دانند
جمله که چونست حال مردم قوچان
ظلمی زین پیش رفته است بر آنها
اوکند آن ظلم را از این پس جبران ....
بندد پای از عدوی خانگی آن گاه
گیرد دست از یتیم بی سر و سامان
«Que les frontières de Khabushan soient verdoyantes et prospères,
que personne dans cette région n’ait le coeur criant de
l’oppression... Les habitants de Khorassan, ainsi que les autres,
Partagent les douleurs du peuple de Qutchan. Il était sujet d’une
oppression, mais dès à présent, le gouverneur va remédier à cela. Il
mettra les chaînes aux pieds de l’ennemi, Puis il consolera les
orphelins errants et sans foyer ...» «Entéqad az owzaa-e Khorassan»
est publiée dans Nowbahar en 1289sh/1910. Il dénonce la corruption
et l'indifférence du gouverneur de cette région. Ce poème est un
monologue imaginé par Bahar dont le narrateur est le gouverneur de
la région. Occupé par son amour fou pour une femme, il néglige ses
responsabilités envers la région dont le destin lui est confié:
....ما چه دانیم که دشمن به گناباد چه کرد
یا عدو در درجز فتنه و بیداد چه کرد ؟
طبس از دزد و دغل ناله و بیداد چه کرد ؟
ما بر آنیم که آن لعبت نوشاد چه کرد
ما و آن خانم خوش لهجه ی اسرائیلی
به جهنم شرف دولتی و فامیلی
من چه دانم که خراسان چه و این شور و شرش
یا چه شد حالت سر حد و چه آمد به سرش
آنکه شد محو تو ، از خویش نباشد خبرش
گر رعیت ز میان رفت ، به گور پدرش .......
«Qu’est-ce que j’en sais de ce que l’ennemi a fait à Gonabad(5) ou
de ce qu’il a commis comme injustice à Dargaz ? Peu importe pour moi
ce qui est arrivé à Tabas à cause des voleurs et des bandits. Ce qui
m’intéresse c’est cette idole de Nowshad(6). Qu’est-ce que j’en sais
de Khorassan, de ses révoltes et de ses problèmes? Ou alors de ce
qui est arrivé aux frontières de Khorassan?! Quiconque aura été
ébloui en te regardant sera hors de lui, si mes sujets perdent leurs
vies, qu’ils aillent au diable.» Malgré ces quelques poèmes,
évoquant sa ville ou la situation sociale de sa région, on peut
s’étonner de ce manque d'intérêt de la part d’un poète aussi
sensible et aussi passionné. On peut expliquer ce sentiment de
dégoût et de détachement vis-à-vis de cette terre natale par
quelques incidents survenus dans la vie de Bahar durant cette
période : La mort en 1282sh/1903 de Kazem-e Saburi, le père de
Bahar, les conflits avec les hommes de lettres de Khorassan et son
exclusion par les clergés de Mash-had après avoir publié des
articles qui revendiquaient l’émancipation des femmes, sont parmi
les plus marquants. Il dévoile ses sentiments dans une qasside «
Marg-e pedar»(La mort du père) vol I p 25, composée en 1284sh/1905.
Ce poème de Bahar exprime du regret pour le passé glorieux du
Khorassan, autrefois royaume de la poésie et des hommes de lettres.
N’ayant plus rien à attendre de ce royaume, le poète manifeste son
désir de quitter le pays mais un amour ardent, jailli dans son coeur
dès la naissance, l'empêche de le faire. Bahar a imité le style du
fameux poème de Rudaki avec le «matlaa ‘ (le premier distique d’un
poème)»,
مرا بسود و فرو ریخت هر چه دندان بود Elles sont rongées et tombées ,
les dents que j’eus, jadis»(7) .
......مرا خراسان زان روی شد پسنده به طبع
که کان رادی و فرزانگی خراسان بود
سخن فروش کشیدی سخن به دکه ی چرخ
متاع فضل بدین پایه بر، نه ارزان بود
کنون چو بینی این مرز و بوم را گوئی
که بنگه دد ، نی جای انسان بود ...
اگرچه خود زخراسان مرا به دیگر جای
برون شدن همه هنگام چون خور آسان بود
زملک طوس برون جستمی نه گر زآغاز
بدین حریم مرا جان و دل گرو گان بود ...
خدایگانا این آسمان ز روز نخست
به درگه تو یکی بر کشیده ایوان بود
چرا بفرسود امروز و پست گشت چنین
بر او چه مایه گنه بود و چند عصیان بود ..
چنان فزونی زان یافت رودکی به سخن
کز آل سامان کارش همه به سامان بود
حدیث نعمت خود زان گروه کرد و بگفت
"مرا بزرگی و نعمت زآل سامان بود
«J’avais une admiration pour Khorassan qui était depuis toujours le
pays de la sagesse et de la bravoure (radi va farzanegi). C’était le
pays de la poésie avec une réputation universelle. La poésie n’était
pas aussi sous-estimée qu’elle l’est aujourd’hui. Quand on regarde
cette terre, on dirait le pays des monstres et des bêtes sauvages et
non pas un lieu digne de l’être humain. Je quitterais volontairement
le royaume de Tus si mon coeur et mon âme n’étaient pas engagés pour
ce royaume dès ma naissance Mon Dieu, ce ciel était dès la création
de ce monde, Élu comme un palais grandiose. Quel péché et quelle
faute a t-il commis Pour qu’aujourd’hui il tombe à ce point en
ruines ? J’ai composé ce poème à la manière de celui qui a dit,
«Sont rongées et tombées, les dents que j’eus jadis» L’autre raison
à cette attitude réside peut-être dans le fait que le jeune poète,
passionné par la révolution constitutionnelle, met tout son talent
poétique au service d’une patrie plus vaste que sa région natale.
Son patriotisme est alors confronté à des problèmes plus graves et
ce «messager de la patrie» doit traiter des sujets aux dimensions
plus profondes.
La
période d’éloignement du Khorassan.
A partir de l’anné 1293sh/1914, Bahar séjourna à Téhéran et ses
banlieues et, hormis les courts séjours, exil et voyages qu’il
effectuera ( Bojnurd pendant 6 mois, Masjed-e Soleyman pendant une
semaine, Ispahan durant une année d'exil forcé 1312/1933,
Bakou(1324sh/1945 un mois, Suisse 1326-1327sh/1947-1948 un an),
Téhéran sera son principal lieu de résidence . II ne retournera à
Mahs-had que pour de courts séjours. C’est pendant son séjour à
Téhéran que Bahar composa la plupart des poèmes qui évoquent l’idée
de Khorassan. Ces poèmes ne sont pas entièrement consacrés à
Khorassan mais parfois quelques lignes dans un poème qui a pour
sujet d’autres thèmes comme plaintes (shekvaieh) ou les descriptions
de la situation sociopolitique du pays. En étudiant tous les poèmes
de Bahar durant cette période, nous avons relevé des allusions à son
Khorassan bien aimé, souvent nostalgiques, admiratives, et
passionnées. On l’entend, se lamenter sur son sort malheureux dû,
pour une partie, à la séparation de sa terre natale. Pour bien
saisir le sens que le poète souhaite donner à la notion de
Khorassan, il faut connaître les circonstances dans lesquelles cette
notion est évoquée. La vie difficile qu’il menait à Téhéran, les
conflits avec les politiciens et les journalistes, les agents de
sécurité du gouvernement, les fanatiques religieux et parfois avec
le peuple lui-même, tout cela lui a valu des désillusions dans son
idéal politique. C’est dans ces moments difficiles que Bahar
évoquera l’idée d’une région natale à l’image d’un refuge. Il nous
décrit les bonheurs abandonnés, les souvenirs du passé et les
valeurs de sa région. Plus son séjour à Téhéran se prolonge, plus la
notion de «shahr-vatan» prend forme dans le coeur et l’esprit de
Bahar, et cela jusqu’à ce qu’il se sente un étranger «qarib-e dar
vatan» غریب وطن dans sa propre patrie. Pour lui, l'atmosphère
malsaine de la ville de Téhéran, capitale s’éloignant de plus en
plus des valeurs morales et culturelles, est une cause de perdition.
Ainsi, nous remarquons que ces poèmes possèdent trois substances
essentielles :
1- Les plaintes d’éloignement,
2-La haine pour Téhéran
3- L’admiration pour Khorassan,
que nous allons analyser en détail.
I- Les plaintes de l'éloignement.
Le thème de plainte «shekvaieh» est très fréquent dans la poésie de
Bahar. Il a comme détonateurs les problèmes sociaux, les conflits
avec les adversaires politiques et littéraires et, plus rarement,
l’amour dans le sens classique du terme. Les plaintes de
l’éloignement que nous avons trouvées dans cinq qassides et un qazal
font plusieurs allusions à Khorassan, ainsi que la description de
son exil, l’affection et le regret, les motifs de sa souffrance et
la nature de ses chagrins. Bahar nous décrit son chagrin et l’impact
de celui-ci, autant moralement que physiquement. Il nous parle des
changements intérieurs qu’il a connus pendant cette séparation
touchant son âme, son esprit, son corps et son caractère:
همی نالم به دردا ، همی گریم به زارا
که ماندم دور و مهجور ، من از یار و دیارا
الا ای باد شبگیر ، از این شخص زمین گیر
ببر نام و خبر گیر زیار و نامدارا
چو رفتم از خراسان ، به دل گشتم هراسان
شدم شخصی دگرسان ، خروشان و نزارا
«Je me lamente douloureusement et je pleure amèrement car je suis
resté séparé, désuni de mon lien et de ma patrie (diar). Oh, toi le
vent de la nuit prends le nom de cette personne affligée
Que je suis et apporte moi les nouvelles des miens.
Depuis que j’ai quitté Khorassan, mon coeur est effrayé, Je suis
devenu une autre personne, pauvre et déplorable »8.
تا بر زبر ری است جولانم
فرسوده و مستمند و نالانم
هزلست مگر سطور اوراقم
یاوه است مگر دلیل و برهانم
یا خود مردی ضعیف تدبیرم
یا خود شخصی نحیف ارکانم .....
زینگونه گذشت سالیان بر هفت
کاندر تعب است هفت ارکانم
«Depuis que je suis installé à Rey, je suis devenu épuisé,
misérable, gémissant, Ainsi sont passées sept années de ma vie,
Mettant sept membres de mon corps en souffrance perpétuelle» 9
هفت سال اینجا به خدمت جان شیرین کنده ام
حاصل این کم هر زمان در کندن جان رغبتیست
«Cela fait sept ans que j’ai consumé mon existence dans ce lieu à
présent je n’ai qu’un seul désir celui de rendre l’âme» 10
بدرود گفت فر جوانی
سستی گرفت چیره زبانی
شد نرم همچو شاخه ی سوسن
آن کلک همچو تیغ یمانی
شد خاکسار دست حوادث
آن آبدار گوهر کانی
شد آن عذار دلکش پژمان
گشت آن غرور و نخوت فانی
شد هفت سال تا زخراسان
دورم فکند چرخ کیانی
اکنون گرم زخانه بپرسند
نارم درست داد نشانی .......
یارب دلم شکست در ین شهر
حال شکسته دل تو دانی
«L’éclat de ma jeunesse a pris fin, la douceur de mon éloquence
s’est affaiblie. Ma plume, aussi ferme que l’épée de Yémen, Est
devenue aussi molle que la tige du lis. Cela fait sept ans que le
firmament m’a éloigné de Khorassan. à présent, si quelqu’un me
demande où est ma maison, Je ne pourrais lui montrer les indices.
Mon coeur est brisé dans cette ville, , mon Dieu tu connais bien
l’état d’un coeur brisé. »11
دور ازخراسان گزین در ری شدم عزلت گزین
مویان چو چنگ رامتین نالان چو رود باربد «Loin du Khorassan , je suis
devenu un misanthrope à Rey , gémissant comme la harpe de Ramtîn
(12) et me lamentant comme le luth de Barbad.»13
می زنم روز و شبان داد غریبی در وطن
زین قبل دورم زشهر و مردم کانای او « Le jour aussi bien que la nuit
je me lamente de mon éloignement tout en étant dans ma propre patrie
, alors je m’éloigne de cette ville et de ses habitants stupides»
14.
2-La
haine contre la ville de Téhéran
Après avoir étudié les plaintes de Bahar, notre premier constat est
l’existence d’une profonde hostilité à l’égard de Téhéran où il
passa 37 années de sa vie et pour laquelle il réserve les critiques
et les reproches les plus durs. En plus des allusions dans divers
textes, plusieurs poèmes de son recueil ont pour sujet essentiel la
haine envers cette ville que le poète gardera pendant tout sa vie:
«Tehran afatist» ( Téhéran est un fléau) 1297sh/1918,vol, I, p 323,
« Bas al-shekva» (poème de plainte)1297sh/1918, vol, I p 326 «Dar
moharram» ( pendant le mois de Moharram),1298sh/1919,vol, I p 329 «
Majera-ye vagon» ( l’aventure de wagon ), 1298sh/1919, vol, I p 334
« Pay takht-e guelle » ( la capitale de la boue ), 1298sh/1919 vol,
I p 335 « Khazine-ye hammam» (le bassin de bain public), 1298sh/1919
vol, I p336, « Teheran qabl az kudeta » ( Téhéran avant le coup
d’Etat), 1299sh/1920, vol, I, p 337, «Del-e shekaste»( le coeur
brisé )1300sh/1921 vol, I, p 352, «Damavandiye» 1301sh/1922, vol, I,
p 357, «Lalezar» ( le quartier de Lalezar )1309sh/1930, vol, I, p
554, «Nafsat al-massdur » (poème de plainte )1304sh/1925, vol, I, p
425, «Az zendan» (De la prison )1308sh/1929 vol I, p 507, «Dar hal-e
tab» (pendant la fièvre)1310sh/1931, vol I, p 577, «zamm-e
Rey»(médire de Rey), 1311sh/1932 vol, I, p 584, «Tehrani»
(Téhéranais ) 1314sh/1935, vol, I, p 671, «Goruh-e leâm» (la bande
des crapules )1314sh/1935, vol, I, p 670, «´Chegonei ?»(Comment
es-tu ?) 1317sh/1938, vol, I, p 719. A travers ces poèmes et les
titres injurieux choisis par Bahar, nous réalisons le degré de
dégoût et de méfiance éprouvé pour cette ville. Voici quelques
exemples des qualificatifs utilisés dans ses poèmes pour Téhéran et
ses habitants: «Ba’s al-Maqar» ( demeure de la méchanceté),
«Barzan-e div-o-dad », (le quartier des monstres et des bêtes
sauvages), « shahri az borun por halhale wa az andarun tchon
mazbalé», ( une ville étincelante de l'extérieur et une décharge
d'immondices de l'intérieur15 ), «Bongah-e owbash» (la résidence des
vauriens) , « jaygah-e ronud» (la maison des déloyaux), «Mahd-e
khorafat» (le berceau des croyances superstitieuses), «gahvare-ye
qey» ( le berceau du despotisme16 ),
« ashyane-ye bum » ( le nid des hiboux), « jay-e dozdi va a’avani »
( le lieu du vol et de l’hostilité17), «Manba-e shararat va fessad
», ( l’origine de la malfaisance et de la corruption18 ) , etc
Noyé dans cette haine, dans la qassideh de «Damavandiye», il
souhaite et réclame la destruction de Téhéran : «Il n’y a qu’une
solution pour sauver le pays, celle de la destruction de
Rey,(Teheran). Il supplie le volcan de Damavand, ce démon blanc aux
pieds enchaînés, cette poigne rude du destin, ce dragon géant, de
s’élancer et d'élever sa voix comme un lion féroce, de préparer une
drogue, un électuaire d’espèce nouvelle du feu, de gaz et de soufre,
de liqueurs bouillantes et de fumées acres ..., et d’envoyer sur Rey
un nuage d’où pleuvent l’effroi, l’horreur, la discorde, brisant
ainsi les portes de l’enfer, de renverser les murs de ce temple
d’hypocrisie, de détruire les racine de l’opression …. .19 Le degré
infini de cette haine nous amène à poser plusieurs questions: quels
sont l’origine et le motif essentiel de cette haine ? Quelle raison
Bahar donne t-il à une telle hostilité ? Cette défaveur a-t-elle des
motifs concrets (les conditions climatiques, les difficultés de la
vie quotidienne etc) ou d’autres raisons plus subtiles comme la
situation sociopolitique de cette ville qui était devenue le centre
des complots, des compromis et des arrangements politiques ? Pour
trouver les réponses à ces questions, nous allons analyser et
comparer ces poèmes de tout point de vue.
Les conditions climatiques et géographiques :
En premier lieu, nous pouvons affirmer que ce ne sont ni les
conditions climatiques et géographiques, ni la nature de Téhéran et
de sa région qui tourmentent le poète. Il s’est même inspiré des
paysages de cette ville pour créer les beaux tableaux qui décrivent
les divers éléments de la nature de Téhéran et de ses banlieues,
tels que «Khorshid» (le soleil) 1301sh/1922, p 360, «Sardsir-e
Darake»(l'estive de Darake) 1305sh/1926, p 431, «Shab-e zemestan»
(la nuit de l’hiver) 1305sh/1926, p 436, «Damane-ye Alborz»(les
plaines des montagnes d’Alborz) 1307sh/1928, p 461, «Golestan»(le
jardin des fleurs) 1308sh/1929, p 500, «Vassf-e tagarg», (la
description des grêles) 1311sh/19232, p 587, «Païz va zemestan» (
l’automne et l’hiver ) 1316sh/1937, p 702, «Be yad-e otaq-e
aftabru-ye Tehran ( en souvenir de ma chambre ensoleillée à Téhéran)
1327sh/1948, p 812.
A titre d’exemple, le sommet de la montagne d’Alborz lui apparaît
comme une idole portant sur la tête un foulard argenté. (Damane-ye
Alborz p 461)
.... L’estive de Darake, avec ses rivières, ses arbres fruitiers et
son climat, est comme un royaume dans lequel le printemps est
éternel. Il décrit minutieuseme la région montagneuse de Darake, ses
chemins étroits, ses ruisseaux, les fruits et les fleurs propres à
cette région. (Sardsir-e Darake p 431). «La neige de shemiran est
décrite comme un tapis qui étend une couverture argentée sur la
terre et qui la rende transparente » ; ( shab-e Zemestan p 436 ).
La précision et la délicatesse de Bahar dans ses descriptions nous
révèlent l’admiration qu’il éprouvait pour les paysages de Téhéran.
Il est même capable, dans certains circonstances, de se montrer
nostalgique pour le soleil doré de cette ville. Pendant son voyage à
Suisse, il se souvient, de sa chambre, que le soleil doré de Téhéran
rendait lumineuse. (Be yad-e otaq-e aftabru-ye Tehran. Suisse
1327sh/1948, Divan p 812).
Le milieu urbain
Contrairement aux traits naturels de Téhéran qui deviennent les
substances de tableaux charmants, la ville elle même, son milieu
urbain, ses ruelles, certains de ses quartiers et les lieux publics
font l’objet de critiques sévères. Bahar décrit minutieusement les
conditions insupportables de la vie quotidienne de Téhéran. Cette
description est originale et possède des aspects visuels et vivants.
Elle nous fait entendre les bruits, nous fait découvrir les images
et sentir les odeurs de la ville. On peut comparer cette poésie à un
reportage sensoreile sur la vie quotidienne à Téhéran de cette
époque. Il évoque dans «Majera-ye vagon» les mauvaises conditions
des moyens de transport publics:
هوشم ز سر پریده از ماجرای واگون
از دنگ دنگ واگون ، از های های واگون....
سوهان مرگ گوئی در استخوان تراشی ا ست
چون روی ریل غلطد عراده های واگون
زاسرار قبر و محشر آگه شود به یکبار
آنکس که جان سپارد در زیر پای واگون
آدم به روی آدم ، حیوان به روی حیوان
اینست یک اشارت از تنگنای واگون
اصحاب را به مقصد نزدیکتر رساند
گر چاروای لنگی باشد به جای واگون
با راکبان واگون همره رسد به خانه
افتد اگر چلاقی اندر قفای واگون
در پایتخت ایران این بلعجب که نبود
زآثار علم و عمران چیزی سوای واگون
آنهم به این فضاحت ،آنهم به این کثافت
از ابتدای واگون تا انتهای واگون ..
« Les dang-dang et les hay- hay de ce wagon me font perdre
conscience, à chaque fois que ce wagon roule sur les rails
«On dirait une lime macabre qui taille l’os ..... Dans le wagon, les
voyageurs sont serrés les uns contre les autres comme du bétail; ce
n’est qu’une image de l’étroitesse du wagon. Celui qui, par
ignorance, monte dans le wagon, comprendra ce qu’est l’étroitesse
des tombeaux ». Il est étonnant qu’il n’y ait, dans la capitale de
l’Iran, que ce wagon, symbole du progrès et du développement, Et
celui-là n’est qu’un scandale, une vraie saleté ; du début jusqu’à
la fin.» 23 Dans, la qassideh de «Az zendan» (1308, p 507); il
décrit les marchandes ambulantes de Téhéran criardes et
insupportables, ses mendiants, ses seyyeds et dervishes, qui
gémissent et hurlent tellement fort qu’ils empêchent le repos des
habitants. Les bruits de ses ateliers de charpentiers et couvreurs,
les chauffeurs, les cyclistes sont énervants. Si tous ces bruits
dérangent les gens dans la journée, pendant la nuit, ce sont les
aboiements des chiens qui rendent le sommeil impossible. «Khazine-ye
hammam» (les bassins des bains publics, Qasside, 1398, p 336),
décrit le manque d’hygiène des bains publics. «Ils sentent tellement
mauvais qu’ils nous rappellent un cadavre en décomposition depuis
trente jours. «Paytakht-e guelle» (la capitale de la boue, Qasside,
1298à,p 335), montre les rues de Téhéran, parcourues par la boue.
Dans cette boue éternelle, un piéton traversant la rue, n’arrive
jamais à garder ses affaires propres ». «Lalezar» (Qasside, 1309, p
554), nous révèle que certains quartiers de Téhéran, sont à éviter.
«Il y a dans cet endroit de belles femmes qui te séduisent , elles
te donnent petit à petit à boire, dépenseront ton argent, tu perdras
ta santé, tu seras atteint par la syphilis et d’autres maladies , tu
perdras ainsi ta réputation , ton respect de soi»...etc.
La Population de Téhéran :
L’hostilité
de Bahar vis-à-vis de Téhéran est due, pour une grande partie, à la
population de cette ville. Téhéran, selon lui, est une ville pourrie
par ses habitants. Bahar n’a jamais ressenti de sympathie envers les
habitants de cette ville. Dès son premier contact avec Téhéran en
1290sh/1911, il trouva une ville vidée de l’être humain « Keshvari
xali az mardom» (Safar-name , qasside, 1291sh/1912, p 251) et,
lorsqu’il retourna à Mashad en 1324sh/1945, il exprima cette haine,
peu atténuée malgré le temps écoulé, à travers un poème adressé à
ses amis et parents :
دلم از مردم ری سخت ملول است که نیست
هیچ پوشیده زکس کفر نمایان همه
لذت روح برم چون به خراسان گذرم
زآنکه محکم نگرم پایه ی ایمان همه
«Mon coeur est affligé à cause des habitants de Rey car leur hérésie
est une chose évidente mon esprit n’est apaisé que lorsque je mets
le pied sur la terre de Khorassan car la piété de ses habitants est
très solide(25) Persuadé d’être différent de cette population, il
n’a jamais pu s’intégrer dans cette société qu’il méprise
profondément :
جرمیست مرا قوی که در این ملک
مردم دگرند و من دگرسانم .....
با دزدان چون زیم که نه دزدم
با کشخان چون بوم نه کشخانم
نه مرد فریب و سخره و زرقم
نه مرد ریا و کید و دستانم
پنهانم از این گروه ، خود گوئی من ناصرم و ری است یمکانم
«Mon défaut est grave, car dans ce royaume, les gens sont d’une
nature différente que moi ! Comment pourrai-je vivre avec les
bandits alors que je ne suis pas un bandit ? Comment pourrai-je
vivre avec les crapules, alors que je ne suis pas une crapule ? Je
ne suis ni hypocrite, ni frivole et imposteur; je ne suis non plus
menteur, trompeur et fraudeur. Je m’éloigne de ce groupe comme si
Rey était le Yamkan et que moi je suis Nasser Khosrow» (26)
من نیستم فراخور این جای
کاین جای دزدی است و عوانی
دزدند ، دزد منعم و درویش
پستند پست، عالی و دانی « Moi je ne suis pas digne de ce lieu, car
ici c’est le lieu des voleurs et de l’hostilité. Ils sont tous des
voleurs, les riches aussi bien que les derviches, Tous les vauriens,
les ignorants aussi bien que les savants.» (27)
منخود به شب پناه برم زازدحام روز
دو گوش و چشم بسته ز غولان هرزه لای
چون بر شود ز مشرق تیغ کبود شب
مردم گمان برند که من در حصار ری
مسعودم و ستاره سعد است رهنمای
داند خدای کا صل سعادت بود اگر
مسعود وار سر کنم اندر حصار نای .......
چون اندر این سرای نباشد به جز فریب
آن به که دیده هیچ نبیند در این سرای
«Du jour fuyant je demande asile aux ténèbres, les yeux et les
oreilles clos aux vains murmures des monstres.. Les gens me croient,
Masaud (28) emprisonné dans la citadelle de Rey, et que l’étoile de
Sa’ad conduit mon destin. J’aurais préféré, à la manière de Masoud,
plonger ma tête, dans la prison de Nay afin de trouver la paix.
Puisqu’en ces lieux où règne l’imposture, j’aime encore mieux ne
pas y voir.» (29)
Les défauts des habitants de Téhéran
Dans ses
critiques, Bahar révèle les défauts des habitants de Téhéran. Voici
quelques uns de ces défauts, les plus graves à ses yeux : Manque de
personnalité et faiblesse de caractère:
selon Bahar, les Teheranais ne suivent aucun but précis dans leur
existence; ils sont
incapables de différencier la justice de l’injustice
ای عجب این خلق را هردم دگرسان حالتی است
گاه زیبا گاه زشت ، الحق که انسان آیتی است
آفت دین است و دانش ، آفت ننگست و نام
الحذر ای عاقل از تهران ، که تهران آفتی است....
ناصح ار پندی دهد گویند در آن حیله ایست
ظالم ار ظلمی کند گویند در آن حکمتی است...
گر زاحسان ضربتی زآنان بگردانی به مهر
حاصلت زان قوم در پاداش احسان، ضربتی است
ازدماوند و ورامین بی خبر، لیک اندر آن
گه ز زاپن مدحتی، گه ز انگلستان غیبتیست
« Etonnant, ce peuple (les Téhéranais) change d’humeur à chaque
instant, parfois agréable, parfois désagréable; quelle création cet
être humain! Une calamité pour la foi, la connaissance, l’honneur et
la réputation; Méfie-toi de Téhéran si tu es sage, car Téhéran est
un fléau. Si un conseiller de bonne foi leur donne un conseil, ils
l’interprètent comme un complot, Si l’oppresseur leur rend une
injustice, eux, ils le considèrent comme une sagesse. Alorque, ils
négligent les nouvelles de Damavand et de Varamin 30 , ils
s’intéressent aux progrès du Japon ou aux défautes de
l’Angleterre....» 31
L’infidélité
Leur infidélité, leur manque de moralité, leur perversité sont les
autres vices des Téhéranais, vus et critiqués par Bahar:
فنای الفت و عهد و فنای صدق و غمخواری
درست آمد که اندر دوستی فانی است تهرانی
نورزد عشق با کس جز به قصد بردن جانش
بدین معنی ، رفیق و عاشق جانی است تهرانی
اگر مفلس شدی یاری زتهرانی مجو هر گز
که خصم تنگی و یار فراوانی است تهرانی
اگر تهرانیئی اندر وفاداری درست آید
مزور بایدش خواندن والا نیست تهرانی
« Le Téhéranais est infidèle et déloyal, il n’est ni sincère ni
compatissant, C’est donc vrai quand on dit, son amitié ne tient pas
longtemps. Il ne cherche d’autre but dans l’amitié que te briser le
coeur, autrement, il est ami, amoureux mais criminel. Si jamais tu
tombes dans la détresse, n’espère pas l’assistance d’un Téhéranais,
car il devient ton ami lorsque tu es riche et ton ennemi quand tu es
dans la misère, »34 قومی همه خسیس و به معنی کم از خسیس
خلقی همه گدای و به همت کم از گدای
«Les Téhéranais ne sont qu’une tribu mesquine et en fait moins que
mesquine; un peuple mendiant, mais par la dignité moins que les
mendiants.» 35
Manques de patriotisme et leur indifférence envers le destin de
la patrie :
Selon Bahar, le vice le plus impardonnable chez les Téhéranais est
le manque de patriotisme et leur indifférence envers le destin de
leur pays. En évoquant ce défaut, il lui donne une dimension
historique, il essaie de prouver que ce peuple n’a jamais eu le sens
de la responsabilité dans la sauvegarde et la défense de la patrie
et qu’à cet effet un Téhéranais n’est pas digne d’être considéré
comme un «Irani», un citoyen de l’Iran :
چو می بندد خراسانی به پر خاش مغولان صف
غنوده اندر آن سرداب پنهانیست تهرانی
چو آذربایجانی می زند با روسیان پنجه
پی یغمای رشتی و خراسانی است تهرانی
چو شیرازی کند با لشکر شیبانیان کوشش
اسیر بند غفلتهای شیطانی است تهرانی
گر ایرانی بود باری خراسانی و تبریزی
کجا هر گز توان گفتن که ایرانیست تهرانی
«Au moment où le khorassanais construit les barricades devant
l’invasion Mongole, le tehranis se repose tranquillement dans sa
cave souterraine en cachette. Pendant que l’azarbayjanais guerroye
avec des lances contre les russes, le tehranis dépouille les biens
des rashtis et le khorassanis. Alors que le shirazi guerroye avec
les sheïbanis, tehranais cède aux plaisirs diaboliques. Comment
peut-on alors considérer le tehranais comme un iranien, en comparant
avec les khorassanais et tabrizi? »34
L’admiration pour Khorassan.:
ای دریغا عرصه ی پاک خراسان، کز شرف
هست ایران چهر و او خال رخ زیبای او
«La terre pure de Khorassan est l’honneur de l’Iran, Si l’Iran était
un visage, le Khorassan serait son grain de beauté.»35 Bahar met en
avant les valeurs de sa patrie Khorassan «vatan-e Khorassani»,
souvent à coté de son hostilité pour Téhéran. Il la glorifie à
travers sa poésie en évoquant sa beauté naturelle, ses diverses
valeurs historiques, culturelles et ethniques. Les titres attribués
à cette patrie sont élogieux et démontrent le respect profond qu’il
a pour Khorassan. En voici quelques uns : «Bongah-e shahamat va
mardi», (le royaume de la bravoure et de la vaillance), «Markaz-e
amiri va khani», (le centre des grands seigneurs et des émirs), «
Moftakhar be tâj separi et moshtahar be shah neshani » ( fier de
couronner les rois et d’avoir la réputation d’être un royaume
réservé aux rois) , «Ba khun-e pak va farr-e kiani » ( ce pays qui a
le sang pur et la faste royal) , etc »36 . En pensant à Khorassan,
Bahar se montre nostalgique aussi bien pour le climat et le paysage
que pour le peuple les valeurs ethniques et historiques et parfois
tout simplement pour les souvenirs personnels. Les paysages et la
nature :
Des allusions à la nature et les paysages de Khorassan se trouvent
entre autres dans les poèmes suivants : «Safarname» (le récit de
voyage), 1290sh/1911, p 251), «Del-e shekaste», (le coeur brisé,
1300sh/1921, p 352), «Nafsat al -massdur», (1304sh/1925, p 425),
«Dar hal-e tab», (l’état fiévreux, 1310sh/1931, p577). Ces poèmes
ont la particularité d’apporter des descriptions propres aux traits
naturels de cette région. Le poète évoque les couleurs de sa région,
la qualité de l’air, les parcs et les jardins connus pour leur
beauté. Dans «Safar-name», qui est un récit de voyage écrit après
huit mois de séjour à Téhéran, le poète, après avoir expliqué son
enthousiasme pour le retour dans sa ville natale , évoque la beauté
et la prospérité des champs et les collines qui entourent la ville
de Tus. « Une terre délicieuse «naqz» et aussi prospère que le
paradis «Ferdows» 37. Dans «Del-e shekaste» (le coeur brisé), les
montagnes séduisantes de Khorassan, «kuhsar-e delkash » à partir
desquelles on peut entendre l’agréable chanson des bergers «soroude
delneshine shabani», expriment les regrets du poète 38. Dans «Dar
hal-e tab», ( p 577), il imagine les plaines de Bojnurd39 «pahne-ye
Bojnurd » qui a la couleur d'azur «piruz-e gun» et qui est encore
plus agréable que ce dôme turquoise «piruz fam»
هست در چشمم به از این گنبد پیروزه فام
پهنه ی بجنورد و آن پیروزه گون الگای او
D’autre part, les souvenirs de Zashk et d’ Anbaran , les plaines de
Tabas, de Tabaran, le demaine de Paz et Farmad, la vallée de Noqan,
ce village de Mayan-e Kang , Torqabad, Badqad et Abqad 40 font par
leur prospérité et leur fraîcheur déchaîner le coeur du poète. Selon
Bahar ils sont plus prospères que Qolhak et Tajrish41 car ils
possédent des jardins et des prairies, «raq», verdoyantes . 42
دارم به دل رنجی گران از یاد زشک و عنبران
صحرای توس و طابران الگای پاز و فارمد
آن رود باران نزه از قلهک و تجرشت به
نوغان در و شاهانه ده ، مایان و کنگ و ترغبد
در گرمسیرش راغها در آبدانها ماغها
درکاخها و باغها هم بادغد هم آبغد
Les valeurs culturelles et historiques
Khorassan est aussi admiré par Bahar comme étant la terre des poètes
éloquents, «shaaeran-e niko-goftar»43. Il réunit toutes ces valeurs
culturelles et historiques dans son poème «Dar hal-e tab» et exprime
ses regrets de s’être éloigné de sa région si valeureuse:
ای دریغا مرغزار توس و آن بنیاد نو
بر سر گور حکیم و شاعر دانای او
ای دریغا شهر نیشابور و آن ریوند پاک
کاذر برزین فروزان گشت از رستای او
کرده چون شاپور شاهنشاه ، شهرش را بپای
خفته چون خیام شخصی پاک در صحرای او
ای دریغا خطه ی کشمر که دست زردهشت
کشته سروی ایزدی در خاک مینوسای او ....
«Quel regret pour la prairie de Tûs et ce nouveau mausolée construit
sur le tombeau de ce poète, philosphe et savant 44 . Ô quel regret
pour cette ville de «Neyshabur» 45 et cette Rivand sacré,de la
quelle a jailli le feu du temple d’Azarborzin 46. Un roi aussi
majestueux que shahpour a construit sa ville , un être aussi pur que
Khayyam repose dans ses plaines . Ô quel regret pour la contrée de
Kashmar, une main comme celle de Zorastre a planté un cyprès divin
47, dans sa terre aussi prospère que le paradis. 48
Les valeurs historiques de Khorassan sont évoquées dans le contexte
d’un patriotisme aux dimensions étendues. Ce lieu mérite le respect
car depuis toujours, il a joué le rôle de défenseur du pays en
repoussant les invasions des ennemis de l’Iran.
ای خراسان تو به هر فترت و هر حادثه ای
سپر ایران بودی به سنین و به شهور
جیش یونان را راندی تو به تیغ از ایران
خیل مروان را تو کردی به مردی مقهور
سربداران دلیر تو از ایران کندند
ریشه دولت منحوس طغا خان تیمور
آل طاهر زتو دادند به بغداد جواب
آل لیث از تو گرفتند به شاهی منشور
ال سامان زتو و دولت غزنی زتو بود
وز تو شهنامه بر اوراق ابد شد مسطور
نادر از نادره اقلیم تو برخاست که کرد
خاک ایران را خالی ز سه خصم مغرور
« Ô toi Khorassan c’est toi qui as été dans les moments les plus
critiques et contre des événements inattendus le bouclier de l’Iran
et ceci depuis des siécles. C’est toi qui as par la force du sabre,
repoussé l’armée grecque de l’Iran. 49 C’est toi qui as, par la
bravoure, brisé l’armée de Marvan 50.
Tes Sarbedarans 51 ont arraché de la terre de l’Iran, La racine du
pouvoir maléfique de Taqa xan Teymur. Al-e Taher 52 a eu ton soutien
pour résister devant Baqdad , Al-e Lays53 , grace à toi a obtenu le
sceptre de souveraineté. Al-e Saman 54et des Qaznavides 55 te
doivent leur origine et leur fortune, C’est grace à toi que les
livres de rois furent écrits. 56 Nader 57, celui qui a débarrassé
l’Iran des trois ennemis, s’est levé de ta terre précieuse .....58.
Les souvenirs personnels
La notion de « shahr-vatan», ville patrie dans la poésie de Bahar,
prend parfois des dimensions très personnelles. « vatan» signifie
alors sa demeure «khane» et sa maison paternelle où il garde les
souvenirs du passé. Il évoque la vie qu’il menait à Khorassan avant
le départ pour Téhéran. Les moments agréables qu’il passait en
compagnie de ses parents et ses amis. Il est particulièrement
nostalgique envers la simplicité de cette vie agrémentée par la la
poésie et loin des engagements politiques. Ces regrets sont exprimés
dans les différents moments de sa vie et à travers plusieurs poèmes.
La qasside de « Sargozasht-e shaer» (le récit biographique du poète,
p 374), écrit en 1302sh/1923, décrit d’une façon détaillée les
images d’une douce vie passée pour laquelle le poète éprouve de la
nostalgie. Ce poème a été dédié à Farroxi Khorassani, le poète et
l’ami de Bahar avec qui il avait partagé de bons souvenirs. Le poème
commence avec l’expression de: souvenons-nous «yad bad» qui a un
sens de commémoration et de regret :
یاد باد آن عهد کم بندی به پای اندر نبود
جز می اندر دست و غیراز عشقم اندر سر نبود
خوبتر از من جوانی خوشکلام و خوشخرام
در میان شاعران شرق، سر تاسر نبود......
خانه ای شخصی ومبلی ساده و قدری کتاب
آمد و رفتی وترتیبی کزآن خوشتر نبود
مادرم تدبیر منزل را نکو می داشت پاس
پاسداری در جهانم بهتر از مادر نبود
اندر آن دوران نبود اندر دوواین عجم
ز اوستادی شعر خوبی کان مرا از بر نبود
شعر می گفتیم و می گشتیم و می بودیم خوش
بزم ما گاه بی مه روی و خنیاگر نبود....
«Que le souvenir du temps où je n’étais pas enchaîné revienne , il
n’y avait que le vin dans ma main et l’amour dans ma tête. Il n’y en
avait pas un seul, parmi les poètes de l’Orient, Qui soit aussi
éloquent et aussi enchanté que moi. J’avais une demeure à moi, des
meubles simples et quelques livres, Les fréquentations les plus
agréables que l’on puisse imaginer. Ma mère, qui gouvernait la
maison, Était ma meilleure protectrice dans ce monde. Je connaissais
tous les bons poèmes écrits par des poètes non arabes.
Nous composions de la poésie, nous nous promenions et nous étions
heureux, nos festins étaient animés par la présence des idoles et
des musiciens....». 59
Conclusion
Au cour de notre recherche, nous avons présenté deux concepts
essentiel dans la poésie de Bahar petite patrie (shahr- vatan)et
grand patrie (keshvar- vatan). Nous avons constaté l’énorme
attachement du poète à sa région natale(khorassan), une région d’où
lui viennent ses premier souvenirs, celle où il a vécu et grandi.
Cependant, cet amour devient plus ardent quand Bahar la quitte pour
s’installer à Téhéran.
L’amour pour khorassan se développe dans le contexte d’une haine
ressentie pour Téhéran.
Nous avons vu les raisons de cet amour et de cette haine. Il admire
khorassan car cette région a été, depuis des siècles, le berceau des
grands protecteurs de l’Iran.Elle a repoussé les envahisseurs, elle
a conservé la langue, la poésie et la culture iraniennes.
La haine de Bahar pour Téhéran s’est également développée dans le
même contexte. Il déteste cette ville car elle est, à ses yeux, le
centre des grands complots, des arrangements politiques néfastes
contre l’Iran. La plupart de ses poèmes, exprimant des critiques et
du mécontentement, ont été composés dans des circonstances
politiques particulières et difficile.
Les Notes
1-Tus, ville ancien située à quelques kilomètres de de Mashhad- voir
Akhavan Saless Mehdi,»Tus-e dirouz, Mashhad-e emruz» dans « Harim-e
saye sabz» Téhéran, Zemestan 1372à, p 211.
2- « Tatavorat-e zaban-e farsi dar zemn-e 29 qarn», (les
transformations que la langue persane a connues durant 29 siècles).
Baxtar, Ispahan, 2/4-5, p 246-249 (1313sh/1934). B.A.F 2, p 243-250.
3-BAHAR, Mehrdad, Bahar az koudaki ta payan-e omr», dans
l’introduction au recueil des poèmes de Bahar Malek ð shoara»,
Téhéran, Tûs, 1368à, p 9
4- Qutchan, ville située au nord du Khorassan. Les habitants de
cette ville étaient souvent victimes d’agressiones de la part des
tribus de Turkemans. Après la révolution constitutionnaliste, les
nationalistes iraniens font des efforts pour protéger les habitants
de cette région.
5-Gonabad, Tabas et Dargaz, sont trois villes de la région de
Khorassan
6-Nowshad, ville située près de Balkh, connue pour ses temples et
ses idoles. Voir «Farhang-e Moïn», vol 6, p 2156
7-Roudaki Samarqani « Ahval va assar», édition Said, NAFISI,
Téhéran.
8-Qazal inachevé ,1299sh/1920, Téhéran, vol 2, p 1148
9-«Bass al-shekva», qasside, Téhéran 1297sh/1918, vol I, p 326
10-“Tehran afatist”, qasside, Téhéran, 1297sh/1918, vol I, p 323 .
11-« Del-e shekaste», qasside, 1300sh/1921, Téhéran, vol I, p352.
12-Ramtin, connu pour avoir inventé la harpe «tchang». Farhang-e
Moïn, p 577. Barbod ou Barbad, nom d’un musicien légendaire de la
cour du roi Khosrow Parviz Sassanid.
13-«Nafsat- al massdour», qasside, Téhéran 1304sh/1925, vol l, p 425
14-“Dar hal-e tab” , qasside , Téhéran 1310sh/1931, vol I, p 577
15-Voir «Nafsat al massdour» p 426, lignes 1 et 2
16-« Zamm-e Rey», p 584, ligne 9
17-« Del-e shekaste», p 353, lignes 12 et 26
18-«Chegounei ?», p 718, ligne 3
19 -Damavandiye, qasside, 1300sh/1921, p 357
20-Massif de l’Iran, au sud de la mer Caspienne et au nord du
Téhéran, culminant au Damavand.
21-Région montagneuse située au nord-ouest du Téhéran.
22-Agglomération située entre la chaîne montagneuse d’Alborz et la
ville de Téhéran.
23-Majeraye vagon» (L’aventure du wagon» qasside, 1298sh/1919, p
334. 24- Quartier, mal fréquenté, situé au centre de Téhéran.
25-«Bahar dar Khorassan» (Bahar à Khorassan), qasside, 1324sh/1945,
vol II, p 1262.
26-Bass al-shekva, qassideh 1297sh/1918, p 327
27- Del-e shekaste, 1300sh/1921, p 297
28- Référence à Masaud-e Saad-e Salman (1047-1121), poète,
administrateur et l’Homme de Cour aux services des Qaznavids. Pour
son infortune et ses prises de position politiques, il fut
emprisonné à deux reprises, sous Sultan Ebrahim (1058-1096 J.C)
pendant dix ans à Nay, puis sous Sultan Masaud ebn Ebrahim
(1096-1115 J.C) pendant huit ans à Maranj.
29-« Sokut-e shab», (Le repos de la nuit, 1301sh/1922, p 366-367.
30-Damavand et Varamin, deux aglomérations situées dans les régions
limitrophes du Téhéran.
31 -« Tehran afatist» (Téhéran est un fléau, 1297sh/1918, p 323).
32- «Tehrani», (Téhéranais, qasside 1314sh/1935, p 671.
33 - « Sokout-e shab», (Le repos de la nuit, qasside 1301sh/1922, p
366
34-«Tehrani», qasside, 1314sh/ 1935, p671.
35-«Dar hal-e tab», (pendant la fièvre, qasside, 1310sh/1931, p 577
36-Voir «Del-e shekaste», (Coeur brisé), qasside, 1300sh/1921, p 353
ligne 30, 31, 32 et 33.
37-« Safarname», p 252-257, ligne 60-62
38-«Del-e shekaste», p 352-354, lignes 34-35
39-Bojnurd, ville située au nord-ouest du Khorassan.
40-Zashk, Anbaran, Tabaran, Paz, Farmad , Noqan ,Mayan
,Kang,Torqebad et Badqar, sont des agglomérations près de Mashhad.
Tabas est une ville située au sud-ouest du Khorassan, possédant des
jardins et des vastes champs agricoles au milieu d’une région
désertique.
41-Tajrish chef-lieu de l’agglomération du shemiran, situés près de
Téhéran. Qolhak village près de Tajrish.
42-«Nafssat al massdour» qasside, p 425-428.
43-Del-e shekaste» p 352, ligne 35, et «Majles-e tchahardahom», p
778-782, ligne 41- 42.
44- Bahar fait allusion à la construction du mausolée de Ferdowsi,
qui a été entrepris par Reza-shah et qui fut achevé en 1313. Bahar
fut le premier à proposer la construction de ce mausolée à Reza-xan
sardar-e Sepeah. Voir «Bahar-Qabr-e Ferdowsi», dans Ferdowsi-name»,
Téhéran, Sepehr, éd M. GOLBON, 1345, p 15.
45 -Neyshabur, ville très ancienne située à 137 kilométres de
Mashhad, elle était fort prospère avant l’invasion mongol (1230 J.C)
.Elle fut détruite lors de cette invasion.
46- Azarborzin- Mehr, temple du feu et lieu du pélerinage déstiné
aux agricuteurs, situé à Rivand, l’un des quartiers de
Neyshabur.voir, OSHIDARI, Jahangir, «Daneshname Mazdiyasna» p 69-70.
47-Selon les récits anciens, Zarathoustra avait planté deux cyprès
dans la région de Khorassan : l’un à Kashmar et l’autre à Fariumad
près de Sabzevar. Ces arbres devinrent millénaires, grandioses et
l’objet de vénération par les zorastriens. Sous le calife Abbassid,
al-Mottevvakkel, le cyprès de Kashmar a été coupé par Abdolah ebn-e
Tahar, le gouverneur de Khorassan. Voir « Tarix-e Beyhaqi, édition
Dabir siaqi, Téhéran, Jibi, 1363 et MAZAHERI.Aly, «Sarv-e Kashmar»
(Cyprès du Kashmar), dans»Zarathoustra cet inconnu» publication de
l’Association des Disciples d’Aly Mazahéri Paris, décembre 1992, p
24-28.
48- «Dar hal-e tab» qasside, p 578
49-Référence aux «Partians» ou Arsacides, originaires de Khorassan,
qui ont rétabli la souverainté iranienne en 248 a.v.J.C. contre la
domination grecque.
50-Marvan ebn-e Mohammad dit Marvan-e Sani, fut le dernier calife
Umayyades. Après avoir été vaincu par Abu Moslem Khorassani, un
grand patriote, il s’est réfugié en Egypte il fut assassiné en 132
h.q
51-Sarbedarans, (ceux qui sont dévoués pour une cause, au point
d’offrir leur tête à la potence), mouvement populaire qui s’est
soulevé contre la domination mongole. L’un d’eux Yahya Karrabi
assassina Taqa Teymur khan (754 h.q) le dernier Ilkhan mongole à
Khorassan. Après avoir libéré les diverses régions de Khorassan, les
sarbedarans y ont gouverné du 737 à783 h.q/1318-1337
52--Al-e Taher ou les Taherides, la dynastie iranienne fondée par
Taher ebn-e Hossien, qui ont réussi à régner au Khorassan malgrès la
domination des califes du 205-259h.q/ 820-872.
53-Al-e leyss ou Saffarides, dynastie iranienne (254-290
h.q/868-903) qui tient son nom de son fondateur, Yaqub-e Leyss-e
Saffar. Il libéra le Sistan, Hérat, Fars, Balx et Khorassan de la
domination arabe. L’histoire de Yaqub, ses expéditions et les
soutiens que les khorassanais lui ont accordés figurent dans
«Tarikh-e Sistan» écrite en 445 h.q. Ce texte fut corrigé et édité
par Bahar en 1314 à Téhéran. Édition Khavar, p 192 à 200
54-Al-e Saman ou Samanides, dynastie iranienne qui régna en
Transoxiane et au Khorassan du 261-389 h.q / 874-999. Ils
développèrent la langue et la littérature persanes ;
55-Les qaznavides, dynastie turque qui régna sur Afghanistan et une
partie de l’Iran du 432 à 582h.q/997-1186. La Cour qaznavide à Qazne
fut distinguée par la présence des poètes persans les plus éloquents
tels qu’Onssori, Farrokhi, Ferdowsi, Asjodi dont la plupart avaient
pour origine Khorassan.
56-Le poète fait référence au fait que les auteurs qui ont entrepris
les oeuvres épiques basées sur une tradition nationale étaient de
Khorassan comme Daqiqi, Asadi Tûssi, Ferdowsi, Moayyad Balkhi, etc.
57- Nader Afshar (1100-1160h.q/1688-1747) originaire de Dargaz à
Khorassan, il devint le roi d’Iran (1148-1160 h.q/1736-1747) Il
chassa les Afghans, repoussa les Ottomans et les Russes des
frontières de l’Iran.
58- Majles-e tchahardahom, qasside, 1320sh/1941, vol I, p 778
59-«Sargozasht-e shaer» vol I, P 734
